« Ladjablès, femme sauvage » de Daniely Francisque

20 janvier 2018 Tropiques Atrium à 20h

—Par Selim Lander —

Daniely Francisque est d’abord une comédienne, et qui fait de plus en plus parler d’elle. Elle est aussi auteure de théâtre et l’on se souvient de sa pièce Cyclones, reprise l’année dernière au festival d’Avignon. Ladjablès, son nouvel opus, dont elle a assuré la mise en scène, est d’une tonalité toute différente. Abandonnant l’ambiance sombre, chargée d’un lourd secret de Cyclones, elle est passée à un univers proche de l’héroïc fantasy. Le thème, pourtant est toujours ancré dans la Caraïbe, sa diablesse en est une figure mythologique, mais la manière dont il est traité évoque immanquablement les personnages de ces sagas situées dans un ailleurs improbable auxquelles les adolescents d’aujourd’hui font un succès, que ce soit sous forme de livre ou de film. La diablesse de D. Francisque interprétée par Rita Ravier est une reine fascinante, somptueusement parée et il faut ici, sans tarder, souligner la perfection des costumes réalisés par Melissa Simon-Hartman et Sylviane Gody : les trois revêtus successivement par la comédienne au cours de la pièce, tous plus impressionnants les uns que les autres, et la tenue carnavalesque uniformément rouge de Patrice Turlet (Siwo dans la pièce) avec une coiffe en bec d’oiseau, également fort réussie.

Des adolescents, il se trouve que la salle en était remplie lors de la représentation réservée aux scolaires à laquelle nous avons assistée, des collégiens qui ont réagi vigoureusement, au début, aux pitreries de Siwo, puis écouté dans un silence religieux lorsque le ton s’est fait plus sérieux. La qualité de cette écoute, à un âge propre à la dissipation, montre que l’auteure, en l’occurrence, n’avait pas raté la cible. Un spectateur moins porté sur le fantastique ne peut que s’avouer fasciné lui aussi par la magnificence du spectacle, non seulement les costumes mais encore la vidéo (signée Frédéric Lagnau), très présente, avec des effets superbes. Ce spectateur rassis est encore séduit par la langue, souvent slamée, où les jeux sur les mots deviennent poésie. Et la performance de Patrice Turlet, clown, danseur autant que comédien, laisse pantois. Il est plus difficile d’en dire autant, à cet égard, de Rita Ravier, non parce qu’elle manquerait de talent – elle en regorge – mais parce que son rôle quasi-muet, en dehors d’une virulente profession de foi féministe, et le jeu très stéréotypé qu’on lui a imposé (et peut-être les somptueux costumes ne permettaient-ils pas davantage), ne le mettaient guère en valeur.

Quant au critique, il regrettera peut-être que l’argument, très linéaire, ne ménage guère de surprises, même le happy end fort peu diabolique semblant le couronnement logique d’un récit bon enfant.