La
polémique sur le décret
réglementant le statut de
psychothérapeute s'embrase à
nouveau. Alors que le
gouvernement vient de
transmettre au Conseil
d'Etat un projet de décret
débattu depuis près de cinq
ans avec la communauté psy,
c'est désormais un projet
annexe d'arrêté qui met le
feu aux poudres.
Ce
"document de travail",
signé des ministères de la
santé et de la recherche,
définit avec précision le
contenu de l'enseignement
théorique et pratique des
futurs psychothérapeutes. La
communauté psy dénonce une
immixtion du gouvernement
dans la définition du soin
psychique et l'instauration
d'"une psychothérapie
d'Etat".
Le 13
août 2004, le Parlement
adoptait l'article 52 de la
loi sur la santé publique
reprenant un amendement de
Bernard Accoyer, actuel
président (UMP) de
l'Assemblée nationale. M.
Accoyer cherchait à
réglementer l'usage du titre
de psychothérapeute, utilisé
actuellement par des
psychiatres, psychanalystes,
psychologues mais aussi des
professionnels non médicaux,
issus de dizaines de
courants de pensée. Au nom
de la lutte contre le
charlatanisme, ce texte
visait à réserver le titre
de psychothérapeute aux
professionnels inscrits sur
un registre national et se
soumettant à une formation
universitaire.
Depuis
l'adoption de la loi, trois
ministres de la santé se
sont efforcés, jusqu'ici en
vain, de publier le décret
issu de cet article de loi.
Les querelles entre psys et
gouvernement n'ont pas
cessé. La dernière version
du texte, élaborée par le
cabinet de la ministre de la
santé, Roselyne Bachelot,
prévoit que les
professionnels souhaitant
user du titre se soumettent
à une formation de 400
heures en psychopathologie
clinique suivie d'un stage
pratique de cinq mois. Ce
décret a été approuvé par le
Conseil national de
l'enseignement supérieur et
de la recherche, le 16 juin,
avant d'être transmis au
Conseil d'Etat.
Alors que
la communauté psy s'était
résolue à accepter le
compromis de la dernière
version du décret, elle
découvre aujourd'hui, avec
stupeur, un projet d'arrêté,
resté confidentiel, et
déclinant le contenu de la
formation. Selon ce texte,
les futurs psychothérapeutes
devront maîtriser "les
principaux courants
théoriques (psychanalytique,
cognitivo-comportemental,
systémique,
socio-environnemental,
biologique)" et avoir
une "connaissance des
outils d'évaluation
(échelles cliniques, tests
projectifs) suffisante".
Pour les
professionnels de la psyché,
divisés entre courant
psychanalytique et thérapies
brèves d'inspiration
anglo-saxonnes, le
gouvernement prend parti
dans une querelle
épistémologique. "Il
s'agit d'un hold-up
cognitiviste sur le titre de
psychothérapeute, dans le
but explicite d'éliminer la
pratique psychanalytique",
dénonce Jacques-Alain
Miller, chef de file de
l'Ecole de la cause
freudienne (courant lacanien
de la psychanalyse). "On
veut déposséder l'université
de la définition du contenu
de son enseignement, au
profit du modèle
psychiatrique américain,
très minoritaire en France",
s'insurge Roland Gori,
président du Séminaire
interuniversitaire européen
d'enseignement et de
recherche en
psychopathologie et
psychanalyse.
La nature
du texte incriminé - un
simple arrêté - inquiète
d'autant plus qu'il peut
être pris sans aucune
consultation. Le ministère
de la santé explique que sa
rédaction ne relève pas de
sa responsabilité, mais de
celle du ministère de la
recherche. Dans l'entourage
de Valérie Pécresse, on
confirme que "l'arrêté
vient compléter le décret et
qu'il ne sera pas soumis à
concertation".
LE MONDE | 08.07.08 |
15h33 • Mis à jour le 08.07.08
| 15h33