LA NUIT SECURITAIRE
au crépuscule de la psychiatrie
Le 2 décembre 2008, dans une enceinte psychiatrique
hospitalière, se saisissant d’un crime pourtant très rare
commis par un patient diagnostiqué comme schizophrène, le
président Sarkozy a annoncé un plan pour la psychiatrie aux
conséquences dévastatrices.
Dans ce discours, les
fondements même de la psychiatrie ont été attaqués avec la
plus grande brutalité, celle qui amadoue pour mieux
exécuter.
Il aura suffi d’un fait divers dramatique pour relancer
une politique de la peur dont le projet de centres de
rétention de sûreté tout comme les soins sans consentement
en ambulatoire sont le parachèvement.
En amalgamant la folie à une pure dangerosité sociale, en
assimilant d’une façon calculée la maladie mentale à la
délinquance, est justifié un plan de mesures sécuritaires
inacceptables.
Alors que les professionnels alertent régulièrement les
pouvoirs publics non seulement sur les conditions de plus en
plus restrictives de leur capacité de soigner, sur
l’inégalité croissante de l’accès aux soins, mais aussi sur
la mainmise gestionnaire et technocratique de leurs espaces
de travail et d’innovation, une seule réponse leur a été
opposée : attention danger, sécurisez, enfermez, obligez, et
surtout n’oubliez pas que votre responsabilité sera engagée
en cas « de dérapage ».
Un pas vient d’être franchi, l’heure est trop grave pour
que la résignation l’emporte.
Que peut signifier cette prétendue méconnaissance, en
réalité cette volonté délibérée d’ignorer les réalités de la
psychiatrie ?
Il y a les faits, il y a les chiffres : le rapport de la
Commission « Violence et santé mentale » dénombre qu’en 2005
sur 51 411 mis en examen dans des affaires pénales (crime ou
délit) 212 ont bénéficié d’un non-lieu pour irresponsabilité
mentale, c’est à dire 0,4 % des crimes et délits ! Mais en
revanche, la prévalence des crimes violents contre les
patients psychiatriques est 11,8 fois plus importante que
par rapport à la population générale. La proportion des vols
à leur encontre est 140 fois plus importante !
Nous, soignants en psychiatrie, n'acceptons pas que la
plus haute autorité de l'État répande de tels propos, qui
laisseraient croire que les personnes atteintes de troubles
psychiques font bien plus souffrir la société que celle-ci
ne les aliène. Nous n’acceptons pas non plus que ces
citoyens soient jetés en pâture à la vindicte populaire pour
maintenir de manière forcenée, irresponsable, le ferment de
la peur.
« La politique de civilisation » annoncée est une
politique de « rupture » du lien car elle tente de bafouer
les solidarités sociales qui ont permis de sortir du grand
enfermement de la folie. Il n’y a pas d’exercice possible de
la psychiatrie sans respect constant des valeurs de la
République : celles qui en énonçant le respect de la
séparation des pouvoirs permettent à la démocratie de
rassembler solidairement afin de ne pas exclure les plus
démunis.
Devant tant de « dangerosité » construite, la psychiatrie
se verrait-elle expropriée de sa fonction soignante, pour
redevenir la gardienne de l’ordre social ?
Nous, citoyens, psychiatres, professionnels du soin, du
travail social, refusons de servir de caution à cette dérive
idéologique de notre société.
Nous refusons de trahir notre responsabilité citoyenne et
notre éthique des soins dans des compromissions indignes et
inacceptables.
Nous refusons de voir la question des soins psychiques
réduite à un pur contrôle sécuritaire criminalisant
outrageusement la maladie mentale.
Nous refusons d’être instrumentalisés dans une logique de
surveillance et de séquestration.
Pour maintenir la fonction soignante en articulation
permanente entre le singulier et le collectif, nous refusons
l'aveuglement d'une supposée culture de l'efficacité
immédiate concernant des problèmes qui n'existent que peu.
Dans le champ de la psychiatrie, des actions s’opposent à la
normalisation des enseignements (sauvons la clinique), des
pratiques prédictives (pas de zéro de conduite), des dérives
scientistes assignant à la psychiatrie le devoir de prévoir
l’avenir (non à la perpétuité sur ordonnance, politique de
la peur).
Nous soutenons et accompagnerons toute perspective de
regroupement de ces initiatives car elles vont toutes dans
le même sens : défendre et soutenir la dignité des patients
qui nous sont confiés ou qui se confient à nous.
Faudrait-il que nous entrions en résistance par la
désobéissance civile, pour soutenir la possibilité d’une
psychiatrie au service des sujets en souffrance,
respectueuse du sens de leur existence, et non une
psychiatrie servant au maintien de l’ordre sécuritaire
stigmate de l’asservissement de la population par la peur ?
« Il faut de la crainte dans un gouvernement despotique:
pour la vertu, elle n'y est point nécessaire, et l'honneur y
serait dangereux. » Montesquieu
Contact : elie.winter@free.fr
- Yacine AMHIS (Psychiatre reims
membre de la criée ),
- Jean-marc ANTOINE (Psychologue.
association aurore. paris. directeur du pôle aurore
habitat.),
- Mathieu BELLAHSEN (Interne en
psychiatrie,secrétaire d'utopsy),
- Antoine BESSE (Psychiatre,
psychanalyste ),
- Guilhem BLEIRAD (Psychologue),
- Olivier BOITARD (Psychiatre,
président du casp),
- Hervé BOKOBZA (Psychiatre, saint
martin de vignogoul),
- Loriane BRUNESSAUX (Interne en
psychiatrie, présidente d'utopsy),
- Patrice CHARBIT (Psychiatre
psychanalyste vice-président de l'afpep-snpp),
- Jean-paul CHARDON (Chef de service
pédopsychiatrie, ),
- Franck CHAUMON (Psychiatre,
psychanalyste ),
- Patrick CHEMLA (Psychiatre chef de
service , centre antonin artaud reims , président de la
criée, membre del'usp ),
- Sarah COLIN (Psychiatre à reims),
- Guy DANA (Psychiatre psychanalyste
chef de service),
- Alexandra DE SEGUIN (Interne en
psychiatrie, vice-présidente d'utopsy),
- Pierre DELION (Professeur de
psychiatrie),
- Barbara DIDIER (Psychologue,
psychanalyste),
- Eric DIDIER (Psychanalyste),
- Léa DIDIER (Etudiante en psychologie
clinique),
- Bernard DURAND (Psychiatre,
président de la fédération d'aide à la santé mentale
fasm croix marine ),
- Joël DUTERTRE (Médecin (mp4 champ
social)),
- Lysia, EDELSTEIN (Psychologue
clinicienne à la protection judiciaire de la jeunesse,
pantin (93), snpes/pjj/fsu),
- Roger FERRERI ("psychiatre chef de
service infanto juvénile 91000 evry, association
""pratiques de la folie"""),
- Florent GABARRON-GARCIA (Vice
président d'utopsy, moniteur psychiatrique à la clinique
de la borde),
- Yves GIGOU (Infirmier de secteur
psychiatrique - militant associatif),
- Pascale GIRAVALLI (Psychiatre,
marseille),
- Roland GORI (Professeur de
psychopathologie clinique à l'université d'aix-marseille,
président du séminaire inter-universitaire européen
d'enseignement et de recherche en psychopathologie et
psychanalyse (siueerpp) et psychanalyste),
- Michaël GUYADER (Chef de service du
8ème secteur de psychiatrie générale de l’essonne,
psychanalyste),
- Liliane IRZENSKI (Psychiatre.
psychanalyste),
- Serge KLOPP (Cadre de santé, chargé
des questions de psychiatrie commission santé du pcf),
- Olivier LABOURET (Psychiatre public,
chef de service),
- Jean-jacques LABOUTIERE
(Psychiatre),
- Paul LACAZE (Neuropsychiatre,
psychanalyste, montpellier),
- Laurent LE VAGUERESE (Psychiatre,
psychanalyste responsable du site oedipe.org),
- Emile LUMBROSO (Centre van gogh
reims, président d'euro-psy, membre de la criée),
- Paul MACHTO (Psychiatre.
psychanalyste. montfermeil 93. pratiques de la folie.
usp),
- Jean-pierre MARTIN (Psychiatre),
- bénédicte MAURIN ,
- Isabelle MONTET (Psychiatre, chef de
service, sph),
- Jean OURY (Médecin directeur de la
clinique de la borde, cour cheverny),
- Angelo POLI (Psychiatre président
de cme de st cyr (69)),
- Gérard RODRIGUEZ (Cadre de santé,
reims),
- Pierre SADOUL (Psychiatre
désaliéniste du service public, ex mcs en
pédopsychiatrie, ex-vp de l’api, administrateur de l’asepsi),
- Olivier SCHMITT (Président de l'afpep-snpp
(association des psychiatres d'exercice privé, syndicat
national des psychiatres privés)),
- Bruno TOURNAIRE BACCHINI
(Psychiatre, praticien hospitalier),
- Anne TUFFELLI (Psychiatre),
- Valérie VALLET (Psychologue),
- Elie WINTER (Psychiatre)
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