Analyse. Sur
le modèle du Ticket-Restaurant,
le Ticket-Psy vient d’être
lancé.
«Je peux vous payer en
Ticket-psy ?» Après le
Ticket-Restaurant, puis le
Chèque-Vacances, voici le
dernier-né des coupons
destinés aux salariés : le
Ticket-Psy, qui permet de
s’offrir une séance de
psychothérapie aux frais de
son employeur.
La formule est toute
récente. Mais déjà, dans
différents domaines
d’activités (banque,
transports de fonds,
informatique…), des
entreprises auraient franchi
le pas et souscrit un
abonnement. L’idée a germé
au sein d’un cabinet de
prévention des risques
psychosociaux,
ASP Entreprises, spécialisé
dans les problématiques de
stress au travail. Mal-être,
dépression, la souffrance
psychique liée à l’activité
professionnelle a cessé
d’être tabou en France
depuis une quinzaine
d’années. Mais, «dès que
l’on réfléchit à des
solutions, deux visions
s’opposent : repenser
l’organisation du travail ou
soutenir les gens»,
résume Valentine Burzynski,
directrice générale
d’ASP Entreprises.
Autant sortir de cette
polémique et considérer la
souffrance au travail en
tant que telle, quelle qu’en
soit la raison».
Médecine du travail.
On ne va pas chercher ses
Ticket-Psy à la direction
des ressources humaines
comme on le fait pour les
Ticket-Restaurant. Impératif
de confidentialité oblige.
C’est à la médecine du
travail qu’il faut
s’adresser. Les médecins du
travail sont souvent en
première ligne pour
constater les symptômes et
expressions d’un mal-être.
Mais leur mission n’est pas
de proposer un traitement au
cas par cas. En outre, les
salariés ne sont pas tenus
d’attendre leur convocation
à la médecine du travail
(obligatoire tous les deux
ans), mais peuvent demander
un carnet de Ticket-Psy dès
que le besoin se fait
sentir. Les coordonnées des
thérapeutes partenaires sont
fournies en même temps que
les coupons.
Une centaine de
psychologues,
psychothérapeutes et
psychiatres seraient déjà
entrés dans le réseau du
Ticket-Psy. «Nous les
avons recrutés en fonction
de leur expérience et de
leur connaissance du monde
de l’entreprise»,
explique ASP. A Paris et
Lyon, l’offre semble assez
dense et un salarié peut se
voir proposer plusieurs
professionnels et faire son
choix. Si le contact passe
mal avec l’un, il aura la
possibilité de s’adresser à
un autre. Ailleurs sur le
territoire, ce n’est pas
toujours possible. En tout
cas pour l’instant.
«Recul».
Pour l’entreprise, la valeur
d’un ticket est de
100 euros, un montant qui
comprend le règlement de la
consultation du psy et les
frais annexes. Un salarié
peut légitimement demander à
bénéficier de deux carnets,
soit dix séances de
psychothérapie. «Ce
volume de séances permet de
prendre suffisamment de
recul», estime ASP. Au
bout de dix séances, si le
salarié souhaite poursuivre
sa psychothérapie, il devra
le faire à ses frais.
«Le rôle de l’employeur
n’est pas de financer la
thérapie du salarié,
rappelle ASP. Nous
préconisons un temps moyen
qui permet de soulager des
situations professionnelles,
mais dès lors que l’on entre
dans un travail plus
personnel et intime, ce
n’est plus la responsabilité
de l’employeur.»
Ceux qui ont déjà fait une
analyse ou une
psychothérapie dans leur vie
ne sont a priori pas
concernés par ce dispositif.
Le Ticket-Psy, qui se veut
pratique et gratuit, offre
peut-être à certains les
moyens de franchir un cap.
La question du coût d’une
séance de psy est souvent
considérée comme un frein à
cette démarche. Avec la
période de tensions qui
s’annonce dans le monde du
travail, le Ticket-Psy
aura-t-il le temps de
trouver son public ?
Ce service est trop neuf
pour pouvoir en dresser un
bilan. Les langues ne se
sont pas encore déliées. On
imagine mal un salarié
demander à l’occasion de son
recrutement si les
Tickets-Psy font partie des
avantages offerts par
l’employeur. «Notre
proposition ne laisse pas
indifférent», note
cependant ASP Entreprise,
pour l’instant seule sur ce
créneau. Au sein des
entreprises, les délégués
des comités d’hygiène et de
sécurité (CHSCT) l’évoquent
dans les négociations.
Depuis la loi de
modernisation sociale
de 2002, il est fait
obligation à l’employeur de
s’occuper de la santé
physique de ses salariés,
mais aussi de leur santé
mentale. Il ne s’agit pas de
dorloter l’intégralité de
ses troupes. On considère
qu’en moyenne 5 % des
salariés ont besoin d’un
soutien psychologique. De
quoi convaincre les
employeurs que la formule ne
leur coûtera pas les yeux de
la tête ?