Le surendettement des ménages
– un des fléaux des Antilles comme de toute
zone sous-développée - peut être considéré
comme une cause non négligeable de la
détérioration des relations parents –
enfants et du malaise au sein du milieu
familial. Je ne parle pas de l’endettement
dans les limites de nos possibilités ou de
nos besoins fondamentaux : qui, en effet,
peut s’acheter une voiture autrement qu’ « à
crédit » ? Qui peut acquérir une maison sans
payer de « traites » ? Quelle
« malheureuse » ne « doit » pas à la
« boutique » du coin pour nourrir sa
famille ?
Mais il est moins banal de se retrouver
acculé aux injonctions d’huissier (sinon à
la prostitution, au vol, à la vente de
drogue), de vivre ses fins de mois dans les
transes à cause d’achats pour la plupart
superflus et impulsifs, effectués sous le
coup de la vanité ou du désir de paraître
(pour montrer aux voisins et parfois même au
vendeur qu’ « on peut »), de la pulsion
incoercible à suivre la publicité ou la mode
(l’habit fait le moine ?) et à consommer
comme les autres même si on n’en a pas les
moyens (« nou ké wè apwé »).
Et, corrélativement, on se plaint de ce que
les enfants échouent en classe, deviennent
délinquants, toxicomanes.
Les parents ne savent-ils donc pas ou
oublient-ils que leurs enfants qu’ils
désirent tant protéger et gâter, pour
lesquels ils sont prêts à tant de sacrifices
et pour le bien-être matériel desquels ils
s’endettent, que ces enfants se retrouvent –
par la faute précisément de cet endettement
- confrontés au stress et à l’angoisse du
lendemain qui transparaissent dans les
conversations et les préoccupations des
adultes, que ces enfants subissent la
nervosité et le manque de disponibilité de
parents trop occupés à se débattre dans
leurs ennuis financiers, toutes choses qui –
on le comprend aisément – ne peuvent que
susciter la distraction et le désintérêt
pour les apprentissages scolaires ?
Les
parents ne savent-ils pas ou oublient-ils
qu’ils sont les modèles que les enfants
imiteront et que l’exemple du manque de
frein que les adultes leur donnent fera
qu’eux aussi prendront l’habitude de
n’accepter aucune frustration, se laisseront
aller à la facilité et voudront assouvir à
tout prix leurs envies sans retenue ni
respect d’aucuns principes moraux et
sociaux
Le surendettement procède bien sûr des
conditions de vie de cette société de
consommation pseudo-développée où le chômage
et la publicité sont rois mais surtout – il
faut le dire – du défaut de discernement et
de l’imprévoyance des parents qui, pour la
plupart – ignorent l’influence de leurs
propres comportements sur le développement
et le devenir de leurs enfants.
Le métier de parents (et la gestion d’un
budget qu’il comporte) s’apprend
malheureusement sur le tas alors que
l’action éducative est si difficile à
assumer et si lourde de conséquences.
Encore une fois, il faudrait une
information, une formation , une éducation
des parents afin que soient évitées ces
erreurs qui mettent en péril la famille et
l’avenir des enfants.
George HUYGHUES des ETAGES; psychologue,
auteure d'ouvrages éducatifs.