D’UNE PROBLEMATIQUE IDENTITAIRE
HAINEUSE
Quelques réflexions à la suite des
articles parus autour des propos de
Mr Raphaël Confiant
par
Marie-José Corentin-Vigon et Lucie
Descoueyte Psychanalystes, Membres
du G.A.R.E.F.P (Groupe Antillais de
recherche d’Etude et Formation
Psychanalytique)
En
être ou ne pas en être de… ?
En tant que
quoi ? En tant que qui ?...
Poser la
problématique identitaire en ces
termes nous évoque l’article 1 du
code noir
qui requiert l’expulsion des juifs,
leur désignation comme ennemis ?
ainsi que les autres articles qui
font des nègres des objets.
Entre les
hommes il n’y pas d’autre mesure que
la parole. Parler est habiter son
être.
Que devient
chacun de nous quand cette parole
nous est refusée au nom d’une
appartenance à une identité, pas
seulement imaginaire mais unique.
« Innommable » : terme hautement
investi puisqu’il apparaît onze fois
dans le texte de Mr Confiant et qui
viendrait masquer au-delà de
l’antisémitisme chez certains, bien
réel hélas, le mythe de l’identité
unique, celui-ci entraînant
immédiatement l’exclusion de ceux
qui n’en sont pas, de là… .
C’est une
question qui doit être au travail
chez chacun de nous à seule fin de
pouvoir ouvrir à une identité
plurielle, riche de nos différences.
Interrogeons
nous quant aux impasses des réflexes
identitaires qui ne peuvent
déboucher que sur le
communautarisme, l’exclusion,
l’intégrisme, illustrés par ce
vocabulaire bien trop connu : petit
blanc, nègre de service ; traître,
negzagonal, négropolitain, nègre à
blanc , nègre incapable de
s’affranchir de leur maître blanc,
africain à retourner écrire en
Afrique…
Ces énoncés
sont destructeurs, tueurs, kamikazes
au même titre que les machettes ou
les bombes. Ils nous rayent du monde
en tant qu’être parlant.
Nous avons le
devoir éthique de dénoncer tout
discours qui annihile l’autre
*Rappelons pour
mémoire que c’est en mettant en
exergue le retour à une origine
unique, noire, égyptienne, que nous
voyons naître le groupe dit « tribu
Ka » groupe noir raciste et
antisémite qui ferme la porte à tout
« leucoderme », c'est-à-dire, les
blancs.
*Rappelons que
le sinistre « gang des barbares »
qui s’est illustré par l’assassinat
d’un juif, fait appel à l’identité
noire et au communautarisme.
*Rappelons le
Rwanda où les intellectuels Hutus
ont préparé le génocide par des
propos, des chants, des sketches
racistes envers les Tutsis dénommés
« cancrelats ».
Les fantasmes
de destruction habitent chacun de
nous mais il y a un franchissement
et, surtout, un acte quand nous
passons à la mise en place d’un
discours raciste, prélude à toutes
les perversions et aux mises a mort
psychiques ou physiques.
*Rappelons que
«….l’expérience freudienne et celle
de l’inconscient conduisent à la
reconnaissance, pour chacun, de son
incomplétude, de sa pluralité
identificatoire, et de la chute
d’une origine rêvée comme unique
alors qu’il ne s’agit pas de renier
l’origine mais de reconnaître
qu’elle est radicalement et toujours
altérée »
Puisque nous
pouvons nous parler, permettons nous
cette métaphore : naviguons,
inventons la mer avec la barque.
Marie-José
Corentin-Vigon
Lucie
Descoueyte
Psychanalystes
Membres du
G.A.R.E.F.P
Groupe
Antillais de recherche d’Etude et
Formation Psychanalytique