Sensualité,
rêves, fantasmes et
hallucinations, tels sont les
ingrédients des artistes
symbolistes qui explorèrent les
tréfonds de l'âme à la fin du
XIXe siècle. Après
une éclipse dans les années
1990, ce courant jouit d'un
regain de faveur sur le marché
de l'art et s'expose en galeries
en ce début d'année.
Difficile
d'offrir une définition
synthétique de ce mouvement. Il
y a presque autant de
symbolismes que d'artistes. "Excroissance d'un romantisme
exténué", selon Guy Cogeval,
directeur du Musée des
beaux-arts de Montréal, ce
courant a annoncé l'Art nouveau
et porté les germes de la
modernité. "Les symbolistes
sont dégoûtés par le monde
contemporain, nostalgiques d'un
monde ancien qui a disparu,
rappelle M. Cogeval. C'est le
mouvement qui a le plus pesé sur
le XXe siècle. Sans
s'en rendre compte, les premiers
symbolistes ont ouvert la boîte
de Pandore, un réservoir à
images interdites par le bon
goût et la morale."
Fortement
coté dans les années 1970 grâce
à l'engouement des Américains et
des Japonais, le symbolisme a
connu une éclipse avant de se
rappeler aujourd'hui à notre
souvenir. Un tri s'avère
toutefois nécessaire. "Il
faut acheter les bons peintres,
mais surtout les bonnes oeuvres
de ces artistes, fait
remarquer Lucille Audouy,
directrice de la galerie
parisienne Elstir. Entre les
différentes oeuvres d'un
artiste, c'est le degré de
tension spirituelle ou
d'angoisse qui déterminera le
prix."
Gustave
Moreau (1826-1898), Odilon Redon
(1840-1916) et Pierre Puvis de
Chavannes (1824-1898) furent les
fers de lance du symbolisme en
France. Inspirées de récits
bibliques ou mythiques, les
oeuvres de Moreau se
caractérisent par des
atmosphères inquiétantes, des
personnages hiératiques et un
foisonnement presque effrayant
de détails. En novembre 2004,
une huile sur panneau intitulée
La Chimère a décroché 677
250 livres sterling (1 million
d'euros) chez Christie's. Au
même moment, une aquarelle
reprenant ce thème a atteint 173
600 livres chez Sotheby's.
Moreau est
particulièrement reconnu comme
aquarelliste. Au Salon du dessin
en 2005, le galeriste belge
Patrick Derom proposait pour 750
000 euros un dessin représentant
Persée et Andromède.
Derrière les
têtes de pont, d'autres artistes
affichent une cote encore en
sourdine. C'est le cas
d'Alphonse Osbert (1857-1939),
spécialiste du paysage
spirituel. A la Foire des
antiquaires de Belgique,
organisée jusqu'au 28 janvier,
la galerie parisienne Alexis
Bordes affiche un de ses
pastels, intitulé Rêve du
soir, pour 16 000 euros. De
son côté, la galerie Antoine
Laurentin présentera en
novembre, à Paris, une série de
pastels de Jean-François
Auburtin, formé par Puvis de
Chavanne, de 1 000 à 30 000
euros.
TERREAU
FERTILE
Le symbolisme
a trouvé en Belgique un terreau
fertile à son développement, par
exemple avec Fernand Khnopff
(1858-1921), peintre du silence
et du mystère. Voilà trois ans,
la galerie bruxelloise Patrick
Derom a vendu pour 750 000 euros
au Musée de Gand l'aquarelle
préparatoire à son tableau L'Encens. Cette toile a
elle-même été cédée par la
galerie Hopkins Custot à la
Foire de Maastricht en mars
2006.
Moins connu
que Khnopff, Jean Delville avait
organisé les Salons de l'art
idéaliste, en écho aux Salons de
la Rose-Croix. La galerie Ronny
Van de Velde, basée à Anvers,
présente à la Foire des
antiquaires de Belgique une de
ses Allégories de l'Enfer pour 80 000 euros.
Proche à ses
débuts d'un symbolisme
sulfureux, le peintre belge Léon
Spilliaert (1881-1946) a troqué
les créatures fantastiques pour
un réalisme inquiétant. En 2005,
au Salon du dessin, Patrick
Derom a vendu au Musée d'Orsay
un Autoportrait aux masques
(1903) dont il exigeait 190 000
euros. Un dessin envoûtant qu'on
retrouvera dans la rétrospective
qu'organise le musée à partir du
6 mars.
Foire des
antiquaires de Belgique,
jusqu'au 28 janvier, à
Bruxelles, ouvert de 11 heures à
19 heures. Tarif : 10 euros.
Rens. :
www.antiques-fair.be