Le diagnostic intervient souvent
tardivement, quand l'enfant est
déjà englué dans l'échec
scolaire. Pourtant, les troubles
spécifiques du langage et des
apprentissages concernent
environ 6 % à 8 % de la
population, soit plus de 4
millions de personnes en France.
Près de 600 000 sont gravement
atteintes.
La plus connue et la plus
répandue de ces pathologies est
la dyslexie : faute de pouvoir
associer correctement les
lettres et les sons, les enfants
peinent à déchiffrer un texte,
confondent les lettres. Il y a
aussi la dysphasie, qui affecte
l'acquisition du langage et se
caractérise par des paroles
indistinctes, un vocabulaire
pauvre, des troubles de la
syntaxe (pas de conjugaison, pas
d'articles), ou encore la
dyspraxie, un trouble de la
coordination des gestes, qui
rend les enfants
particulièrement maladroits.
" Les professionnels qui
rencontrent des enfants ou des
adultes atteints de ces
affections connaissent souvent
mal ces pathologies. Il est
urgent de mettre en place des
plans de formation en direction
des enseignants, des auxiliaires
de vie scolaire, ou encore des
responsables des maisons
départementales du handicap ",
considèrent la Fédération
française des troubles
spécifiques du langage et des
apprentissages (FLA) et la
fédération des Associations pour
adultes et jeunes handicapés (Apajh).
Ces deux structures ont organisé
le 10 octobre la première
Journée nationale des dys ainsi
qu'un colloque, à Paris.
" Longtemps, ces troubles
ont été associés à des problèmes
relationnels avec les mères, ce
qui n'a jamais été prouvé
scientifiquement, explique
Franck Ramus, chargé de
recherche en sciences cognitives
et en psycholinguistique au
CNRS. Les recherches montrent
qu'il s'agit d'un déficit
cognitif spécifique
correspondant à des
dysfonctionnements du cerveau et
pour lesquels des facteurs
génétiques semblent jouer un
rôle important. "
DES ENFANTS INTELLIGENTS
Ces troubles sont souvent un
obstacle aux apprentissages
scolaires, mais ne signifient en
rien que les enfants qui en
souffrent sont moins
intelligents que les autres.
Certains, comme la dysphasie,
peuvent être dépistés assez tôt,
à partir de 3 ans, par le
pédiatre. D'autres, comme la
dyslexie ou la dyscalculie
(difficulté à compter) ne
peuvent être diagnostiqués que
plus tardivement (vers 7 ans),
une fois qu'apparaissent
durables les difficultés à
apprendre. Les enfants qui
risquent de développer ces
troubles pourraient être repérés
dès la grande section de
maternelle, à l'occasion de la
visite médicale obligatoire au
cours de la 6e année. Dans la
pratique, ce n'est pas forcément
le cas.
" Nous ne sommes que 1 200
médecins pour 12 millions
d'élèves, et nous sommes loin de
pouvoir assurer l'ensemble de
ces visites pourtant prévues par
la loi, explique le docteur
Anne Viallat, secrétaire
générale du Syndicat national
des médecins scolaires et
universitaires (SNMSU).
Compte tenu de cette pénurie,
nous sommes obligés de demander
aux enseignants de nous signaler
les enfants susceptibles d'être
atteints de ces troubles. "
Tous ne sont cependant pas
sensibilisés à cette question,
peu voire pas abordée dans la
formation des maîtres.
Normalement, le diagnostic,
assuré par un médecin, repose
sur un bilan pluridisciplinaire,
faisant intervenir
orthophoniste, psychologue,
psychomotricien ou encore
ophtalmologiste, en fonction des
symptômes de l'enfant. L'idéal
est de s'adresser aux centres de
référence des troubles du
langage, le plus souvent
implantés dans les centres
hospitaliers universitaires
(CHU). Mais, déplorent les
associations, ces derniers sont
mal répartis sur le territoire
et les listes d'attente sont
souvent de plusieurs mois.
Une fois le diagnostic
établi, il sera plus facile
d'obtenir une prise en charge
adéquate dans l'établissement
scolaire fréquenté. Aujourd'hui,
les troubles des apprentissages
sont considérés de plus en plus
comme des handicaps. Pour
définir les modalités de prise
en charge, les parents doivent
s'adresser à la maison
départementale des personnes
handicapées (MDPH). S'ils se
sentent démunis, ils peuvent
demander de faire cette démarche
à l'enseignant référent chargé
d'assurer le suivi de la
scolarisation des élèves
handicapés, dont ils obtiendront
les coordonnées à l'école ou au
collège. En fonction du degré du
handicap, la MDPH décide
d'aménagements spécifiques,
formalisés par le biais d'un
projet personnalisé de
scolarisation.
Pour les troubles les plus
légers, les parents peuvent
s'adresser à l'école afin
d'obtenir la mise en place d'un
projet d'accueil individualisé,
sous l'égide du médecin de
l'éducation nationale. Ce
document n'est cependant guère
contraignant. " Ma fille,
dyslexique sévère, bénéficiait
d'aménagements spécifiques à
partir de la classe de sixième,
comprenant la copie des cours
ainsi que des contrôles et
dictées aménagés. Ils n'ont
cependant été mis en œuvre qu'à
partir de la troisième, compte
tenu du refus de certains
enseignants ", raconte un
parent d'élève.
" Les efforts de
rééducation seront vains s'ils
n'ont pas lieu dans le cadre
d'un partenariat avec l'école ",
explique le docteur Michel
Habib, neurologue au CHU de La
Timone et coordonnateur d'un
centre référent à Marseille. On
ne guérit pas d'un trouble de
l'apprentissage mais, conclut le
docteur Habib, " on peut
réduire la disproportion entre
la performance scolaire et les
compétences réelles et, pour y
arriver, la coopération de
l'enseignant est majeure ".
Martine Laronche
A lire. Dyslexie,
dysorthographie, dyscalculie, bilan
des données scientifiques, une
expertise publiée par Institut
national de la santé et de la
recherche médicale (Inserm)
consultable en ligne :
http
://ist.inserm.fr/basisrapports/dyslexie.html
Centres de
référence des troubles du langage.
Le site de l'Institut national de
prévention et d'éducation pour la
santé en publie la liste
http://www.inpes.sante.fr
(onglet : " troubles du langage ")