APHONES, touchés par des
laryngites et des angines
chroniques, voire des polypes ou
des nodules vocaux... Les
enseignants ont de plus en plus
de mal à donner de la voix.
D'après une expertise publiée
par l'Inserm (Institut de la
santé et de la recherche
médicale), ils sont les
premières victimes de ces maux
de gorge à répétition. Et sont
environ deux fois plus nombreux
que le reste de la population à
connaître des problèmes vocaux.
Selon l'étude, dans cette
profession, un tiers des hommes
et la moitié des femmes
déclarent d'ailleurs avoir
toujours ou souvent des troubles
de la voix. Confrontés à des
environnements bruyants, les
instituteurs seraient
particulièrement sujets à ces
pathologies.
Si un tiers
des enseignants considèrent que
ces gênes entravent leur
capacité à enseigner, la
majorité, surtout parmi les
moins expérimentés, n'ont pas
conscience de leurs conséquences
dans les salles de classe.
Pourtant,
avec eux, surviennent en
cascade, un lot de problèmes :
une voix chancelante peut
révéler le manque de confiance
d'un professeur, mettre à mal
son autorité et sa légitimité.
Elle peut entraîner une
dégradation de son état nerveux.
« Quelqu'un qui ne se sent pas
entendu se crispe, se projette
en avant, force le ton. Cette
voix, dite de détresse, est
entendue par l'élève qui sait au
moins intuitivement, que son
enseignant se sent en échec »,
assure le professeur Antoine
Giovanni, directeur du
laboratoire d'audio-phonologie
clinique à Marseille, qui a
participé à l'enquête.
Depuis une
quinzaine d'années, l'IUFM
(Institut universitaire de
formation des maîtres) s'est
emparé de la question. À
Créteil, par exemple,
l'organisme organise depuis 2001
des formations.
Mieux
utiliser le silence
Professeur de
chant et formatrice à l'IUFM,
Marianne Malifaud reçoit 80 à
100 postulants à chaque nouveau
stage. « La prise de
conscience a commencé il y a
quinze ans. Dans cette
profession, la voix est
sollicitée en permanence de
façon professionnelle, parfois
jusqu'à sept heures par jour.
Alors que les enseignants
devraient subir un entraînement
quasi sportif, on ne fait
presque rien pour leur apprendre
à se servir de cet outil
formidable. »
Exercices de
relaxation, de respiration, de
concentration, de renforcement
musculaire et vocalises, pour la
plupart, inspirés des techniques
de chant et de théâtre sont au
programme. L'idée est de
travailler sa posture, son
souffle et d'améliorer la portée
de sa voix, pour mieux maîtriser
cet organe essentiel et éviter
le surmenage vocal.
Les profs
peuvent aussi apprendre par
différentes astuces à économiser
leur voix. Se lever pour attirer
l'attention, taper sur une table
à l'aide d'une règle pour
obtenir le calme, mieux utiliser
le silence. Ces techniques
peuvent être acquises dans des
séances de rééducation
orthophonique. « Il faut
créer des automatismes : ce
n'est pas en cours que les profs
vont penser à leur façon de
parler », assure le
professeur Giovanni.
Professeur
d'histoire et géographie en
Seine-Saint-Denis, Philippe a
suivi ce type de formation.
« Ça m'a permis de prendre
conscience à quel point la voix
est un instrument de travail
stratégique, qui doit varier et
s'adapter. Une voix inadéquate,
provoque une gêne d'abord chez
l'auditoire, puis une lassitude,
qui finit par se traduire par un
manque de concentration et des
problèmes de discipline. Le ton
est le meilleur révélateur de
l'état de confiance du prof. »