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Familles : les canons trinquent, enfin

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Par GENEVIÈVE DELAISI DE PARSEVAL psychanalyste

Salvatore D’Amore (sous la direction de) Les Nouvelles Familles. Approches cliniques Préface de Robert Neuburger. De Boeck, 472 pp., 43 €

 
 

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Presque tout un chacun a désormais appris à relativiser ses croyances en une famille «normale». Il n’y a que le législateur pour ne pas prendre en compte le fait que, depuis plusieurs décennies, il existe nombre de familles multicomposées avec différentes sortes de beaux-parents ; qu’on rencontre de manière non exceptionnelle des familles composées avec des «tiers procréateurs ou éducateurs» dans les cas de l’adoption et des familles fondées grâce à l’assistance médicale à la procréation avec dons de gamètes et d’embryons. Sans compter les déclinaisons variées des familles homoparentales contemporaines. A l’occasion de la récente révision de la loi bioéthique, nos députés s’en sont tenus, à droite comme à gauche, au vieil adage «un père, une mère, pas un de plus, pas un de moins». Combien de temps ce déni législatif durera-t-il ? Peut-être jusqu’à ce que la France soit bonne dernière en Europe… Certains psys ne sont d’ailleurs pas moins conservateurs que nos députés, piégés souvent par des mythes datés, tel celui de la pathologie inévitable du père absent ou de la nécessité d’une «bonne mère» forcément unique ; ou telle encore la croyance en la nocivité des rôles parentaux inversés. Les enfants de couples divorcés, les enfants adoptés, ceux conçus par assistance médicale à la procréation ou élevés par des couples homo ne sont pas plus névrosés ou psychotiques que les «normaux» ; ça se saurait sinon…

Il est temps de voir que les normes et les mythes contemporains sur le couple et la famille évoluent parfois plus vite que les théories et les pratiques cliniques. C’est précisément ce que permet de découvrir cet ouvrage exceptionnel dirigé avec talent par le psychologue et thérapeute belge Salvatore D’Amore. Loin d’être un banal ouvrage de compilation de textes, il s’agit d’un vrai livre, dans lequel on sent que chaque auteur connaît les travaux les plus novateurs des autres. Les signatures psys connues du lectorat français (Philippe Caillé, Catherine Ducommun-Nagy, Maurizio Andolfi, Martine Gross, Despina Naziri, Emmanuel Gratton) côtoient celles d’auteurs suisses ou italiens et belges, experts psys ou sociologues qui travaillent régulièrement avec ce qu’on appelle encore - mais pas pour longtemps - les «nouvelles familles». Préface particulièrement pertinente de Robert Neuburger.

 

 

Libé+16/06/2011