« LadjaBlès, Femme sauvage » de Daniely Francisque

— Point de vue de Valer’Egouy —

Création 

19 et 20 janvier 2018 à 20h à Tropiques Atrium dans le cadre du Festival des Petites Formes

C’est la voix du conteur, porteur de la Parole sacrée, qui ouvre l’espace de rencontres. Cette musique rythmée venue des cordes vocales annonce un nouveau voyage. C’est tellement loin et d’aujourd’hui, à la fois. L’occident a besoin de nommer, de mettre dans une case ou une catégorie, souvent. Parce que nous avons gardé quelques choses de la terre mère, il est juste nécessaire de garder le cœur ouvert, ressentir le dedans de nous-même et être présent.

Cette jeune auteure, Daniely FRANCISQUE, ici dramaturge, est entrée dans sa zone de puissance par cette pièce de Théâtre. Nous sommes heureux en Martinique d’assister à ce magnifique décollage. Elle offre à dire à deux humains une sorte de grand poème à plusieurs voix en passant par ces personnages que nous allons reconnaître. Si oui, c’est que nous avons déjà posé une feuille sur la « Blès ». Se dire avec émotions sans choc, à nu. La parole est profonde, lointaine, peut-être même dans notre subconscient et concerne bien notre quotidien.

Une pensée vibrante pour Léopold Sédar Senghor et particulièrement à son Shaka Zoulou.

Il fait son show… cache ses maux dans un flot de mots… il gesticule sans réelle conscience du corps parce qu’il écoute ses testicules… Le carnaval bat son plein. Il part et rencontre la Femme sauvage. Est-ce qu’ils se rencontrent, en fait ? Est-ce qu’il se perd ?

Ce spectacle est une partition musicale, une danse, un conte, un tableau harmonisés pour créer des espaces de mémoires, ouvrir des chemins où seule la personne qui ressent, écoute, dit d’abord à elle-même et pose des pas pour avancer. Nous ressentons bien toute la Caraïbe présente dans le verbe, les mouvements, les énergies partagées. Si le plateau est peu rempli, c’est pour mieux faire exister les formes et les couleurs des îles à travers les images, les danses, la musique… les mots jouent et nous font chanter. Cette efficace et sobre mise en scène de Daniely FRANCISQUE est pleine de discours fondamentaux pour l’élévation de nos êtres d’ici et là-bas.

Oui, les deux comédiens, Rita RAVIER et Patrice TURLET, servent avec conviction et force ces écritures scéniques. La magie est là !

14 janvier 2018,

Valer’EGOUY