Albert
Chong (né en
1958) - artiste Jamaïcain vivant aux
Etats-Unis - a présenté une série de
photographies réalisées autour
d’installations où il se met en scène,
siégeant sur des trônes entourés de
végétation.
L’ensemble des œuvres
exposées offrait un panel intéressant
des différentes formes de
représentations qui plongent leurs
racines dans le foisonnement de
pratiques et de références religieuses
nourrissant à leur tour, l’imaginaire
des artistes.
La seconde exposition est
accrochée à la Fondation Clément au
François, il s’agit d’Horizons
insulaires. Elle a été conçue
par le commissaire d’exposition Orlando
Luis Brito à partir des îles Canaries.
Cette exposition a déjà voyagé de
l’archipel de Madère (au Musée d’art
contemporain de Funchal), en République
Dominicaine (au Musée d’art moderne de
Santo-Domingo), à Cuba (au Centre
Wifredo Lam de La Havane). D’île en île,
elle a créé une visibilité à la fois
autour de textes littéraires (essais de
prose, poèmes, illustrations) et
d’œuvres d’art (photographies,
installations, peintures, sculptures et
œuvres vidéo). Ce n’est pas seulement le
soleil et la mer - qui sont souvent les
clichés des îles - que les artistes ont
représentés. Les travaux exposés
affirment la relation personnelle de
nombreux plasticiens à leur pays et au
monde. En effet, nous sommes amenés à
nous questionner : quels points communs
entre la Martinique ou la Guadeloupe -
départements français d’Amérique - et le
castrisme historique de Cuba ? Quelles
résonnances entre la situation de Santo
Domingo, rongée par les bidonvilles et
San Juan, capitale de Porto Rico, état
libre associé aux Etats-Unis ? Ces
nombreuses rencontres visuelles
réussissent à tisser le présent et à
ancrer des réalités propres aux Caraïbes
insulaires. Devant les œuvres, nous
réalisons que ces îles - de chaque côté
de l’océan Atlantique - sont en quelques
sorte, un raccourci du monde. Les
travaux présentés suggèrent que l’île -
espace isolé de tous côtés par l’eau - a
besoin d’ouverture vers l’extérieur.
La mer, même si elle fait obstacle
(Sandra
Ramos, artiste
cubaine) et aussi pour les
artistes, une voie de communication et
de liens (Joëlle
Ferly, artiste
de Guadeloupe). Les plasticiens
vivants dans ces lieux souvent
restreints ont donné - entre toutes les
géographies culturelles - un nouveau
sens au monde : une manière d’affirmer
leur différence et leur identité (Shirley
Rufin, artiste
de Martinique
et
Belkis Ramirez,
artiste de la République
Dominicaine).
Artistes exposés :
Teresa Arozena
(née en 1973) et
Grégorio Gonzalez
(né en 1960) représentent
les îles Canaries ;
Ricardo Barbeito
(né en 1979) Madère ;
Mario
José Cavaco
(né en 1967) les Açores ;
Joëlle
Ferly (née en
1970) la Guadeloupe ;
Tchalé
Figueira (né
en 1953) les îles du Cap Vert ;
Thierry Hoarau
(né en 1963) La Réunion ;
Sandra
Ramos (née en
) Cuba ;
Belkis
Ramirez (née
en 1957) La République Dominicaine;
Roseman Robinot
(née en 1944)
La Guyane
Française ;
Shirley Rufin
(née en 1985) La Martinique et
Julio
Suarez (né en
1947) Puerto Rico.
La troisième exposition
s’intitule Caraïbe expansion.
Elle est visible au
Centre Culturel de Rencontre à Fonds
Saint-Jacques à Sainte-Marie, du 20
novembre au 13 décembre 2011. Elle a été
conçue par le commissaire d’exposition
cubain José Manuel Noceda Fernandez.
Elle réuni 7 artistes
martiniquais (Christian
Bertin, Hervé Beuze, Jean-François Boclé,
Ernest Breleur, Habdaphaï, Shirley
Rufin, Karine Taïlamé) et
des artistes venus d’autres îles : de la
Guadeloupe avec
Bruno
Pédurand, de
Saint-Martin avec
David
Gumbs, de
Barbade avec un tableau de
Ras
Ishi Butcher,
de Cuba avec une pièce d’Abel
Barroso, de
République Dominicaine avec le travail
de
Raquel
Païewonsky et
de l’île Aruba, représentée par une
installation murale de l’artiste
Alida
Martinez. Les
expressions artistiques sont ici variées
et diversifiées, voire hétérogènes.
Christian Bertin,
avec une installation in situ réalisée
avec des fûts de carburant recyclés,
multiplie les analogies et dichotomies
qui constituent - dans la mémoire,
l’histoire (de l’esclavage), les gestes
et les paroles - l’âme martiniquaise.
Hervé Beuze
utilise la matrice des cartes de la
Martinique et les matériaux bruts de son
environnement quotidien pour questionner
les réalités physiques du lieu et le
patrimoine immatériel de l’identité
martiniquaise.
Jean-François Boclé
met en scène
dans une
installation minimaliste, les idéologies
coloniales
et
questionne
aussi l’identité sur le plan rebelle des
résistances et de la résilience.
Ernest
Breleur avec
une pièce constituée de radiographies
couplée à un son strident, interroge les
violences militaires des enfants soldats
du Sierra Leone.
Habdaphaï,
avec une série de dessins d’enveloppes
couvertes de symboles, caractéristiques
de ses peintures, imprime sur les murs
du lieu, les
mystères
d’un message à
reconstruire.
Shirley Rufin,
avec 3 œuvres
photographiques, travaille - à l’aide de
manipulations et d’action chimiques dans
la chambre noire - les multiples
empreintes et altérations de l’image
d’un corps social et mental qui lui est
intime.
Karine
Taïlamé
propose un univers sensuel et
translucide, où la nage fluide de six
poissons enfermés dans trois bocaux
trouve leurs échos poétiques dans
l’image vidéo de deux jeune filles
évoluant dans le bleu d’une eau
cristalline.
Bruno
Pédurand, Iwa
présente une installation lumineuse et
sonore réalisée avec 6 colonnes de
plexiglas enrobées d’un noir
incandescent qui incorpore - avec des
techniques d’incrustation qui lui sont
propres - des portraits extraits de la
rubrique nécrologique du
France-Antilles.
David
Gumbs évoque
« une archéologie mentale » - selon ses
propos - dans une installation vidéo
interactive qui implique le regardeur
dans un voyage fragmenté où apparait un
jeu de face à face entre des tracés à
main levée et des images empreintes de
résurgences.
Ras
Ishi Butcher,
artiste de Barbade,
présente un
triptyque de 416 X 167 cm de la série « from
the secret Diaries serie », qui
figure - panneau de gauche - un individu
à l’aspect de colon et une case - volet
droit du tableau - finement tracée : un
abri de rêves et d’aspirations pour un
territoire ancré dans le fondement de
ses origines ?
Abel
Barroso, avec
des matrices de gravure, pose dans
l’espace de l’exposition, deux pièces
évocatrices d’une réflexion qu’il a
entamée depuis plus de dix années, sur
la globalisation, les villes et les
frontières entre les pays du Nord et du
Sud. Non sans humour, ces installations
ont souvent un côté ludique qui
« détonne »
avec la gravité des propos sociaux,
économiques et politiques qu’il met en
scène.
Raquel
Païewonsky
nous propose des seins géants avec des
tétons exagérément gros, sorte de
focalisation qui renvoie aux esthétiques
contemporaines canonisées par la société
actuelle.
Alida
Martinez
présente une installation murale qui
décline sous 3 apparences distinctes,
l’ile d’Aruba et les étapes d’une
colonisation actuelle, autant économique
que politique.
Ce parcours artistique
dans un lieu de mémoires de pierres, de
tuiles et de bois qu’est l’ancienne
distillerie - bâtiment lié à l’activité
sucrière, construite à l’initiative du
Père Labat au XVII siècle - nous propose
un lien fort entre patrimoine, histoire
et art contemporain.
Sophie Ravion d’Ingianni
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