Resumé: Le présent travail s’attache
à montrer en quoi les nouvelles formes de
psychopathologie adolescente, ne se
déclinent plus dans le registre de la
rivalité jalouse entre semblables, de luttes
pour la possession de biens, mais se
manifestent par l’agression contre l’autre,
le semblable, souvent de manière soudaine et
brutale, Sous l’emprise de l’envie
primaire et dans l’impossibilité
d’élaborer leurs angoisses archaïques, les
adolescents destructeurs sont en permanence
à la limite de la menace d’effondrement
identitaire et d’une projection évacuative.
Deux cas cliniques viennent étayer la thèse
d’un effondrement narcissique conjoint à la
pression d’une jouissance archaïque comme
déclencheurs de la pulsion de destruction.
Nous considérons les agirs destructeurs de
ces adolescents, qui ont pour finalité la
désubjectivation d’autrui et son
anéantissement en tant qu’être différent,
porteur d’un désir propre, comme une parade
contre la disparition subjective et partant
une lutte désespérée pour la survie
psychique.
Mots-Clés: Adolescence, haine, envie,
destructivité.
Resumo: O presente trabalho relaciona-se
com a demonstração de que as novas formas de
psicopatologia do adolescente não mais se
propõem ao registro da rivalidade ciumenta
entre semelhantes e a luta pela posse de
bens, mas se manifestam pela agressão ao
outro, frequentemente de maneira súbita e
brutal. Sob a influência da inveja primária
e na impossibilidade de elaborar suas
angústias arcaicas, os adolescentes
destruidores permanecem no limite da ameaça
da perda de identidade e de uma projeção de
esvaziamento. Dois casos clínicos reforçam a
tese da existência de uma queda brusca e
narcísica aliada à pressão de um prazer
arcaico como desencadeadores da pulsão de
destruição. Os autores consideram que as
atuações destrutivas dos adolescentes
estudados têm por objetivo a falta de
subjetivação ou forma de ser diferente,
portador de um desejo próprio e, portanto,
como uma defesa entre o desaparecimento
subjetivo e assim uma luta desesperada para
a sobrevivência psíquica.
Palavras-chaves: adolescência, ódio,
inveja, destrutividade.
1. Introduction
De tout temps, l’adolescence a témoigné des
difficultés et des impasses d’une époque et
d’une culture. Elle est le lieu où peut se
dire le malaise dans la culture
freudien (1929). C’est ainsi qu’en France,
depuis une vingtaine d’années, des
manifestations de violence et de
destructivité d’une extrême brutalité sont
apparues et tendent de plus en plus à se
banaliser parmi la population des jeunes
issus de quartiers considérés comme
difficiles (et/ou évoluant dans des familles
vulnérables et fragiles), jusqu’à interroger
l’existence d’une psychopathologie
spécifique aux « banlieues. »
Provocatrices et multiformes, imprévisibles
et dévastatrices, les manifestations de
violence d’adolescents, en rupture de lien
social et de ses lois, que l’écho renvoyé
par un univers médiatique exercé à
substituer l’image à l’événement rend encore
plus présentes, constituent un paradigme du
risque dans notre culture. Elles nous
confrontent aux limites de l’analysable, en
mettant à l’épreuve notre appareil à penser
ainsi que nos ressources empathiques.
Lorsque la violence se mue en destructivité,
elle semble être l’expression du nouage
victorieux de Thanatos sur Éros, ouvrant
ainsi la porte aux figures de l’impensable.
2. Une nouvelle forme de psychopathologie
adolescente
L’actualité de la clinique nous confronte à
des troubles primaires du narcissisme, des
pathologies de l’agir (qui incluent les
conduites addictives et suicidaires) et du
retrait (État-limite, psychopathie) : ces
figures de la destructivité portent la
marque de perturbations de la continuité et
des frontières du Soi, et sont
d’authentiques pathologies du lien
intersubjectif. Associées à la précarité
des dispositifs et des fonctions
symbolisantes, ces pathologies
mettent en cause les instances d’énonciation
des limites et les processus de
reconnaissance de l’altérité (Kaës,
1997, p. 45). Aussi, lorsque des événements
traumatiques, - en tant qu’expériences de
tension et de déplaisir sans représentation,
sans dégagement possible -, se télescopent
avec l’événement pubertaire, ils propulsent
l’adolescent dans des agirs qui conduisent à
des comportements violents, souvent
imprévisibles et redoutables, pouvant aller
jusqu’à l’acharnement destructif des
personnes.
Ces manifestations violentes mettent en
scène une disparition subjective ou une
lutte désespérée pour l’existence. Elles
sont à entendre dans le champ du narcissisme
primaire de la construction d’une identité
et d’une tentative de séparation d’avec
l’infantile le plus archaïque, et non dans
le registre de la transgression des
interdits référés au complexe d’oedipe comme
c’était le cas par le passé.
De plus en plus souvent, des actes d’une
violence exacerbée sont commis par des
adolescents très jeunes, qui déconcertent
les adultes et les laissent parfois dans
l’effroi et la stupeur. Ces explosions
destructrices, immédiates, par ruptures des
digues contendantes de leur agressivité, se
sont déplacées des enjeux oedipiens et
phalliques dans la rivalité avec le père à
une problématique maternelle qui recouvre
des difficultés d’existence, de séparation,
de fusion archaïque, d’un lien perturbé au
manque et aux limites, de l’impossibilité
d’attendre et de différer, du désir d’être
dans une jouissance immédiate. Cette
nouvelle forme de délinquance se signale par
l’agression brutale contre l’autre, mais
aussi contre un certain nombre de symboles
de représentants de la société. Elle relève
de l’archaïque qui renvoie au sentiment même
d’exister du sujet.
La répétition des actes antisociaux de ces
jeunes déprivés (Winnicott), porte la marque
d’une menace identitaire et d’un échec dans
la mise en oeuvre du travail du lien. Leurs
actes transgressifs apparaissent liés à la
vulnérabilité d’une économie narcissique
constamment menacée par la difficulté de
pouvoir s’appuyer sur des objets internes
suffisamment stables. D’autant que les
carences environnementales qui ont fragilisé
la stabilité interne et la sémiotisation
primaire ne permettent pas d’augurer d’une
capacité de relance, mais tendent plutôt à
renforcer une exacerbation de leur
fonctionnement comportemental. Alors que
l’adolescent attend précisément de ses
figures tutélaires, de son thérapeute, comme
de tout adulte qui fait référence, que
ceux-ci ne s’effondrent pas face à sa propre
violence, expression autant d’une force
nouvelle que d’une menace.
Passager d’une crise qui le traverse malgré
lui, l’adolescent cherche un adulte
suffisamment solide dans l’actuel, en lui et
dans son environnement, mais aussi dans son
histoire infantile. Nous sommes de plus en
plus souvent confrontés à des adolescents,
porteurs d’une souffrance
identitaire-narcissique (Roussillon,
2002) liée à une problématique de
contenants, d’enveloppes psychiques, de
symbolisation, qui évoluent dans des
quartiers considérés comme difficiles. Dans
ces espaces désavoués, lieux de rupture dont
la vie est en rupture de repères
symboliques, des adolescents, souvent
d’origine immigrée, mettent en acte leur
processus d’adolescence dans des
comportements de violence narcissique, où se
joue l’existence même du sujet (Lesourd,
1998, p. 41).
Notre clinique auprès de ces adolescents
violents nous amène à considérer leurs actes
antisociaux comme une conséquence d’une
attaque précoce du narcissisme et une
défense identitaire. C’est à dire l’éruption
d’une irrépressible destructivité qui a pour
finalité la désubjectivation d’autrui et son
anéantissement en tant qu’être différent,
porteur d’un désir propre. Ce qu’il convient
de nommer une nouvelle forme de
psychopathologie adolescente relève
avant tout d’une difficulté d’ancrage de
leur être dans le lien social, d’un sujet
pris, dans la double insertion de tout sujet
dans la verticalité de la transmission
intergénérationnelle et dans l’horizontalité
de groupes transindividuels (Kaës, 1993).
Ces nouvelles formes de psychopathologie
adolescente, qui attestent d’un changement
de l’inscription du sujet dans le lien
social, ne se déclinent plus dans le
registre de la rivalité jalouse entre
semblables, de luttes pour la possession de
biens, qui fait partie du processus normal
de l’adolescence lorsque le sujet doit
notamment se mesurer avec ses pairs pour se
différencier, s’affilier, consolider son
identité et s’affranchir de la soumission
aux imagos parentales. Il ne s’agit plus de
problématique à consonance oedipienne, mais
d’une lutte de destruction radicale de celui
qui est considéré comme un ennemi possédant
la jouissance. C’est ainsi que les rivalités
de bandes se manifestent à travers des
comportements de violence qui prennent des
aspects archaïques d’une extrême brutalité,
sous l’effet du narcissisme des petites
différences qui
fondent les sentiments d’étrangeté et
d’hostilité entre les individus (Freud,
1929, p. 56), mais surtout de la contagion
affective et du règne de ce qu’il convient
d’appeler la loi du plus fort.
De plus, à la vulnérabilité psychique de ces
adolescents – de familles souvent déplacées
–, viennent se greffer des difficultés
majeures d’intégration sociale ou
professionnelle qui sont vécues comme autant
d’atteintes portées à des assises
narcissiques (Jeammet, 2002) déjà
largement grevées par la carence de
référents identificatoires fiables et
valorisants, obérant ainsi la capacité de
sentir et de décider, de s’affranchir d’un
destin hypothéqué et d’un désir
instrumentalisé.
L’exclusion ne consiste pas seulement à
rester en marge de la société de
consommation et du bien-être, mais convoque
nombre de ces jeunes, passifs ou agités, à
demeure ou les contraint à l’errance, sans
aucun objet de perspective.
La perte d’ancrage porte à dériver ou à
s’amarrer sans discernement. La perte
d’ancrage porte à dériver ou à s’arrimer
sans discernement. Cette panne de la
temporalité en passe de se chroniciser,
conjuguée à une quasi-inaccessibilité au
changement psychique, débordent du champ
référé à ce que certains dénomment la
crise des repères traditionnels et
témoignent de ce que Castoriadis (1996)
appelle le processus de dé-socialisation.
Les situations sociales, d’exclusion, de
rejet et d’isolement, nourrissent chez ces
jeunes en panne de désir et en souffrance
identitaire, - sans lieux institutionnels à
investir pour exprimer leurs contradictions
-, des passages à l’acte répétés ou des
symptômes (réactions dépressives
anaclitiques, psychosomatiques,
addictions...) qui signent à leur place.
Lorsque nous rencontrons ces adolescents
dans le cadre de nos missions d’Expert
auprès des Tribunaux, ce n’est pas sans
éprouver un sentiment d’impuissance. Malgré
le rappel incessant de la réalité de l’acte,
les faits qui les ont conduits à être
incarcérés sont banalisés, niés. Les
carences objectales qui jalonnent leur
parcours, portent, nombre de ces
adolescents, à mettre en scène, au sein de
la famille ou dans la rue, une compulsion à
détruire, comme pour constituer l’objet dans
la haine, reliant celle-ci aux privations et
aux injustices dont ils se considèrent, dans
un mouvement de dévalorisation dépressive,
comme des cibles sacrifiées.
3. De la haine à la destructivité
Je sens de la haine, j’explose et je peux
frapper quelqu’un sans le connaître,
nous dit Hamid (18 ans), détenu pour
assassinat. Né en Algérie, le cinquième
d’une fratrie de huit enfants, Hamid est
arrivé avec sa famille très jeune en France.
Les difficultés d’adaptation sociale et
professionnelle, entraînent ses soeurs à
demeure et contraignent ses frères à
l’errance ou à la délinquance, d’autant que
leurs parents se sont retirés de la scène
sociale et éducative.
Pour Hamid, comme pour nombre d’adolescents
de ces quartiers, victimes de la défection
des liens familiaux, englués dans une
absence de réparation sociale autre que
d’assistance, la socialisation s’effectue
dans la rue ou au pied des immeubles de son
quartier. Espace considéré paradoxalement, à
la fois comme diabolisé mais aussi comme un
lieu d’appropriation d’un territoire à
défendre, par le biais d’affrontements réels
ou symboliques. Lieux d’errance, sans
limites contenantes, investis de manière
éphémère, la rue ou le quartier, qui nous
situent au coeur de la problématique du
dehors et du dedans, de l’appropriation d’un
territoire, sont perçus par ces adolescents,
comme un dehors sécurisant, comme un espace
de dégagement par rapport au monde clos de
la famille qui se révèle un dedans
dangereux. Cependant, ces espaces
déclenchent des réactions sociales de
transgressions ou de violences subies ou
infligées, sans possibilité de les traiter
comme l’illustre le cas d’Hamid : Dans la
rue, un groupe de jeunes que j’ai jamais vu,
s’est mis au milieu de la route et y-en a un
qui me donne un coup de poing. Le plus grand
m’insulte sur ma mère. Ils voulaient se
battre. J’ai insulté sa mère au grand qui me
pousse et veut me frapper avec les autres.
Il m’a donné un coup de pied et me fait
tomber. Je me suis vite retourné pour
prendre un couteau et je l’ai frappé au
visage. Il est tombé et y avait du sang.
Avec mes copains, on a continué à lui donner
des coups et puis on est parti... Il paraît
que le type est mort à l’hôpital.
Dans l’après-coup, Hamid exprime un
sentiment de haine particulièrement
prégnant, qui lui paraît légitime au regard
d’une vie considérée comme entravée et en
réplique à des attaques et des humiliations
dont lui et sa communauté se sentent
victimes. Ce vaste ensemble de sentiments
négatifs, à la fois confus, complexes et
sans objet précis, peut se comprendre comme
la crainte d’un dehors perçu comme menaçant,
hostile. Elle serait une puissance défensive
qui peut être mobilisatrice contre la
menace, la trahison, l’emprise des objets.
En quête de limites, à défaut d’opposants
réels ou d’oppositions fantasmatiques, pour
tenter de se construire, de s’affirmer (en
opposition mais aussi en appui) contre les
adultes, Hamid et d’autres jeunes de son
quartier provoquent inlassablement : soit
directement, soit par le biais de
destructions de biens et d’attaques contre
les représentants de l’ordre. La projection
de la haine permet, d’une part de délester
le sujet des mouvements pulsionnels pénibles
à supporter (d’autant que l’agressivité est
une réaction de déplaisir liée à la
frustration qui l’engendre) et d’autre part
de consolider les limites entre dedans et
dehors, entre sujet et objet. Contrairement
à l’amour qui a une histoire réelle ou
fantasmée, la haine, plus ancienne du point
de vue de la relation d’objet1 (Freud,
1915), n’a pas d’histoire autre
qu’imaginaire : elle est un processus
psychique qui annule ou tente d’annuler une
source d’excitation ressentie comme
traumatique, considérée comme irrecevable
par le Moi ou l’instance psychique de
jugement selon sa topique interne. En se
sens, l’effraction traumatisme ne peut se
confondre avec l’événement extérieur, qui
peut être de gravité différente (remarque,
injure, interpellation). La haine, par un
sursaut régressif originaire, serait une
sorte de refus massif, une ultime
renonciation appelée à pallier le déficit de
contenance interne et à déclencher le
processus d’auto-conservation.
Dans le mouvement même de leurs agirs
délinquants et de leur rejet primaire d’un
lien intersubjectif, ces adolescents
cherchent paradoxalement un interlocuteur
dans la négativité, à travers des conduites
violentes à caractère ordalique où le divin
est à la fois sollicité et défié.
Confrontation active et volontaire à
l’inconnu, à l’aléatoire, à l’incertitude,
la prise de risque est par essence une mise
en jeu imaginaire d’un possible vivre ou
mourir. Elle est épreuve de vérité en ce
qu’elle prend forme dans un agir répété. Ces
conduites à risque à visée ordalique – dont
la seule limite pour l’adolescent est son
moi-corps confronté à l’auto destructivité
ou à un passage porteur de vie – seraient
une réponse à une attaque du narcissisme et
une défense contre ce qui est perçu comme
une menace de l’identité. La destruction du
narcissisme prend alors la forme d’une
centration narcissique exacerbée. Par ces
conduites à risque pseudo-initiatiques,
nombre d’adolescents qui réinterrogent sans
cesse un tiers, cherchent à rencontrer
l’Autre dans une démarche solitaire de
l’intensité de l’instant.
C’est ainsi qu’ils se déportent dans des
expériences limites, de démesure, où
l’extradition est jouissive. Liée à
l’intensité des sensations au risque parfois
de la mort réelle, elle réveillera un
sentiment de vivre qui triomphe de la menace
de la mort psychique. Cependant, le
sentiment de haine éprouvé n’est pas
obligatoirement destructif ou meurtrier,
malgré la connotation hostile qui le
signifie.
Dans la mesure où elle est encore une
défense, un dernier rempart avant
l’effondrement psychique, la haine peut être
réparatrice et constitue pour certains
jeunes une expression positive de la
violence et de la négativité, lorsque la
pulsion de mort est tempérée en haine pour
l’objet, assurant la consistance de celui-ci
et sa continuité. Mais elle peut aussi
basculer dans la destructivité, lorsqu’elle
« montre le chemin » à la pulsion de
destruction (Freud, 1923, p. 285).
Pour peu qu’interviennent certains facteurs
traumatiques qui viennent annihiler le
dépassement de la haine, au-delà d’un
certain seuil, le Moi s’embrase et la charge
tensionnelle qui ne peut être régulée, se
résout en collapsus. Point de rupture qui
shunte la dimension temporelle et le travail
psychique, la transgression qui revêt le
sens d’un franchissement, donne à l’auteur
l’impression d’être entraîné dans une
dynamique qui le dépasse : J’explose. Je
vois rouge. nous dit Hamid, qui, sur un
mode paranoïaque, a le sentiment de voir des
ennemis partout, d’être méprisé, humilié,
appelant à une réaction immédiate.
Imprévisible pour le sujet lui-même,
réactivé par des circonstances
particulières, son acte criminel qui relève
de l’irreprésentable, ne trouve pas
d’explication: Je ne comprends pas
comment j’en suis arrivé là. Nous
repérerons, bien que déniée par Hamid, une
angoisse extrême sous-jacente,
d’effondrement ou d’anéantissement en écho à
des expériences traumatiques précoces. Le
clivage du moi en jeu ici, conduit à prendre
en compte un déficit grave dans
l’élaboration des désirs, mais aussi et
surtout un trouble identitaire majeur lié à
la libération d’angoisse catastrophique, qui
ne pourra être contenue que par la
manifestation de toute-puissance d’un
recours à l’acte inattendu, aberrant, pour
faire échec à une menace d’anéantissement,
d’effondrement déjà-là. Pour ces adolescents
en particulier, le clivage se présente comme
une protection contre un risque de
désintégration psychique face à la force
pulsionnelle des affects qui ne trouverait
pas un dégagement représentatif suffisamment
symbolisant.
4. Pathologie du regard
Koran est un adolescent de 17 ans, incarcéré
pour Homicide volontaire aggravé en
bande. Les mains enfoncées dans les
poches de son pantalon, le regard dissimulé
par une grande capuche sombre, il s’avance
de manière déhanchée, nonchalante et
provocatrice. Son corps est recouvert de
tatouages et de blessures faites de
coupures, de brûlures, comme autant de
stigmates qui racontent les péripéties d’une
vie chaotique, faite d’errances et d’ennui,
empreinte de la maltraitance et de la
défaillance d’une présence parentale au sens
d’une attitude anticipatrice. Ces recherches
de traces et d’épreuves infligées sur son
corps, peuvent s’entendre comme une
tentative pour donner forme à sa souffrance,
une manière de s’éprouver et de se
libérer pour se sentir mieux ou de
s’apaiser.
Jours et nuits, Koran errait en bande dans
son quartier et parfois jusqu’au quartier
voisin pour aller les dérouiller. De
manière démonstrative, il clame : depuis
tout petit, je frappe. Dès qu’on me regarde,
qu’on me traite, je frappe n’importe qui.
Il indique qu’un jour, il a menacé un
jeune, sans raison, avec une hache :
J’étais pas bien (...) Je l’ai insulté.
Un soir, je suis tombé nez à nez devant
lui. Je ne le connaissais pas. Il m’a fixé.
Il y a eu des échanges. Et puis ça a
commencé à frapper. Il était pas seul. Les
autres sont venus m’aider. De manière
détachée et sans manifestation émotionnelle,
Koran évoque une bagarre au sol J’ai vu
noir. Je l’ai frappé avec mon couteau à la
tête et il est tombé par terre. Ça pissait
du sang partout. Il disait arrêtez, vous
allez me tuer (…) Il y avait tous les autres
qui frappaient à la tête, dans les côtes,
il y avait des barres, des couteaux. Une
batte de base-ball s’est cassée sur son
crâne (…) On s’est arrêté parce qu’il
bougeait plus et on est parti et de
préciser qu’il apprendra la mort de l’autre
jeune le lendemain : Je crois qu’il est
mort à l’Hôpital.
Dans ce qui précède ou provoque
l’affrontement, la question de la rencontre
avec le regard de l’autre semble
fondamentale. La référence au regard qui à
la fois réfléchit ce qui s’offre au sujet et
le constitue, semble renvoyer à la quête
narcissique d’une image de soi et à son
manque, mais aussi plus profondément, à une
carence en énoncés identificatoires portés
par le regard de la mère et que le sujet
aurait pu s’approprier pour développer son
existence propre. Les enjeux narcissiques
attachés au regard de l’autre se révèlent à
travers une tension entre le désir d’être
remarqué, différencié et l’envahissement
d’un sentiment de mépris et de honte. Dans
ces affrontements entre jeunes de quartiers
difficiles, dans un jeu de miroir
destructeur, le regard de l’autre, intrusion
insupportable, est perçu comme offensant,
menaçant, destructeur et vient persécuter le
sujet, le mettant en état de réaction
paranoïaque, de lutte pour sa propre survie
(Lesourd, 1998).
C’est ainsi que le regard de haine
envieuse peut s’avérer être un
détonateur. Affect fondamental des forces
destructrices qui accompagnent la
souffrance narcissique-identitaire de
l’individuation et de l’appropriation
subjective (Roussillon, 2004, p. 74),
l’envie introduit immédiatement cette
dimension du regard. Processus imaginaire,
qui est à distinguer du processus moins
archaïque qu’est la jalousie1, l’invidia
(video, videre :
malveillance, mauvais oeil) introduit l’oeil
d’envie et renvoie à la possession d’un
objet supposé apporter la complétude (ou de
soulager la douleur du manque) mais qui est
surtout perçu dans l’inconscient comme étant
détenu par un autre que soi. Elle vient
signer le fantasme d’expulsion du sujet de
la scène de la relation. L’envie fait
ressentir douloureusement ce qui manque au
balafré du narcissisme. Ce sentiment
insidieux renvoie à la trace d’une faille
fondamentale non repérée mais dont l’écho,
par le biais de l’autre, fait retour sur le
sujet dans un mouvement destructeur. Le
rapport imaginaire à soi devient alors
suspendu au regard de l’autre.
L’affect d’envie qui exclut le tiers,
combine la frustration de ne pas être ce que
l’on désire et le sentiment de
dévalorisation que l’on éprouve face à celui
ou celle que l’on voudrait être, dans un
sentiment de colère ou de rage face à une
autre personne supposée posséder et jouir de
quelque chose de désirable (Lachaud, 1998).
On se retrouve dans une problématique de
l’altérité impossible : c’est lui ou moi.
Activation de la haine destructrice, par
débordement des capacités intégratives du
moi, l’envie devient anéantissement par
destitution du sujet au profit de sa
réduction au rang d’objet déshumanisé. Ce
qui peut expliquer ces acharnements entre
bandes rivales dont on fait le constat de
plus en plus fréquemment dans les
banlieues des grandes villes françaises.
Derrière leurs
actes destructeurs est sous-tendue la
question du narcissisme des jeunes migrants,
que le passage adolescent accentue, d’autant
que la chaîne sociale et
intergénérationnelle qui investit le sujet
comme porteur d’une continuité d’ensemble ne
tient pas – ce que Aulagnier (1975) nomme le
contrat narcissique –. Car pour
nombre de ces adolescents de familles
immigrées, la transmission, qui résulte des
liens que la famille entretient avec sa
propre histoire, peut difficilement se faire
voire même opérer en négatif et être
traumatique, compte tenu d’un héritage
parfois douloureux et/ou empreint de
secrets.
5. Défaut d’enveloppe, déliaison et
désidéalisation précoce
Lors de ces empiétements ou intrusions
externes, les enveloppes psychiques du
sujet, en référence aux travaux de D. Anzieu
(1987), sont effractées et viennent menacer
le moi. Comme le montrent les recours à
l’acte d’Hamid et de Koran, tout bascule
très vite, par débordement d’une charge
agressive dont le flot ne peut plus être
contenu. Cette hostilité meurtrière, qui
s’inscrit dans un contexte de rivalités et
de défense de territoires, recèle un
caractère archaïque proche de la psychologie
des masses (Freud, 1921).
Paradoxalement, aussi destructives qu’elles
soient au regard de la réalité externe,
aussi saisissantes dans leur cruauté froide
par absence de culpabilité et sidérantes par
leur déroulement acharné, ces conduites
transgressives sont une recherche
d’apaisement interne et ont une fonction de
réassurance narcissique qui permet
d’échapper sans doute à des pathologies plus
graves (retrait autistique notamment). Elles
constituent une tentative de solution pour
inscrire sur la scène du monde ce qui est
éprouvé intérieurement comme une impasse, un
essai de (re)construction de l’espace du
dedans, une tentative de symbolisation
(Roussillon, 2000) qui, pour s’effectuer,
doit paradoxalement en passer par sa
réalisation plutôt que par le refoulement,
afin de retrouver l’expérience d’une
relation d’objet. L’autre, qui m’est presque
pareil mais que je méprise, objet de
projection devient ainsi dans le même
mouvement objet inconscient d’étayage d’une
subjectivité qui ne s’intériorise pas. La
question de la compulsion à la répétition se
trouve ici convoquée, au travers de ce qui
peut s’interpréter à la suite de Winnicott
(1967), comme des retours, non pas du
refoulé, mais de ce qui n’a pas été
symbolisé. Le drame sous-tendu de la
déprivation – à l’origine de la tendance
antisociale pour Winnicott (1956) - voit ces
adolescents rejouer inconsciemment une
expérience déjà vécue de destructivité de
l’environnement affectif primordial, mais
cette fois-ci sur le mode actif et non plus
passif.
Les agirs violents de ces adolescents
peuvent ainsi être appréhendés à partir de
l’hypothèse d’un motif inconscient (Freud,
1916). Plus précisément, ils peuvent être
considérés comme des réactions défensives
contre ce noyau de culpabilité primaire1
– qui précède l’organisation de la
différenciation sujet-objet et repose sur
une confusion primaire moi/non-moi –
et des tentatives de
traitement du noyau traumatique qui le
sous-tend (Roussillon, 1995, p. 75). Il
y a pour ces cas limites, échec du
refoulement au profit des mécanismes de déni
et de clivage, non-intrication des pulsions,
avec une prédominance de la destructivité,
soit directe (état de rage destructrice
que H. Kohut (1991) conçoit comme une
réaction à une blessure narcissique, au
sentiment d’être humilié, mal compris ou
méprisé), soit sur le mode projeté avec
l’angoisse de persécution. Le caractère
inintégrable de l’ambivalence pulsionnelle
associé à la confusion primaire moi/
non-moi, aboutissent à l’impossible
l’élaboration du deuil originaire de l’objet
primaire maternel, de la détresse originelle
(Hilflosigkeit) et à l’échec de la
constitution de la sexualité génitale et
partant de la structuration oedipienne de la
différence des sexes et des générations. En
conséquence, de manière diverse, les
rapports aux objets et à soi-même ne peuvent
qu’engendrer une menace narcissique devenue
insupportable.
De plus, un environnement qui se dérobe,
défaillant sur le plan identificatoire,
ainsi qu’un contexte socioculturel qui ne
favorise pas les capacités de symbolisation
avec une banalisation de la violence,
viennent renforcer chez ces adolescents,
la propension mégalomaniaque et le
fonctionnement imaginaire du moi idéal au
détriment du surmoi qui se traduit par une
exacerbation du fonctionnement
comportemental (Richard, 2001, p. 227).
La fonction contenante de la peau, du moi et
de la pensée (Anzieu, 1993) s’avère
défaillante pour ces jeunes délinquants,
insuffisante à transformer les contenus
impensables voire persécuteurs en éléments
représentatifs et figurables, instaurant un
repli défensif sur un narcissisme
anesthésié. Leur travail du penser
paraît perforé par l’agir tandis que leur
psyché se serait constituée en retrait
schizoïde, comme en fuite dans le registre
exclusif d’une réalité externe
perceptivo-motrice. Avec en guise d’héritage
l’expérience négative d’un attachement
pathogène, prélude à l’enracinement
psychique de ce que Anzieu (1996) a nommé
l’attachement au négatif. L’accès à
l’altérité de l’autre est obéré.
Le plus souvent, ces jeunes ont été
précocement affectés par des expériences qui
ont laissé des traces profondes, des
traumatismes primaires qui font écho au
concept de traumatisme cumulatif
décrit par Khan (1974). Le traumatisme
cumulatif dont Kahn a montré qu’il
résulte de défaillances de la mère dans son
rôle de pare-excitations, tout au long du
développement de l’enfant jusqu’à
l’adolescence, qui vont conduire
imperceptiblement, de manière silencieuse,
au développement d’un noyau de réactions
pathogènes (p. 74) dont les effets sont
de plusieurs ordres :
- un développement prématuré du moi sera
utilisé sur un mode défensif pour faire face
aux empiétements maternels (l’enfant est
maintenu dans un rôle de prolongement
narcissique) auxquels il ne peut répondre ;
- des distorsions du moi donnant lieu à une
crise d’adolescence particulièrement
difficile et douloureuse ;
- un surinvestissement de la réalité interne
et externe, avec une avidité et un intérêt
exacerbé pour le monde extérieur et le monde
fantasmatique.
Ces traumatismes primaires n’ayant pu être
symbolisés faute de figures tutélaires
suffisamment bonnes (au sens de
Winnicott), ils restent sans représentation
possible ; donc toujours actifs. C’est ainsi
que les failles de leur histoire, les
maltraitances subies vont se rejouer avec la
métamorphose adolescente, bien souvent sur
la scène sociale, en cherchant une réponse
pour parer à une détresse interne. D’autant
qu’il n’y a pas entre ces jeunes, qui se
livrent à une activité pulsionnelle
irrépressible, d’adultes suffisamment
présents qui tiennent leur place et
résistent à leur destructivité, afin de
médiatiser la haine et favoriser sa
transformation psychique (Morhain &
Martinneau, 2001 e 2002). La déconstruction
des figures de l’idéalité (affiliées au
registre du Moi-idéal) qui permet
d’échafauder son autonomie psychique et de
se projeter dans un futur à moyen-terme
(référable au registre de l’Idéal du Moi),
ne peut se risquer que si le sujet conserve
l’espoir de retrouver ailleurs, hors de
l’infantile, une autre figure de la réalité
sociale qui lui permette d’ordonner à
nouveau ses désirs et sa vie. Or cette
opération spécifique de l’adolescence est
justement inopérante chez ces jeunes. Leur
violence narcissique, leur destructivité
agie, n’est ainsi pas référable à une
difficulté à désidéaliser les figures
tutélaires en provenance de l’infantile,
mais d’une absence d’idéalisation précoce
par défaut de figures parentales
suffisamment présentes et solides. Tiraillés
entre la réalité et leurs illusions
(idéalisation, modèles imaginaires), les
parents sont, depuis une trentaine d’années,
ébranlés dans leurs certitudes et sont
contraints de réinventer leurs rôles
(sexuel, conjugal, parental...), dans un
monde qui évolue dans l’imprévisible et la
complexité.
En d’autres termes, outre la déliaison
pulsionnelle à l’oeuvre, le paradigme de
l’impasse dans laquelle semblent se trouver
ces adolescents à risque, résiderait dans un
processus de désidéalisation qui aurait
opéré très précocement, c’est à dire dès la
petite enfance. Fortement sollicités,
souvent attaqués, les objets externes, et
plus particulièrement les parents, sont des
objets de support nécessaires, mais ils
peuvent être aussi objets de projection de
la haine nécessaire à la constitution d’un
espace de pensée autonome. C’est d’autant
plus compliqué pour les adolescents dont le
vécu fantasmatique rencontre dans la réalité
un effondrement parental dépressif, un état
de désarroi ou une violence en contre-point
de leur propre violence.
Plutôt que de faire le constat des effets
morbides d’un monde moderne qui serait
marqué par la destitution symbolique de la
fonction du père, d’une société désertée par
les pères, il convient de souligner la
permanence du complexe paternel au coeur du
social, de repérer l’importance d’un père
qui tienne dans sa fonction de protection
face à la jouissance archaïque de l’avant
séparation/individuation. Blos (1967),
qui conceptualise l’adolescence comme un
second processus de
séparation-individuation, considère qu’à
cette période de la vie, le sujet doit se
séparer de la représentation psychique
interne de la mère afin de lui substituer de
nouveaux investissements. Il a souligné que
lorsque la première phase est entravée, la
seconde phase répétera une régression
conduisant à un fonctionnement
hallucinatoire et à une perte du sens de la
réalité, qui selon Richard (2001), éclaire
l’appétence adolescente pour les vécus
d’intensité sensorielle des conduites à
risque, permettant dans ce combat, de
maintenir un contact avec la réalité.
6. Conclusion
La clinique des adolescents criminels nous
conduit à considérer leurs actes
destructeurs, comme mettant en scène une
disparition subjective et/ou une lutte
désespérée pour l’existence. Il est possible
d’évoquer un effondrement narcissique comme
déclencheur de l’agir violent, qui
représente alors une preuve d’existence et
non le résultat d’une construction
psychique, d’où son aspect pulsionnel
brutal. De tels actes se situent non pas
dans le registre de la transgression de la
Loi ou d’un défi aux limites surmoïques,
mais viennent déloger l’autre pour le
détruire.
Attestant d’une faillite de l’imaginaire,
l’acte criminel éphébique relève du champ du
narcissisme primaire et de la jouissance
archaïque. D’essence habituellement
transgressive, si l’acte possède un
potentiel désorganisateur, régressif, il
peut aussi être re-créateur pour le sujet,
refondateur d’une subjectivité, témoignant
alors de l’évolution des capacités du Moi
avec l’altérité interne et externe. Dans le
mouvement même de leurs agirs transgressifs
et de leur rejet d’un lien intersubjectif,
les adolescents délictueux cherchent
paradoxalement un interlocuteur dans la
négativité. Mais dans le cas de la
destructivité agie et alimentée par la haine
envieuse, la problématique est autre et
convoque le registre le plus archaïque en
l’homme lorsqu’il s’agit d’assurer sa survie
: c’est-à-dire ce que Bergeret (1994) a
nommé la violence fondamentale, qui
serait liée à la conservation du sujet, à
ses besoins instinctuels, à ses pulsions d’auto-conservation.
Sous l’effet redoublé de l’après-coup issu
de l’émergence d’un processus pubertaire
(Laplanche, 2007) non marqué du sceau de l’oedipe,
cette violence fondamentale, désarrimée du
courant pulsionnel chez les adolescents
criminels, vient alors éveiller une
destructivité aveugle lorsque l’autre
résiste à être utilisé tel un objet
désubjectivé.
Dans l’espace à vocation
psychothérapeutique, il convient pour le
thérapeute de sortir de la fascination, de
se prévenir d’une confusion avec le sujet
violent qui le précipiterait dans une
spécularité inductrice de rapports de
rivalité agressive. Ainsi, un travail de
remise en oeuvre d’un refoulement rendant
inaccessible ce lieu énigmatique du savoir
inconscient qui s’exprime par le corps
lorsqu’il s’altère dans le transfert,
devient possible. Il s’agit d’un travail de
coupure ou de tressage de la jouissance avec
son propre interdit, qu’interrompt le flux
d’un pur devenir pour déclencher le temps
des métamorphoses (Le Poulichet, 1991). Par
sa présence, par sa capacité propre à
créer, à jouer dans l’appréciation de sa
propre distance au patient et de sa mobilité
personnelle intérieure (Fédida, 1983, p.
120), de son style propre, l’analyste, loin
du faire-semblant d’une pratique
psychothérapique qui techniciserait le jeu
(le game de Winnicott), vient bien au
contraire l’y accueillir avec le plaisir de
jouer (le play winnicottien) en vue
de créer et de recréer une
parole. Parler c’est alors prendre et jeter
hors de soi, dans un élan vers la co-création
d’un entre-deux psychique. Par l’ouverture
vers le fantasme que permet le jeu, s’initie
chez le sujet, un espace intermédiaire entre
parole et corps, entre conscient et
inconscient. Pour tout un chacun, le
fantasme est un élément de son transfert à
l’inconscient, sorte de conducteur
vital entre le Soi et l’inconscient à l’oeuvre.
Cependant, ce processus psychothérapeutique
doit avoir la possibilité de s’appuyer sur
un dispositif institutionnel, en tant que
métaphore topologique de l’instance du Moi
qui permettrait au sujet de passer d’un
état d’élation et de souffrance dû à la
perméabilité de son appareil psychique, à la
possibilité d’accéder à une réalité
subjective capable de soutenir et contenir
ses représentations psychiques.
1
C’est
dans la haine (1915)
aux primes origines
que
Freud repère l’origine de la tendance native
de l’homme à la destruction, à la cruauté, à
la méchanceté. Cette haine primordiale de
l’être qui est d’abord haine de la vie,
présente le premier visage de la pulsion de
mort.
1
Nous
nous référons aux travaux de M. Klein (1957)
qui différencie l’envie de l’affect jaloux
et de l’avidité. M. Klein précise que
l’envie prend naissance dans l’étape
fusionnelle primaire de la relation, tandis
que la jalousie implique déjà une relation
triangulée. L’aspect détériorant et
destructeur de l’envie est pris en compte en
tant que facteur très important de
l’identification projective qui tend à
s’approprier, à s’incorporer son objet mais
aussi à le détruire.
1
Lorsque les défenses habituelles sont
débordées et laissent place à une situation
traumatique, le sujet tend à s’attribuer la
cause du mal-être ; à la place de l’illusion
narcissique primaire
je suis le sein
(Freud, 1938) s’instaure une illusion
négative à l’origine du noyau de culpabilité
primaire
je suis le mal.
(Roussillon, 1995, p. 75).
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.
Resumé:
Le
présent travail s’attache à montrer en quoi
les nouvelles formes de psychopathologie
adolescente, ne se déclinent plus dans le
registre de la rivalité jalouse entre
semblables, de luttes pour la possession de
biens, mais se manifestent par l’agression
contre l’autre, le semblable, souvent de
manière soudaine et brutale, Sous l’emprise
de l’envie
primaire
et dans
l’impossibilité d’élaborer leurs angoisses
archaïques, les adolescents destructeurs
sont en permanence à la limite de la menace
d’effondrement identitaire et d’une
projection évacuative. Deux cas cliniques
viennent étayer la thèse d’un effondrement
narcissique conjoint à la pression d’une
jouissance archaïque comme déclencheurs de
la pulsion de destruction. Nous considérons
les agirs destructeurs de ces adolescents,
qui ont pour finalité la désubjectivation
d’autrui et son anéantissement en tant
qu’être différent, porteur d’un désir
propre, comme une parade contre la
disparition subjective et partant une lutte
désespérée pour la survie psychique.
Mots-Clés:
Adolescence, haine, envie, destructivité.
1
Psychologue-Psychanalyste, Professeur de
Psychologie Clinique et de Psychopathologie.
Institut de Psychologie. CRPPC EA-653. Univ.
Lumière, Lyon II. 5 avenue Pierre
Mendès-France C.P 11 F-69 676 BRON.
E-mail:
Yves.Morhain@univ-Lyon2.fr
2
Psychologue Clinicien, Professeur de
Psychologie Clinique et de Psychopathologie.
Institut de Psychologie. CRPPC EA-653.
Université Lumière, Lyon II. 5 avenue Pierre
Mendès-France C.P 11 F-69 676 BRON.
3
Psychologue Clinicien, Service de
Rééducation et Réaadaptation Neurologique,
CHU Carémeau. Place du Pr. Robert Debré.
F-30 029 NIMES Cedex 9. Chargé
d‘enseignement à
l‘Université de Nimes, France.