ATTENTION LE PROGRAMME DU SEMINAIRE
A ETE MODIFIE AINSI QUE LES
CONDITIONS DE PARTICIPATION. VOIR
CI-DESSOUS
"Les psychoses",
ou de quelques questions à
l'occasion d'un séminaire.
par Roland
Sabra
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Francis Bacon, Autoportrait |
Les nosologies
sont filles des pratiques
culturelles. Alors qu'en France il
est plus ou moins d'usage de parler
de psychoses infantiles, l'OMS ne
retient le diagnostic de psychose
que pour les adultes. Vérité ici,
erreur au-delà... Un semblant
d'accord toutefois à propos de
psychoses : le mot ne s'emploie
qu'au pluriel, c'est dire l'ambition
du séminaire qu'organise à
Schoelcher le GAREFP du 30 octobre
au 3 novembre sur le thème. Voici
quelques unes des questions que nous
aimerions voir débattues.
Psychose est un
terme générique qui recouvre, la
liste n'est pas exhaustive,
schizophrénie, syndrome
maniaco-dépressif, bouffée
délirante, paranoïa, autisme… il
s'oppose à celui de névroses, lui
aussi au pluriel et qui recouvre des
comportements qui ne provoquent pas
de graves confusions mentales. Le
critère de gravité, sous-jacent à ce
classement, est souvent inefficace
dans la réalité. Il existe des
confusions mentales non
handicapantes et de sévères névroses
suffisamment invalidantes pour
rendre impossible la vie
professionnelle voire tout
simplement sociale.
Un autre
critère est quelque fois retenu,
celui du rapport à la réalité. Si le
névrosé sait parfaitement que 2 + 3
= 5 et s'il en est profondément
malheureux le psychotique serait
persuadé que 2+ 3 = 6 tout en étant
ravi de cela. Le trait est un peu
grossier ne serait-ce que parce que
les psychotiques heureux ne courent
pas les rues. On objectera aussi que
du coté de la psychose bien des
mélancoliques ont tout à fait
conscience de leur mal-être alors
que les « névroses de caractère »
(Alexander, Ferenczi), comme la
névrose obsessionnelle, organise
l'ensemble de la personnalité avec
des symptômes qui peuvent être
discrets ou sporadiques. Ce critère
n'est en réalité qu'une dérive du
critère quantitatif précédent,
puisqu'il s'agit toujours non
seulement de mesurer mais de
constituer l'écart entre le normal
et le pathologique, démarche que
l'on trouve dans le corpus freudien
dés l'origine. La position de Lacan
visera à subvertir cette opposition
en y substituant un continuum, sur
lequel le curseur du Sujet se
déplace sans cesse.
« La
névrose serait le succès d'un
conflit entre le moi et son ça, la
psychose, elle, l'issue analogue
d'une telle perturbation dans les
relations entre moi et monde
extérieur »
. Voilà la formule « simple »
qu'inspire à Freud les travaux de
Hollos et Ferenczi au tout début des
années 1920, sur la psychanalyse du
trouble mental paralytique. La
formule est assez forte pour que
Freud, la même année, 1924, remette
l'ouvrage sur le métier en publiant
« La perte de réalité dans la
névrose et la psychose »
.
Deux
mouvements dans la psychose
D'emblée Freud
situe le rapport à la réalité comme
discriminant dans la distinction
qu'il construit. Pour la névrose la
dépendance du moi à la surpuissance
de la réalité réprime, dans un
ratage réussi du refoulement, une
partie de la vie pulsionnelle, alors
que pour la psychose le moi au
service du ça est coupé de la
réalité dans un déni de celle-ci et
se retire. Dans un cas domine la
réalité, dans l'autre le ça. Une
reprise d'un fragment de l'analyse
de Melle Elisabeth V. R...
est donnée comme illustration : « une
jeune fille amoureuse de son
beau-frère est, devant le lit de
mort de sa sœur, ébranlée par cette
idée : maintenant il est libre et
peut t'épouser».
La scène fait aussitôt l'objet d'un
refoulement dont le ratage-réussi,
ou si l'on préfère le retour du
refoulé, conduit à une somatisation,
à des douleurs hystériques. Il y a
écrit Freud une dévalorisation par
la névrose de la « modification
réelle » par refoulement de la
« revendication pulsionnelle, donc
de l'amour pour le beau-frère ».
La séquence comporte deux temps,
celui du refoulement et celui de son
échec, la perte d'un fragment de
réalité dont l'exigence est à
l'origine du refoulement. La
psychose, elle qui aurait conduit au
déni de la mort de la sœur,
comporte un mécanisme analogue à un
refoulement par lequel le moi se
détache du reste du monde » sur
lequel précise Freud avec humour il
« faut penser à se demander ce
qu'il peut bien être »!
Deux mouvements
donc dans la psychose, le premier
arrache le moi à la réalité, le
second compense la perte de réalité
par « la création d'une nouvelle
réalité qui n'implique plus le même
effet choquant que celle qui a été
délaissée. »
Quant à la
névrose « [elle] ne dénie pas la
réalité, elle veut simplement ne
rien savoir d'elle; la psychose la
dénie et cherche à la remplacer. »
Toutes deux sont l'expression de
l'incapacité du ça à s'adapter à l'ananké.
Le « refusement » du souhait de
part de réalité [...] est le motif
de cette rupture avec le monde
extérieur. » écrit Freud qui
précise « La parenté interne de
cette psychose avec le rêve normal
ne peut être méconnue. Toutefois la
condition du rêver est l'état de
sommeil aux caractères duquel
ressortit le fait de se détourner
pleinement de la perception et du
monde extérieur. »
Le remaniement
de la réalité est continu, il est
sans cesse enrichi par la production
de nouvelles perceptions avec
l'angoisse qui les accompagne,
conformes à la nouvelle réalité « ce
qui est atteint de la façon la plus
fondamentale par la voie de
l'hallucination. »
Dans la psychose l'accent est
entièrement mis sur le premier temps
qui est structurellement morbide et
ne laisse d'autre issue que la
maladie alors que dans la névrose
l'accentuation porte sur la deuxième
phase au cours de laquelle
l'évitement d'un morceau seulement
de la réalité laisse un espace, de
régression certes, mais aussi
d'étayage vers un passé plus
satisfaisant.
Ces
deux textes courts de Freud ne sont
pas sans poser problèmes. Tout d'abord,
cela a été remarqué par plus d'un
lecteur, il y a cette imprécision,
ce flou, cette ambiguïté terminologique
entre réalité et réel qui fait balancer
le sens entre perception et réel objectif
posé comme un objet intangible, déjà
là, immédiat et non construit si l'on
peut dire. C'est faire l'impasse sur
la production signifiante inhérente
à la perception du monde, au statut
d'alluvions signifiantes du signifié
et sur le travail de sélection, d 'élimination
qui en résulte. Le construit de la
réalité repose sur un travail de re-présentation
qui toujours prend le pas sur le plaisir
d'organe, tout comme les hallucinations
renvoient le psychotique à une réalité
dont la souffrance qui en résulte
témoigne d'une 'existence dont il
convient de ne pas douter.
L'évitement de
la perte de réalité chez le névrosé
est rendue possible, consolidée par
l'oedipianisation à venir du
sujet, l'existence du refoulement
premier n'étant pas remise en cause.
Chez le sujet psychotique la perte
de réalité est supposée préalable,
elle est déjà là et l'absence de refoulement
n'est pas sans poser problème notamment
en ce qui concerne l'existence du
transfert. Cette distinction qui renvoie
à la prévalence des processus secondaires
chez l'un et primaires chez l'autre
est sujet à questionnement dans la
simple mise en perspective de la névrose
phobique et les terreurs qui l'accompagnent
(prévalence des processus primaires)
et la psychose paranoïaque où semblent
prévaloir dans l'infinie redondance
augmentative les processus secondaires
de la formalisation. Si les premiers
travaux d'Abraham, Ferenczi soutiennent
que la psychose est dénuée de toute
capacité de transfert une autre ligne
de recherche se met en place dés le
début des années vingt et en 1928
Ruth Mack Brunswick publie l' «Analyse
d'un cas de paranoïa »
ou apparaît pour la première fois
l'expression « psychose de
transfert ». La porte
était désormais ouverte pour un grand
débat sur les explications théoriques
et l'approche pratique de la psychose,
dans le quel allaient s'illustrer
kleiniens, winicottiens et annafreudistes.
Pour Mélanie Klein la relation objectale
est déjà là puisqu'elle est la condition
même de la vie mentale. Pour Winicott
et Searles, entre autres, il existe
une phase de narcissisme primaire
caractérisée par une indifférenciation
entre le sujet et l'objet. Deux points
de vue théoriques aux implications
pratiques importantes. Pour Klein
la psychose de transfert doit être
interprétée à fin de modification
à l'aide d'une théorie des positions
et du précieux concept d'identification
projective, dans ses effets positifs
comme négatifs, au risque d'une sur-interprétation
diront les critiques, ( voir le cas
du petit Dick).
Pour ceux qui soutiennent que les
phénomènes qui relèvent du narcissisme
primaire ne répondent pas à la technique
interprétative classique, il vaut
mieux les laisser évoluer et accomplir
les stades non encore atteints et
donc ne jamais défaire un transfert
positif.
Quelle place
pour l'histoire du Sujet?
La ligne de
partage ainsi dessinée n'est surtout
pas fixe ni même étanche. Elle n'a
cessé d'être remaniée ne serait-ce
que par le développement des cas de
borderline tantôt rangés du côté des
schizophrènes ( Robert Knight),
tantôt du côté de la psychose
maniaco-dépressive. Jean Bergeret en
France a exploré cette piste dés
1974 en publiant «La dépression
et les états-limites».
Parmi
l'ensemble des questions que posent
les deux texticules de Freud on
soulignera celles-ci : si la
psychose est une structure quelle
place pour l'histoire du sujet?
Devant l'impossibilité d'un
recollement du moi morcelé, que
faire pour diminuer la souffrance?
Si l'industrie pharmaceutique a des
réponses sonnantes et trébuchantes,
celles-ci relèvent d'un conception
organiciste de la psychogénèse des
névroses et des psychoses qui fait
clivage depuis plus d'un siècle. La
reprise de ce débat, mais n'a-t-il
jamais cessé?, ces dernières années
s'inscrit dans un contexte de montée
en puissance des neurosciences.
Parmi ces joutes nous nous
attarderons sur celle dont on
a célébré les soixante ans en
2006. Elle illustre le déport
lacanien de la problématique
freudienne.
Il
y a tout juste soixante ans les 28,
29 et 30 septembre 1946 une trentaine
de psychiatres se réunissaient à l'invitation
de Henry Hey à Bonneval pour discuter
de la « Causalité psychique des
troubles mentaux ». Au cours
de ce séminaire plus connu aujourd'hui
sous le nom de « Psychogénèse
des névroses et des psychoses »
Lacan, Ey, Rouart, Bonnafé; Courchet
prirent la parole. Nous ne retiendrons
que l'intervention de Jacques Lacan.
L'infatuation du Sujet
Quelle est la
cause de la folie? Qu'atteste la
croyance délirante? Une
méconnaissance qui révèle le sujet.
La méconnaissance est aussi
reconnaissance et négation de ce qui
est dit, ce par quoi le sujet
s'affirme. « Quel est donc le
phénomène de la croyance délirante?
- il est, disons-nous,
méconnaissance, avec ce que le terme
contient d'antinomie essentielle.
Car méconnaître suppose une
reconnaissance, comme le manifeste
la méconnaissance systématique , où
il faut bien admettre que ce qui est
nié soit en quelque façon reconnu. »
Le sentiment d'étrangeté qu'éprouve
alors le sujet devant ses propres
productions langagières montre « que
la folie est vécue toute dans le
registre du sens. [...] Le langage
de l'homme, cet instrument de son
mensonge, est traversé de part en
part par le problème de sa vérité..».
Le langage habite l'homme sans pour
autant lui appartenir. Le
psychologique en l'homme, relève de
l'in-sensé, ce en quoi la folie nous
parle à travers les calembours, les
mots d'esprits, les lapsus, les
homonymies, les néologismes.
Lacan va
reprendre le cas de l'Aimée
de sa thèse
pour montrer que la personnalité est
un état d'équilibre ou de
déséquilibre que le sujet entretient
avec lui-même dans ses relations
fonctionnelles avec l'entourage. La
cause de l'état est à situer dans
l'inscription du sujet dans son
histoire, le symptôme actuel renvoie
à un état manifesté antérieurement,
l'efficacité du traitement est
assujettie à d'éventuels changements
existentiels. La psychose est un
mode d'existence. Une fois punie,
par la prison l'Aimée de
Lacan se trouvera quitte de ses
délires ! La sœur d'Aimée,
occupe la place du moi-idéal,
qu'elle-même est incapable
d'incarner. L'agressivité est
détournée vers d'autres (attentat
manqué envers une actrice en vogue)
et le sentiment inconscient de
culpabilité (idéal du moi) fait
appel à l'auto-punition que seule
une sanction légale peut satisfaire.
Attirance et répulsion témoignent de
façon tragique du duel à mort dans
lequel est engagée l'Aimée.
La
structure paranoïaque est une structure
de méconnaissance. Que Louis II de
Bavière, Napoléon, Alceste, se prennent
pour ce qu'ils sont passerait encore
mais qu'ils s'imaginent l'être au
nom d'une raison supérieure souligne
« l'infatuation du sujet »
et l' « agression suicidaire
du sujet »
qui l'accompagne. « Le
risque de la folie se mesure à l'attrait
même des identifications où l'homme
engage à la fois sa vérité et son
être... . Lacan introduit ici
ce qui sera le thème de la troisième
partie de son intervention les effets
psychiques du mode imaginaire non
sans avoir enfoncé le clou avec une
phrase qui depuis a fait florès :
Et l'être de l'homme, non seulement
ne peut être compris sans la folie,
mais il ne serait pas l'être de l'homme
s'il ne portait en lui la folie comme
limite de sa liberté.
L'homme est malade de la liberté
qui l'engendre.
La dette à
l'égard de Wallon
La relation au
monde est construite par un
marqueur, le transitivisme, qui ne
s 'efface jamais tout à fait et que
l'on retrouve dans l'aptitude à
parler de soi à la troisième
personne et par quoi « le sujet
s'identifie dans son sentiment de
soi dans l'image de l'autre et que
l'image de l'autre vient à captiver
en lui ce sentiment. » Que le
premier effet qui en surgisse soit
un effet d'aliénation n'est pas sans
conséquence. Tout d'abord et ce
n'est pas rien le désir n'a de cesse
de se faire reconnaître ce que
vérifie l 'aphorisme « Le désir
de l'homme c'est le désir de l'autre »
et puis corollaire subversif, il n'y
a pas d'objet qui puisse se
constituer sans médiation. On
retrouve là la dialectique du maître
et de l'esclave. Lacan a cette
phrase écrite pourrait-on croire
pour quelques militants de
l'identité martiniquaise : « Cette
dialectique qui est celle de l'être
même de l'homme doit réaliser dans
une série de crise la synthèse de sa
particularité et de son
universalité, allant à universaliser
cette particularité même. »
C'est de sa partition que le sujet
procède de sa parturition écrira
Lacan.
La prise de conscience
de l'unité corporelle et du non-morcellement
du corps que permet le stade du miroir
est moins importante que le spectacle
des variations que l'enfant impose
à son corps. Le spectacle de l'unité
corporelle est le produit de l'activité
de l'enfant, ce par quoi est provoquée
l'assomption jubilatoire du désormais
"fameux" stade du miroir
emprunté à Wallon. Le moi se constitue
sur un mode extéroceptif. Le sujet
n'existe que dans le moment de la
perception qu'il a des formes qu'il
modèle et qui le fascinent. Il se
constitue d'un coup par elles et en
elles. Autour de cette captation identificatrice
par l'imago s'articulent une immense
série de phénomènes subjectifs «
depuis l'illusion des amputés en
passant par les hallucinations du
double... les objectivations délirantes
qui s'y rattachent. Prévalence
du regard dans l'expérience d'Harrison
dans laquelle on place dans un premier
moment des hommes et des femmes dans
une même pièce mais séparés par un
mur laissant passer les odeurs et
les bruits mais arrêtant le regard
pour constater l'arrêt de l'ovulation
chez les femmes; puis on place dans
un second temps ne serait qu'un seul
homme et une seule femme séparés par
une cloison de verre et l'ovulation
se produit au bout de douze jours.
Dire que les
identifications secondaires et le
langage seront convoqués pour tenter
de pallier cette déficience
constitutive, cette incomplétude
c'est dire l'importance du
narcissisme, du masochisme
primordial et de la primauté de la
pulsion de mort et de l'ambivalence
entre l'amour et la haine.
Refente du sujet qui le
constitue comme unité corporelle et
comme corps séparé du corps de la
mère. Désir de mort de l'autre,
renversé en crainte du désir de mort
venant de l'autre, jeu de la bobine
et du fort-da repéré par
Freud chez son petit-fils.
L'irrémédiable
altérité du symbolique et l'impossible
accès au réel qu'elle implique signe
une aliénation du sujet isomorphe
à la structure même de la folie et
ruine tout espoir d'une subjectivité
consciente d'elle-même. Lacan dans
le séminaire, les Psychoses
de 1955-1956, reviendra sur la symbolisation
primitive, à partir de la fameuse
scène primordiale de l'«Homme aux
loups » en précisant : [elle]
est restée là ne servant à rien,
et pourtant déjà signifiant, avant
d'avoir à dire dans l'histoire du
sujet. Le signifiant est donc donné
primitivement, mais il n'est rien
tant que le sujet ne le fait pas entrer
dans son histoire ».
Ce que Jacques-Alain Miller traduira
en donnant au chapitre XIV du séminaire
le titre : « Le signifiant,
comme tel, ne signifie rien ».
Le signifiant n'est là que s'il y
a une adresse au message qu'il soutient.
La question est de savoir qu'elle
est cette adresse dont l'absence conduit
à la forclusion? Au passage Lacan
égratigne la confusion faite d'après
lui entre la projection telle qu'elle
fonctionne dans la jalousie névrotique
et ce qui dans la psychose relève
de ce mécanisme.
Aux tenants des
causes « organicistes » de la folie
Lacan oppose donc une analyse en
termes de structure psychique dans
laquelle le rôle du miroir comme
stade constitutif et de l'identité
et de l'aliénation subvertissait la
frontière entre normal et
pathologique. Henry Ey ne s'y trompa
pas qui conclut son commentaire du
rapport de Lacan par ces mots : « Si
nous devions suivre Lacan dans sa
conception de la psychogénèse, il
n'y aurait plus de psychiatrie.
C'est son cadavre qu'il nous a
présenté et caché sous un linceul si
merveilleusement brodé ».
Des
statistiques qui posent questions
Un autre point
qu'il serait important d'aborder
lors de ce séminaire et que nous
n'avons pas la place de développer
ici est celui du retour en force de
la psychiatrie génétique qui, depuis
quelques années avec le
développement des neurosciences,
s'appuie d'abord sur des études
statistiques. L’autisme (psychose
infantile?) par exemple est un
trouble fortement héréditaire : le
risque de récurrence dans les
familles d'autistes est 45 fois plus
élevé que dans la population
générale, et lorsqu'un jumeau
monozygote est atteint d'autisme,
son frère ou sa sœur a un risque de
60 % d'être également autiste. Les
garçons sont 4 fois plus touchés que
les filles etc. Il semblerait qu'une
corrélation, et non pas une
causalité existe entre un marqueur
génétique et la fréquence de
« troubles envahissants du
développement » , selon l'euphémisme
en vogue. Le progrès doit être aussi
significatif que celui que connaît
l'aveugle désormais nommé mal-voyant
et le sourd mal-entendant.
Autre pilier du
développement des neurosciences :
l'abondante pharmacopée mise à
disposition des médecins par
l'industrie pharmaceutique. Les
neuroleptiques améliorent la qualité
de vie des patients même si deux
tiers à trois quarts d'entre eux
souffrent d'effets secondaires,
auquel cas on ajoute à la prise de
médicaments celle de correcteurs
d'effets secondaires. Il est des cas
où le cocktail est aussi agrémenté
d'anti-dépresseurs. On peut aussi y
associer des séances de dressage,
les T.C.C. (techniques de
comportamentalo-cognitivistes). Il
serait souhaitable que d'autres
réponses plus construites que celles
de « l'anti-livre noir de la
psychanalyse » sous la direction du
grand Timonier Jacques-Alain Miller
soient abordées.
La psychose
et les institutions analytiques
Un tout dernier
point d'une importance qui n'est pas
sans conséquence pour l'offre
d'analyse en Martinique est celui de
la place de la psychose dans les
institutions.
Jean Allouch à
partir du nœud borroméen qu'il érige
en paradigme de la psychanalyse va
placer la question de la psychose au
centre des institutions analytiques.
D'autres à partir d'un
questionnement de l'« étrange »
insistance de Freud à souligner
l'homosexualité dans le cas Schreber
vont montrer que se construit là
quelque chose qui ressemble à un
souvenir-écran.
« J'ai
réussi là où le paranoïaque échoue »
Freud affirme avoir réussi à sublimer
son homosexualité là ou d'autres,
(Fliess, Jung...) ont versé dans le
délire. Pas si sûr! Il reviendra dans
plusieurs lettres à Ferenczi sur ce
thème en 1908 et notamment en 1910
après avoir écrit son Schreber. Comme
le montre brillamment Chawki Azouri,
c'est toujours dans un contexte dans
lequel Freud veut asseoir définitivement
et indiscutablement la paternité qu'il
revendique sur des concepts élaborés
au cours de l'analyse qu'il a commencée
avec Fliess, poursuivie avec Jung
et Ferenczi mettant ces derniers,
à leurs risques et périls dans une
position intenable, d'élèves, d'analystes,
de disciples et d'enfants. Si la date
de la fin de ce qui est nommée abusivement
l'auto-analyse de Freud diverge et
fait l'objet d'un désaccord entre
Didier Anzieu et François Roustang,
Eric Laurent constate « qu'en
1908-1910, Freud analyse au moyen
de Jung et Ferenczi l'étrange rapport
du père et de la folie. »
Ce qui est occulté dans le Schreber
de Freud c'est la question radicale
de la paternité et celle de la transmission.
Question qui ne cesse de travailler
les institutions psychanalytiques.
La transmission se faisant, à la suite
de Freud par l'intermédiaire d'institutions
ayant hérité d'une certaine névrotisation
de Schreber. L'infini processus de
scissions des institutions analytiques,
de production d'une altérité radicale
et d'un ailleurs dans lequel la production
théorique des « dissidents »
est posée comme un délire en est une
illustration édifiante.
Citons Chawki
Azouri : Que l'on se soit autant
attaché à l'homosexualité de
Schreber témoigne en cela de
l'homologie qui existe entre la
structure de l'institution et le
rapport à la psychose. Cela invite à
poser la question d'une institution
pour les analystes d'une façon
proche de ce qui est conçu à propos
d'une institution qui ne se fonde
pas sur la ségrégation des
psychotiques [...] qui ne fonctionne
pas selon l'opposition d'un bon
dedans à un mauvais dehors. La fin
de l'analyse, sa traversée par
l'analysant et l'analyste, et
l'élaboration théorique qui en
résulte, voilà qui pourrait être
alors l'édifice pour bâtir « un
nouveau mode d'accession du
psychanalyste à une garantie
collective ». A condition que
l'association n'érige pas l'oubli en
maître. »
Il va de soi
que l'ensemble de ces points ne
pourra pas faire l'objet d'une
analyse approfondie. Ils sont
mentionnés ici pour faire trace. La
diversité des thèmes abordés dans le
programme prévu, le sérieux du
travail déjà accompli par les
participants sont gages d'une prise
en compte de questionnements qui
débordent le cadre de la profession
et donc susceptibles d'intéresser le
plus grand nombre .
Roland Sabra