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Rétrospectives, méga-expositions : la belle saison des arts plastiques

Giacometti, Arcimboldo mais aussi Rondinone et Mathieu Mercier, pour une rentrée prometteuse

 

Avec joyaux rares et promesses d'expérimentations, coups d'éclat et nouveautés, une jolie saison s'annonce dans le domaine des arts plastiques. Après une rentrée en douceur avec la réouverture des galeries parisiennes autour du 8 septembre, la Biennale de Lyon inaugure la saison le 19. Résolument tournée vers la jeune création, cette méga-exposition se promet de dessiner le paysage esthétique de la décennie en cours. Ses deux concepteurs, Stéphanie Moisdon et Hans-Ulrich Obrist, ont délégué le choix à cinquante jeunes commissaires internationaux. Leur mission : inviter un artiste qui leur semble essentiel. Résultat : un parcours inattendu allant du photographe pour midinettes David Hamilton au poétique cinéaste chinois Jia Zhang Ke.

Après cette mise en bouche, une salve de rétrospectives attend l'amateur d'art. Les ahurissants visages-paysages d'Arcimboldo donnent le la (15 septembre, Musée du Luxembourg). Composés de plantes, de fruits ou d'animaux, ils construisent une oeuvre à part dans la Renaissance italienne. On découvrira ici une quarantaine de ces chefs-d'oeuvre jamais rassemblés : réservation conseillée.

 

COURBET AU GRAND PALAIS

Le Jeu de paume tape tout aussi fort, avec sa rétrospective Edward Steichen. Pionnier de la photographie pictorialiste de la fin XIXe, auteur du cliché le plus cher au monde, il a exploré tous les genres, été de tous les coups : flashant sur Fred Astaire ou Gloria Swanson, dirigeant le département photo de Vogue et Vanity Fair, défendant la photographie au Museum of Modern Art de New York..., 400 tirages vintage témoignent de son génie.

Autre ensemble exceptionnel, celui que le Grand Palais compose autour de Gustave Courbet (13 octobre), en parallèle à son exposition " Design contre design ". D'Etretat à Ornans, de Baigneuses en Origine du monde, ces quelque 120 toiles construisent une promenade remarquable au sein de l'immense oeuvre de ce réaliste du XIXe siècle. Une fois émerveillé de l'âpreté de sa touche, ciselée au couteau et capable de rendre la chair ou l'eau comme la pierre, l'amateur peut filer vers une autre rétrospective, consacrée à Alberto Giacometti (17 octobre, au Centre Pompidou).

Il trouvera une même gravité dans ces longues silhouettes échappées, dans ces lignes en

 

Gloria Swanson, d'après Edward Steichen. New York, 1924. EDWARD STEICHEN/THE MUSEUM OF MODERN ART, NEW YORK

 fuite échouant à figer le dessin : 600 oeuvres pour s'imprégner de la modernité dans ce qu'elle eut de tragique. Les dessins d'Odilon Redon à Orsay (16 octobre), ainsi que les somptueux manuscrits enluminés de l'Iran Safavide, déployés au Louvre (5 octobre), offrent un chemin vers un peu plus de légèreté. Mais c'est en ce domaine le Musée Jacquemart-André qui emporte la mise, avec son hommage à Fragonard (3 octobre) : place aux froufrous des crinolines, au frisson du vent dans les arbres.

Aux côtés de ces pointures, l'art contemporain n'est pas en reste. Tendance du moment : confier la conception des expositions aux artistes. Le plasticien suisse Ugo Rondinone offre un voyage au fil de ses obsessions et de sa mélancolie en invitant des confrères oubliés ou négligés au Palais de Tokyo (27 septembre). La réalisatrice Claire Denis imagine pour le Quai Branly une exposition autour de la diaspora africaine, interprétée par la chorégraphe Mathilde Monnier, le réalisateur Yousri Nasrallah ou le DJ Jeff Mills (2 octobre).

Enfin, un collectif international d'artistes, appelé Hamsterwheel, a conçu cette année le Printemps de Toulouse : on retrouve dans ce sympathique festival Rondinone, mais aussi Urs Fisher ou Jean-Marc Bustamante, aux côtés d'une jolie sélection de jeunes artistes français.

 

ART CORROSIF ET GROTESQUE

Entre la Fiac (du 18 au 22 octobre) et Paris Photo (15 au 18 novembre), les expositions se multiplient. On attend ainsi : l'Américain Kelley Walker au Magasin de Grenoble (4 octobre), les nombreuses vidéos de la collection François Pinault projetées à Lille (16 octobre), les litanies photographiques de Zoe Leonard exposées à la Villa Arson de Nice (23 novembre), mais aussi, à Paris, le Mexicain Mario Garcia Torres, sensation de Venise 2007, à la Fondation Kadist (20 septembre), ou encore l'art corrosif et grotesque des artistes politiques russes depuis 1971, à la Maison rouge (21 octobre).

On sera particulièrement attentif au Musée d'art moderne de la Ville de Paris, qui intronise le vidéoclip comme nouveau genre de l'art vidéo avec Play Back (20 octobre), et célèbre en même temps Mathieu Mercier. Un artiste français décidément à l'honneur, qui organise aussi l'exposition " Dérive " dans une Fondation Ricard entièrement relookée par les architectes Jakob & MacFarlane (12 octobre).

Autre nouveauté de l'automne, un espace ouvre pour la première fois ses portes le 19 octobre : le Laboratoire, à Paris (www.lelaboratoire.org). Sa mission ? Mettre en contact l'art et la science. Les premiers invités ? Le plasticien Fabrice Hyber et le designer Matthieu Lehanneur, conviés à plancher sur le thème de l'intelligence.

Enfin, dernière innovation : le Musée du Quai Branly dédie en novembre une Biennale à la photographie : " Photoquai ", où l'on découvrira des artistes navajos, inuits ou maoris. Une promesse de voyages pour se reposer de cette saison chargée.

Emmanuelle Lequeux

© Le Monde 06/09/07