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Le retour en grâce des symbolistes

 

"Rêve du soir", d'Alphonse Osbert, pastel sur papier de 1901 (40,5x56,5 cm), proposé à 16 000 euros à la galerie Alexis Bordes.

Sensualité, rêves, fantasmes et hallucinations, tels sont les ingrédients des artistes symbolistes qui explorèrent les tréfonds de l'âme à la fin du XIXe siècle. Après une éclipse dans les années 1990, ce courant jouit d'un regain de faveur sur le marché de l'art et s'expose en galeries en ce début d'année.

Difficile d'offrir une définition synthétique de ce mouvement. Il y a presque autant de symbolismes que d'artistes. "Excroissance d'un romantisme exténué", selon Guy Cogeval, directeur du Musée des beaux-arts de Montréal, ce courant a annoncé l'Art nouveau et porté les germes de la modernité. "Les symbolistes sont dégoûtés par le monde contemporain, nostalgiques d'un monde ancien qui a disparu, rappelle M. Cogeval. C'est le mouvement qui a le plus pesé sur le XXe siècle. Sans s'en rendre compte, les premiers symbolistes ont ouvert la boîte de Pandore, un réservoir à images interdites par le bon goût et la morale."

Fortement coté dans les années 1970 grâce à l'engouement des Américains et des Japonais, le symbolisme a connu une éclipse avant de se rappeler aujourd'hui à notre souvenir. Un tri s'avère toutefois nécessaire. "Il faut acheter les bons peintres, mais surtout les bonnes oeuvres de ces artistes, fait remarquer Lucille Audouy, directrice de la galerie parisienne Elstir. Entre les différentes oeuvres d'un artiste, c'est le degré de tension spirituelle ou d'angoisse qui déterminera le prix."

Gustave Moreau (1826-1898), Odilon Redon (1840-1916) et Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) furent les fers de lance du symbolisme en France. Inspirées de récits bibliques ou mythiques, les oeuvres de Moreau se caractérisent par des atmosphères inquiétantes, des personnages hiératiques et un foisonnement presque effrayant de détails. En novembre 2004, une huile sur panneau intitulée La Chimère a décroché 677 250 livres sterling (1 million d'euros) chez Christie's. Au même moment, une aquarelle reprenant ce thème a atteint 173 600 livres chez Sotheby's.

Moreau est particulièrement reconnu comme aquarelliste. Au Salon du dessin en 2005, le galeriste belge Patrick Derom proposait pour 750 000 euros un dessin représentant Persée et Andromède.

Derrière les têtes de pont, d'autres artistes affichent une cote encore en sourdine. C'est le cas d'Alphonse Osbert (1857-1939), spécialiste du paysage spirituel. A la Foire des antiquaires de Belgique, organisée jusqu'au 28 janvier, la galerie parisienne Alexis Bordes affiche un de ses pastels, intitulé Rêve du soir, pour 16 000 euros. De son côté, la galerie Antoine Laurentin présentera en novembre, à Paris, une série de pastels de Jean-François Auburtin, formé par Puvis de Chavanne, de 1 000 à 30 000 euros.

TERREAU FERTILE

Le symbolisme a trouvé en Belgique un terreau fertile à son développement, par exemple avec Fernand Khnopff (1858-1921), peintre du silence et du mystère. Voilà trois ans, la galerie bruxelloise Patrick Derom a vendu pour 750 000 euros au Musée de Gand l'aquarelle préparatoire à son tableau L'Encens. Cette toile a elle-même été cédée par la galerie Hopkins Custot à la Foire de Maastricht en mars 2006.

Moins connu que Khnopff, Jean Delville avait organisé les Salons de l'art idéaliste, en écho aux Salons de la Rose-Croix. La galerie Ronny Van de Velde, basée à Anvers, présente à la Foire des antiquaires de Belgique une de ses Allégories de l'Enfer pour 80 000 euros.

Proche à ses débuts d'un symbolisme sulfureux, le peintre belge Léon Spilliaert (1881-1946) a troqué les créatures fantastiques pour un réalisme inquiétant. En 2005, au Salon du dessin, Patrick Derom a vendu au Musée d'Orsay un Autoportrait aux masques (1903) dont il exigeait 190 000 euros. Un dessin envoûtant qu'on retrouvera dans la rétrospective qu'organise le musée à partir du 6 mars.

 


Foire des antiquaires de Belgique, jusqu'au 28 janvier, à Bruxelles, ouvert de 11 heures à 19 heures. Tarif : 10 euros.
Rens. : www.antiques-fair.be

Roxana Azimi

Article paru dans l'édition du 21.01.07. du journal Le Monde