Le tambour ! Attention ! Un danger potentiel pour l’audition

— Par René Bernard —
tambourNous assistons depuis un certain temps à une remise au gout du jour des traditions dites culturelles dont certaines peuvent représenter un risque potentiel pour la santé. C’est le cas de la pratique du tambour. Ce sujet tabou sur cette ile et qui peut créer polémique, mérite d’être abordé pour les risques auditifs qui peuvent être irréversibles. Le bruit est dans notre département un phénomène qui est délibérément négligé par les autorités locales. Pourtant, les conséquences sont néfastes pour la santé. Ce n’est plus une hypothèse, mais une certitude. Pendant longtemps, le bruit n’a été considéré qu’en tant que phénomène physique agissant sur le seul système auditif. Aujourd’hui, on sait que cette conception est fausse. Le bruit entraine aussi des réactions qui mettent en jeu l’ensemble de l’organisme. Le cout financier n’est pas négligeable, et n’est pas forcément à la portée de toutes les bourses. Apparemment, ce n’est pas une préoccupation qui mobilise nos élus, notamment l’association des Maires de Martinique. Les campagnes nationales de sensibilisation sur l’audition n’arrivent pas jusqu’aux oreilles de nos télévisions locales, ni de nos radios locales, dites de proximité. Les informations de l’O.M.S (Organisation Mondiale de la Santé) sont ignorées de tous ceux qui sont chargés d’informer le grand public. Les recommandations de l’académie de médecine restent vaines. Quant à l’agence nationale de santé ( L’ ARS ), elle est sourde et muette.
Au nom du culturel, un certain nombre d’associations initie la pratique du tambour à une population composée d’adultes et surtout d’enfants de plus en plus jeunes. Cette pratique est dispensée sans aucune précaution, probablement par négligence ou ignorance des conséquences des niveaux sonores sur la santé. Lorsque l’on connait la fragilité de l’oreille interne, on peut s’en inquiéter pour l’avenir, sur la qualité de l’audition qu’auront plus tard ces individus.
Par leur durée et leur intensité, les sons de la nature ne constituent pas un danger pour l’oreille. Mais l’homme a créé des sources sonores capables de détruire l’audition. Ainsi la musique pratiquée et écoutée sans discernement peut constituer un réel danger pour l’oreille. C’est une réalité qu’il ne faut pas prendre à la légère.
Tout objet pouvant vibrer est capable de produire un son : règle métallique, peau de tambour, élastique, cordes vocales, membranes d’un haut parleur. Les vibrations créent dans l’air ambiant des variations de pression. Arrivés à nos oreilles, ces phénomènes physiques deviennent un son. Ce son est d’autant plus intense que l’amplitude du mouvement vibratoire est grande. Ainsi, une touche de piano peut être frappée légèrement, l’intensité du son sera faible. Dans le cas contraire, elle sera forte. Ce niveau sonore se mesure en décibels (dB ).
L’audition est un sens particulièrement vulnérable, car les cellules sensorielles appelées ; cellules ciliées sont peu nombreuses ; environ 15000 par oreille. L’intelligibilité du langage est liée à l’état de ces cellules. Elles sont les premiers éléments susceptibles d’être abimés par une exposition trop importante au bruit. Lorsqu’elles sont endommagées, les cellules ciliées ne sont pas remplacées. Leur perte est définitive et responsable de nombreux troubles de l’audition et de l’équilibre.
Le niveau sonore du tambour se situe à plus de 100 db ; seuil sur l’échelle des décibels, considéré comme risque et danger pour l’audition. Nous sommes dans la période carnavalesque et des groupes à pieds sortent de terre ici ou là, Ils sont de plus en plus jeunes et nombreux à taper sans discernement sur les grosses caisses dans l’inconscience totale des conséquences sur leur audition. Des enfants de tous âges sont exposés dans les vidés pendants des heures, sans aucune protection avec des parents pas informés des dangers pour leurs progénitures. Il serait peut être intéressant d’effectuer une campagne de dépistage en Martinique pour se rendre à l’évidence de l’état de l’audition de certains de nos compatriotes. Alors n’est t’il pas tant de se soucier de ce fléau qu’est le bruit sur notre île. C’est un problème de santé publique, on va irrémédiablement, vers une population de jeunes sourds dont les conséquences sur l’audition s’aggraveront avec l’âge. Pouvons-nous accepter et cautionner cette réalité, au nom des traditions culturelles. Elles peuvent parfois nuire à la santé, si on n’y prend pas garde.

René BERNARD
SAINT-JOSEPH