Tremblements, sueurs, crises de
panique : à partir de 13 ans,
Colette redoutait d'aller au
collège. Scolarisée en 4e dans
un établissement parisien classé
en zone d'éducation prioritaire,
l'adolescente était la meilleure
élève de sa classe. " J'ai
téléphoné à la directrice,
se souvient sa mère. Je lui
ai demandé l'autorisation de
changer d'établissement. Elle a
refusé et m'a répondu que ma
fille n'avait qu'à s'endurcir"
Issue d'une famille aisée,
Colette a fréquenté de plus en
plus souvent l'infirmerie,
jusqu'au jour où elle a eu une
crise de désespoir en plein
cours menaçant de se suicider.
Ce que l'entourage scolaire
avait considéré comme un
caprice, ce que les parents,
désemparés, mettaient sur le
compte d'une crise d'adolescence
était une phobie scolaire.
Finalement prise en charge dans
le service de psychopathologie
de l'enfant et de l'adolescent à
l'hôpital Robert-Debré, à Paris,
que dirige le professeur
Marie-Christine Mouren, Colette
a pu reprendre le chemin des
cours et passer son brevet avec
succès. " On n'a pas
conscience du danger que
représente cette maladie pour
les enfants. Il faudrait
sensibiliser davantage les
parents et l'éducation nationale
", conclut la mère de
Colette.
Thierry Gelinotte, enseignant
spécialisé à l'hôpital
Robert-Debré, accompagne les
enfants quand ils réintègrent
l'école. C'est lui qui aide
l'élève à passer le seuil de la
classe, qui attend derrière la
porte durant les premiers cours.
" Nous définissons avec
l'enfant, sa famille, le médecin
scolaire et l'équipe enseignante
les modalités de le
rescolarisation,
explique-t-il. Ce peut être
rapide ou très lent. "
Décrite en 1941 par la
psychiatre américaine Adélaïde
Johnson, la phobie scolaire
s'expliquait alors
essentiellement par des
relations de dépendance mal
résolues entre mère et enfant.
" Depuis, le concept s'est
élargi à la notion de refus
scolaire et inclut des causes
plus diverses que l'angoisse de
séparation ", explique le
professeur Marie-Christine
Mouren. Redouter les moqueries
des camarades, des enseignants,
craindre d'avoir de mauvaises
notes, d'être racketté..., tout
cela peut être à l'origine de
refus scolaire nécessitant une
prise en charge spécifique.
" De l'avis des médecins
conseillers techniques de
l'éducation nationale, le
phénomène serait en augmentation
", estime Jeanne-Marie Urcun,
du ministère de l'éducation
nationale. Il concernerait,
selon les experts, environ 2 %
des enfants en âge d'être
scolarisés en primaire ou au
collège.
Les phobies scolaires
connaissent des pics aux
moments-clés de la scolarité :
entre 5 et 7 ans au début de
l'école primaire, entre 10 et 11
ans à l'entrée au collège et à
partir de 14 ans. " Pour les
plus jeunes, elles procèdent
souvent d'une angoisse de
séparation, poursuit le
professeur Mouren. Et plus on
avance en âge, plus intervient
une phobie sociale, c'est-à-dire
une peur excessive de la
critique des camarades, de la
moquerie, de l'humiliation. "
Une anxiété généralisée liée
à la peur de l'échec du fait
d'une exigence trop forte des
parents, mais aussi de
l'institution scolaire
déclencherait également de plus
en plus de phobies scolaires.
Proviseur adjointe de l'annexe
pédagogique du lycée
Chateaubriand à Rennes
(Ille-et-Vilaine) qui accueille
des lycéens handicapés,
Françoise Le Mer a décidé
d'ouvrir une classe spécifique
pour ces jeunes avec le soutien
de l'académie et de la fondation
Santé des étudiants de France.
" J'étais confrontée ces
dernières années à une demande
croissante de la part des
parents, des chefs
d'établissement et des médecins
psychiatres pour accueillir des
jeunes qui étaient en train de
se déscolariser ou n'arrivaient
plus à sortir de chez eux, note
Mme Le Mer. Ce sont tous
d'excellents élèves qui étaient
soumis à une pression trop forte
ou qui s'ennuyaient. "
La classe qui leur est
consacrée à Rennes reçoit huit
jeunes lycéens pour un cycle de
six semaines. Durant cette
période, ils ne sont scolarisés
que l'après-midi et travaillent
autour d'un thème par groupe de
deux ou trois, voire seuls, sans
être notés. La dernière semaine,
ils sont intégrés dans des
classes ordinaires pour certains
cours de leur choix avant de
reprendre, si possible, une
scolarité aménagée dans leur
lycée d'origine.
Face à la survenue d'un refus
scolaire, certains parents
peuvent être tentés d'inscrire
leur enfant à des cours par
correspondance. " Ce n'est
pas une solution, assure le
professeur Mouren. Le
traitement passe par le retour à
l'école. " Il ne faut pas
non plus créer un environnement
particulièrement confortable à
la maison sinon on risque de
conforter les enfants dans leur
maladie. " La coopération des
parents passe aussi par le fait
qu'ils n'offrent pas à l'enfant
une vie dorée à la maison. Il
faut contrôler l'heure du
coucher, ne pas permettre
l'accès à l'ordinateur, aux jeux
vidéo ", poursuit Mme Mouren.
Le changement d'école n'est
pas non plus la solution et
risque seulement de déplacer le
problème. Le traitement passe,
le plus souvent, par une prise
en charge psychothérapique
d'inspiration cognitivo-comportementale
visant la rescolarisation
progressive, plus rarement, une
hospitalisation.
Martine Laronche