INTERVIEW - A
l'occasion du premier
colloque international sur
le jeu du foulard,
Marie-France Le Heuzey,
psychiatre à l'hôpital Debré
de Paris, revient sur cette
pratique à risques, qui a
officiellement fait treize
victimes cette année en
France.
Jeu du foulard, jeu du
cosmos, de la tomate ou
encore rêve indien : les
appellations divergent pour
nommer cette pratique, qui,
depuis une dizaine d'années,
a fait son entrée à l'école.
Reste que l'expérience, qui
consiste à s'étrangler
volontairement pour éprouver
de nouvelles sensations, est
loin d'être anodine et fait
chaque année des victimes en
France.
En 2009, treize décès
d'enfants ont été
officiellement attribués au
jeu du foulard. Mais il
pourrait y en avoir plus. En
effet, dans certains cas,
les enquêteurs concluent à
un suicide et non à un
accident, car l'enfant est
retrouvé avec un lien noué
autour du cou.
Grâce à plusieurs
associations de parents,
l'opinion publique commence
à se sensibiliser sur ce
sujet. L'Apeas,
association de parents
d'enfants accidentés par
strangulation, organise
jeudi le premier colloque
international sur ces
pratiques d'évanouissement.
A cette occasion,
Marie-France Le Heuzey,
médecin psychiatre dans le
service de psychopathologie
de l'enfant et de
l'adolescent à l'hôpital
Robert-Debré de Paris et
auteur de «Jeux Dangereux :
quand l'enfant prend des
risques» (éditions Odile
Jacob), répond aux questions
du figaro.fr.
LEFIGARO.FR -
Depuis quelques années, on
parle de plus en plus de la
pratique du jeu du foulard à
l'école. Pour autant,
peut-on parler d'un
phénomène comportemental
nouveau ?
MARIE-FRANCE LE
HEUZEY - Cette
pratique a toujours existé,
notamment dans certaines
pratiques sexuelles chez les
adultes [principe d'asphyxiophilie
: recherche du plaisir en se
coupant d'oxygène, ndlr].
Pour autant, sa forme est
peut-être assez nouvelle
puisqu'on la constate aussi
dans les cours de récréation
depuis une dizaine d'années,
où les enfants «s'amusent» à
y recourir sans qu'il y ait
recherche de plaisir sexuel.
Ils le prennent comme un
jeu, qui leur procure des
sensations nouvelles.
A partir de quel
âge, généralement, les
enfants commencent-ils à
expérimenter ce jeu
dangereux ?
Si la pratique semble
plus étendue au collège, on
la constate désormais
également à l'école
primaire. Les cas les plus
jeunes se situent aux
alentours de huit ans. Mais
récemment, j'ai également
rencontré une patiente qui
n'en avait que six.
Existe-t-il un
profil type pour s'y adonner
?
Peu d'études ont été
réalisées sur le jeu du
foulard, ce qui rend
certaines conclusions assez
difficiles. On constate tout
de même que ce sont souvent
les enfants casse-cou qui
sont les plus «à risque».
Donc, dans beaucoup de cas,
il s'agit de garçons qui ont
tendance à se mettre en
danger, qui sont à la
recherche de sensations
fortes. Mais dans
l'ensemble, tous les enfants
restent exposés : un garçon
réservé, par exemple, peut
également y avoir recours
pour tenter d'intégrer un
groupe. Et il ne faut pas
oublier qu'il y a également
des enfants qui sont forcés
par des camarades d'école à
le faire.
Ce jeu peut-il
devenir une addiction ?
Absolument. En le
pratiquant, les enfants
éprouvent un sentiment de
vertige, la sensation de
planer. Certains ont même
des visions, un peu comme
avec des drogues. Des
enfants y prennent donc goût
et se retrouvent à le
pratiquer de façon
quotidienne, à l'école mais
également chez eux, dans
leur chambre.
Les parents
d'enfants victimes disent
souvent ne s'être doutés de
rien. Peut-on toutefois
identifier quelques signes
avant coureurs ?
Il est effectivement très
difficile de remarquer
quoique ce soit, et les
parents éprouvent souvent un
grand sentiment de
culpabilité. On peut
identifier quelques indices,
mais cela reste très léger :
un enfant qui met tout le
temps des cols roulés [pour
dissimuler les traces de
strangulation, ndlr], qui
joue sans cesse avec ses
ceintures, ou qui éprouve de
fréquents maux de tête et
qui a souvent les yeux
rouges... Tout comme un
enfant qui s'enferme trop
souvent à clé dans sa
chambre. Mais il ne faut pas
non plus céder à la
paranoïa.
Quels conseils
donneriez-vous à des parents
qui soupçonnent leur enfant
de s'adonner à cette
pratique ?
Avant tout, d'arriver à
en parler avec lui. De bien
lui faire prendre conscience
du danger. Autant un
adolescent peut le savoir,
autant un enfant de huit ans
a rarement ce genre de
considération. Ensuite, se
tourner vers l'école,
essayer d'obtenir plus de
renseignements : la pratique
a-t-elle déjà été constatée
au sein de l'école ? Comment
l'enfant se comporte-t-il
là-bas ? Et enfin, bien
souvent, il est également
nécessaire de consulter un
spécialiste pour essayer de
comprendre quelle est la
motivation de l'enfant. Quoi
qu'il en soit, il ne faut
pas surtout pas minimiser
l'acte.
LIRE AUSSI :
» École : les jeux qui font
peur aux parents
» Le jeu du foulard tue près
d'un enfant par mois en
France