Claude
Halmos.
Psychanalyste
qui
intervient
sur
France
Info et
dans
«Psychologies»,
cette
fidèle
de Dolto
présente
une
alternative
éducative
qui
dépasse
le
clivage
fouettards
versus
laxistes.
Au
départ,
elle
a
dit
non
:
«Ce
n’est
déjà
pas
facile
pour
mes
patients
d’avoir
un
psy
qui
intervient
dans
les
médias,
alors
un
portrait…»
Finalement,
et à
condition
que
sa
vie
privée
le
reste
pour
préserver
«la
dimension
hors
du
monde
du
lieu
de
l’analyse»,
Claude
Halmos
a
accepté.
«L’éducation,
la
protection
de
l’enfance,
c’est
mon
combat
depuis
des
années.
Vu
le
climat
actuel,
ce
n’est
pas
le
moment
de
lâcher.»
Diable
! La
situation
serait
si
critique
? Ou
la
dame,
qui
eut,
adolescente,
«une
vraie
passion
pour
le
théâtre»,
serait-elle
du
genre
à
s’enflammer
sous
ses
airs
de
professeur
de
danse
classique
?
Qu’il
y
ait
péril
en
la
demeure,
ça,
tout
le
monde
en
convient.
L’état
de
l’éducation
en
France
suscite
d’ailleurs
un
champ
lexical
(«crise»,
«faillite»,
«dérive»,
«laisser-aller»,
«effondrement
des
repères»)
singulièrement
proche
de
celui
du
dévissage
financier.
Avec
ce
corollaire
:
l’exhortation
à se
laver
des
péchés
des
vingt
dernières
années
(années
yuppies
d’un
côté,
enfants
rois
de
l’autre),
à
renouer
avec
une
certaine
morale,
à se
reprendre,
quoi.
Et
une
autoroute
de
s’ouvrir
tout
grand
aux
pères
fouettards.
Figure
tutélaire
du
genre,
le
pédiatre
Aldo
Naouri,
qui
stigmatise
entre
autres
la
«toute-puissance
des
mères».
Misogyne,
infantilisant
?
Naouri
peut
en
tout
cas
se
rengorger
de
la
vente
de
«100.000 exemplaires
en
trois
mois»
de
son
dernier
ouvrage
(1).
Simultanément,
un
déboulonnage
de
Françoise
Dolto
est
à
l’œuvre,
sur
le
mode,
«elle
a
fait
le
lit
du
laxisme».
«Et
si
Dolto
s’était
trompée…»
suggérait
récemment
Elle
dans
le
sillage
du
psychothérapeute
Didier
Pleux
(2).
«Parallèlement,
soupire
Claude
Halmos,
il y
a au
niveau
de
la
justice
des
mineurs
une
volonté
de
remettre
en
cause
l’ordonnance
de 1945
qui
était
l’aboutissement
de
toute
une
réflexion,
et
qui
prônait
outre
la
répression,
l’éducation.
On
en
revient
à la
thèse
de
la
mauvaise
graine,
d’un
être
humain
qui
pourrait
être
déviant
par
nature.
C’est
un
retour
en
arrière
de
plusieurs
siècles.»
Claude
Halmos
n’est
pas
une
bonne
pâte,
et
certainement
pas
une
babos.
Même
si
elle
se
félicite
d’avoir
«fait»
68
en
tant
que
militante
syndicale
«à
l’extrême
gauche»,
dans
un
lycée
de
la
banlieue
sud
de
Paris
où
elle
était
alors
pionne
(«Avec
la
politique,
j’ai
appris
plein
de
choses,
comment
défendre
les
gens,
notamment.
Mais
aussi
qu’on
n’est
pas
là
pour
s’aimer,
mais
pour
faire
un
boulot,
ce
qui
m’a
bien
été
utile
par
la
suite,
notamment
quand
j’ai
travaillé
dans
les
institutions.»)
Alors,
oui,
elle
réaffirme
le
respect
de
l’enfant
comme
sujet
à
part
entière.
Mais
elle
l’assortit
de
la
nécessité
de
poser
des
«limites»,
qui
deviennent
même
une
condition
du
bien-être
de
l’enfant,
lui
permettant
de
se
civiliser.
Sinon,
il y
a
«abandon
éducatif»,
ni
plus
ni
moins.
Et
de
regretter
la
«fascination
pour
l’amour»,
d’estimer
qu’il
y a
«dramatisation»
de
la
gifle
ou
de
la
fessée
occasionnelle.
Tout
cela
étant
décortiqué,
argumenté,
plutôt
qu’assené.
Mais
souffleter
est
aussi
dans
ses
cordes.
Prenez
cette
mère
venue
solliciter,
par
courrier
au
magazine
Psychologies,
un
avis
sur
son
fils
de
18 ans
:
«Je
vais
lui
faire
faire
un
bilan
neurologique
et
je
voudrais
pour
lui
une
thérapie
brève
mais
pas
trop
bouleversante
[…].
Que
me
conseillez-vous
?»
Réponse
:
«S’il
désire
faire
une
thérapie
(mais
le
désire-t-il
?),
c’est
à
lui
de
s’en
occuper,
pas
à
vous.
Mais
je
vais
vous
donner
un
autre
conseil.
C’est
de
"lui
lâcher
- au
plus
vite
-
les
baskets"
car,
à
trop
vouloir
son
bien,
vous
êtes
en
train
de
faire
son
malheur.
[…]
Je
crois
que
vous
devriez,
votre
mari
et
vous,
aller
parler
de
cela
à un
psychanalyste.
Il
est
plus
que
temps.»
«C’est
n’importe
quoi»
Dans
ses
livres,
elle
peut
s’agacer
(«L’enfant
n’est
pas
un
chihuahua
qui
n’aurait
besoin
que
d’une
jolie
corbeille»,
in
l’Autorité
expliquée
aux
parents).
Et
son
vocabulaire
parfois
se
trivialise
(cf.
«le
bordel
ambiant»).
Le
jour
de
la
rencontre,
dans
son
cabinet
du Xe arrondissement
parisien,
elle
est
enrhumée.
Pas
embrumée
pour
autant.
Assise
bien
droite
derrière
le
bureau
qui
déborde
d’objets
et
de
livres,
ses
réponses
fusent.
La
clé
de
sa
trajectoire,
par
exemple,
ne
fait
pas
un
pli
:
c’est
la
Shoah.
«Mon
père
était
juif
hongrois
et à
l’exception
de
sa
fratrie,
sa
famille
des
environs
de
Budapest
a
été
entièrement
exterminée,
moitié
à
Auschwitz,
moitié
à
Sachsenhausen.
Or,
une
très
grande
partie
de
cette
histoire
avait
été
cachée.»
Le
secret
devient,
pour
l’enfant
née
à
Châteauroux,
où
son
père
s’était
installé
dès
1920
et
s’est
caché
pendant
la
guerre,
une
de
ces
«valises»
dont
les
parents
peuvent
lester
leur
descendance
:
«Je
n’ai
jamais
été
bien.
C’est
étudiante
que
je
suis
arrivée
à
l’analyse,
et
là
j’ai
remonté
beaucoup
de
choses.»
Elle
qui
prône
le
droit
pour
tout
enfant
à
connaître
ses
origines
(y compris
pour
les
nés
sous X)
envisage
un
livre
sur
sa
propre
expérience,
«un
témoignage
à la
fois
sur
le
fait
qu’on
ne
peut
pas
voler
sa
mémoire
à un
être
humain,
et
sur
ce
phénomène
bizarre
de
la
transmission
inconsciente».
A
l’inverse,
c’est
en
militante
hyperconsciente
et
disciplinée
de
sa
pratique
qu’elle
s’affirme.
Ses
interventions
publiques
sont
travaillées
au
cordeau,
du
discours
(«Pas
un
mot
ne
doit
être
incompréhensible»)
à
l’apparence
(«Je
sais
comment
m’habiller,
à
quelle
maquilleuse
faire
appel»,
ce
qu’elle
fera
pour
la
photo
de
ce
portrait).
Hélène
Mathieu,
directrice
de
la
rédaction
de
Psychologies,
et
amie
:
«Avec
elle,
changer
une
virgule
peut
tourner
à
l’affaire
d’Etat.»
Insécurité
?
Perfectionnisme
?
Halmos
répond
:
efficacité,
utilité.
«L’intérêt
d’intervenir
dans
les
médias,
c’est
de
faire
passer
des
choses,
ça
doit
avoir
une
dimension
de
service.
Sinon,
on
est
dans
la
parlotte
et
on
risque
de
faire
de
la
psychanalyse
un
gadget,
ce
qui
alimente
le
climat
"Fini
avec
les
psychanalyses,
ceux-là,
ils
nous
emmerdent".»
Hélène
Mathieu
:
«Contrairement
à
d’autres,
Claude
ne
truque
pas
pour
rendre
son
message
agréable,
il
lui
est
trop
essentiel.
Comme
amie,
elle
a
cette
même
exigence
de
droiture
:
elle
ne
supporte
pas
la
mollesse,
le
laisser-aller,
dans
les
engagements
notamment.
Se
décommander
in
extremis
d’un
dîner,
par
exemple,
est
problématique.
Claude,
c’est
l’anti-"bof".»
Claude
Halmos
a un
temps
étudié
le
droit
;
aujourd’hui,
ses
amis
avocats
lui
disent
qu’elle
aurait
pu
être
des
leurs.
Adolescente,
elle
voulait
être
chirurgien
(pour
réparer
?),
aujourd’hui,
ce
pourrait
être
architecte
(pour
reconstruire
?).
Elle
dit
:
«Evidemment
que
je
suis
de
gauche.»
Précisément
:
elle
martèle
que
c’est
une
injustice,
un
mauvais
procès
qui
est
fait
à
Dolto,
sa
«contrôleuse»
à
ses
débuts
d’analyste
(il
y
eut
Lacan
aussi,
«implacable
et
remarquable
clinicien»).
«Dolto
énonce
que
l’enfant
est
un
être
à
part
entière
mais
aussi
qu’il
faut
l’humaniser,
qu’il
a
besoin
de
règles
pour
se
construire.
Or,
cette
partie
est
souvent
oubliée.
Les
parents
se
disent
:
"S’il
a
autant
de
valeur
que
moi,
pourquoi
je
l’enverrais
se
coucher
alors
qu’il
n’en
a
pas
envie
?"
Une
confusion
s’opère
entre
autorité
et
autoritarisme
d’avant 68.»
On
la
sent
fin
prête
à
guerroyer.
Pasionaria
du
juste
milieu,
elle
qui
eut
une
éducation
«plutôt
sévère».
Naouri
et
consorts
n’ont
qu’à
bien
se
tenir.
(1)
Dans
Faut-il
être
plus
sévère
avec
nos
enfants
?,
livre
qui
l’oppose
à
Edwige
Antier,
adepte
de
la
«réassurance».
(2)
Initiateur
du
Livre
noir
de
la
psychanalyse,
il
publie
ces
jours-ci
Génération
Dolto
(éd.
Odile
Jacob).