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ARTS

Twombly explose de couleurs

" Untitled ", 2007, de Cy Twombly, acrylique sur bois, 252 × 552 cm. AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE L'ARTISTE/GIORGIO BENNI


L'artiste américain, qui s'expose peu, a fait une exception pour la collection Lambert à Avignon

L'Américain Cy Twombly est un artiste mythique et fait tout pour l'être. Il l'est par son histoire personnelle : né en 1928 en Virginie, il a été, dans les années 1950, l'ami de Robert Rauschenberg et de Jasper Johns avant de quitter les Etats-Unis pour Rome, où il a longtemps vécu avant de s'établir à Gaète, cité elle-même mythique, fondée par les Grecs. Cette précision archéologique n'est pas superflue : l'art de Twombly a très longtemps tenu à sa manière d'évoquer et de ressusciter les figures des mythologies antiques, déesses et dieux, nymphes et héros dont il inscrivait au crayon les noms sur la toile et le papier, de son inimitable écriture oblique et tremblée.

Twombly a d'autres manières d'être un mythe. Il ne se montre jamais, expose rarement, suprême indifférence ou pose subtile. Il a consenti une exception pour la Collection Lambert à Avignon. Yvon Lambert étant depuis des décennies l'un de ses plus fidèles galeristes et collectionneurs. Aux oeuvres très récentes conçues pour le rez-de-chaussée de l'Hôtel de Caumont s'ajoute le fonds Twombly de la collection Lambert, l'ensemble le plus complet qui se puisse trouver en France. Hors les premières abstractions des années 1950, encore marquées par l'expressionnisme abstrait new-yorkais, il n'y manque aucune des expériences picturales et graphiques de l'artiste. C'est l'occasion de vérifier que le charme de ces oeuvres anciennes opère toujours, charme de l'ellipse, de l'allusion à peine perceptible, de l'écho murmurant.

Les mots désignent les sujets : naissance de Vénus, vengeance d'Achille, culte de Pan. Quelques traits ou collages se rapportent au motif. Une feuille d'arbre, une tache de couleur qui fait songer au sang ou au vin, une coulure blanche de sperme ou d'écume, un brouillard de pastel écrasé et tout autour le vide pur de la feuille : rien de plus. La fable n'est pas montrée, encore moins racontée : mentionnée pour qui sait lire et se souvenir. Il faut identifier les traces, recomposer le récit antique, interpréter les références. Ce Twombly des années 1960-1970 est le maître de l'élision. Et de la connivence entre lettrés.

 

COMME UNE DRAPERIE

 

Celui d'aujourd'hui a conservé quelques-unes de ces habitudes. Il écrit toujours, des haïkus du poète Kikaku qui célèbrent la splendeur des pivoines fleuries. Tel est le sujet désormais, qui rappelle autant l'impressionnisme que le japonisme : des fleurs, rouges sur fond jaune, blanches sur fond vert clair. Elles sont énormes, sur des panneaux de plusieurs mètres de haut et de long.

La peinture, très fluide, a coulé et tracé de très fines lignes, tels les plis d'une draperie soulevée par un souffle. La couleur, que Twombly employait jadis avec tant de parcimonie, éclate en explosions, comme les pétales des pivoines. L'accord entre le motif et la peinture s'affirme sans équivoque, comme si Twombly revenait aujourd'hui vers les peintres que les jeunes artistes américains de sa génération ont découverts après 1945 en France - Matisse, Bonnard et le dernier Monet, celui des Nymphéas. Le voici du côté de Joan Mitchell et de Sam Francis, avec le même goût pour les grands formats et pour les rapports chromatiques très intenses.

Ce changement affecte aussi la sculpture de Twombly. Jusqu'ici, la blancheur du plâtre enveloppait des constructions aux lignes et aux volumes simples, ascétisme presque cubiste. Depuis quelque temps, Twombly peint ces constructions. Turkish Delight se distingue ainsi par son vert frais et son rose vif. On reste sceptique devant cette éruption de fauvisme. La splendeur chamarrée de ses derniers travaux retient moins le regard que ses oeuvres d'autrefois.

Philippe Dagen

 

Cy Twombly, " Blooming ",

collection Lambert, 5, rue Violette, 84000, Avignon. Tél. : 04-90-16-56-20. Du mardi au dimanche de 11 heures à 18 heures ; jusqu'à 19 heures en juillet. Entrée : 5,5O ¤. Jusqu'au 30 septembre.

 

 

© Le Monde 26/06/07