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Philippe Bourgade ou Comment photographier l'âme d'un
peuple?

Zaï
mouillé.
Elle
lavait son linge et le voilà qui vient
pour lui conter fleurette. Elle a sans
doute cru qu'il était intéressé par ses
talents de lavandière. Elle ne l'a pas
très bien reçu.
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Une superbe
idée de
cadeau :
"L'Eau
mémoire" de
Philippe
Bourgade
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Il vous reçoit le jour de
fermeture hebdomadaire de son exposition
« Martinique des Mornes ». Il est venu
pour vous parler de ce qui le tient
debout, de ce qui lui donne sa
verticalité, de son « objet petit a »,
si l'on peut en parler, dirait le
psychanalyste. C'est d'une passion dont
il est question, mais une passion
tranquille, assurée, de celle qui donne
sens à toute une vie, de celle qui donne
l'impression de ne pas douter. Son
chemin est celui-là, celui qui le fait
gravir encore et encore les mornes de
Martinique, de sa Martinique, à la
recherche de ce qui serait son essence.
Il y a trois douzaines
d'années de ça il est tombé amoureux
d'un objet, un appareil photo. Le
boîtier noir et son objectif, la densité
de l'alliage du verre et du métal sous
une forme compacte, le plaisir de le
saisir, de l'avoir en main comme on a le
plaisir d'avoir un vin en bouche, le
poids de l'objet, l'impression de
solidité et la fragilité des mécanismes
qui le composent, l'objet comme un
prolongement de soi, comme une pulsion,
comme un concept à la limite du corps et
de l'esprit. Voilà pour le médium. Car
ce n'est que cela. Pas moins mais pas
plus! Car l'essentiel est ailleurs, dans
l'usage qu'il en fait, dans l'adéquation
entre l'outil et la tâche, dans
ce qu'il photographie, dans l'unique
objet de sa recherche, sa quête même,
car il y a quelque chose de mystique
dans sa démarche dans son désir de
capter, l'espace d'un instant, l'âme de
son peuple. L'ensemble des ses travaux
dont l'exposition « La Martinique des
mornes » retrace vaille que vaille
l'itinéraire, est consacré à fixer sur
la pellicule soit des paysages, soit des
visages martiniquais. Philippe Bourgade
le fait avec une tendresse, une
proximité, une identification au
sujet de son travail qui abolit la
distance entre le praticien et l'objet
de sa pratique.
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Cadeau dit
Philippe
Bourgade de
cette photo.
La jeune
fille bute
sur une
pierre.
Perrette et
son pot
d'eau?
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C'est parce qu'il connaît la
pratique du lancer de filet « à
l'épervier » qu'il peut anticiper et
ainsi capter le geste immémorial du
pécheur au travail. C'est parce qu'il
connaît, sans doute bien plus qu'il ne
veut le reconnaître, les pratiques
magico-religieuses qui enrobent la
symbolique de l'eau qu'il peut consacrer
tout un album « L'eau mémoire » avec des
textes de Ina Césaire, Max Rippon,
Sheila Walker, à cet élément. Sa
recherche de la quintessence, le mène à
des photos dénuées de toute temporalité.
L'exposition de l'Atrium nous montre
ainsi des photos prises peu après DEAN,
et notamment une sur laquelle une femme,
en l'absence de gaz et d'électricité, a
ressorti le pot à faire cuire le fruit à
pain qu'elle a posé sur les trois
pierres d'un feu de bois. Aucun
misérabilisme dans les photos mais une
affirmation tranquille d'une identité
suffisamment sure d'elle-même pour se
montrer pour ce qu'elle est à travers
ses pratiques sociales et culturelles,
sans ostentation ni fausse honte. Un
homme qui « drague », sans beaucoup de
succès une lavandière ( Zaï mouillé), un
gamin jouant au « kalinbanjo » sur un
terrain pentu, un concentré de
mélancolie et de solitude, (Un homme et
son riz) une jeune fille portant une
bassine d'eau sur la tête et qui butte
sur une pierre (La déveine), une sirène
enceinte jusqu'aux yeux et qui offre son
ventre à la rivière, des joueurs de
cartes emportés par le jeu, tous ont
oublié le photographe, tous l'ont
accepté comme étant l'un des leurs.
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La photo a
vingt ans ou
plus. Elle
s'appelle
"L'homme et
son riz" .
Philippe
Bourgade dit
d'elle
aujourd'hui
: "Elle est la
solitude".
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Philippe Bourgade parle
de ses clichés comme des cadeaux qui lui
sont faits. Des cadeaux du ciel, des
dieux qui peuplent nos mornes et nos
plaines, nos cours d'eaux et nos
montagnes? Plutôt des cadeaux des hommes
et des femmes de ce pays qui devinent et
qui reconnaissent dans le regard qu'il
porte sur sa terre ce qu'il y a d'amour
véritable, d'enracinement viscéral.
Le travail de Philippe
Bourgade est auto-centré, auto
référencé, s'il a exposé à Paris,
Toronto ou New York il ne photographie
bien que ce qui relève de la Martinique.
On l'imagine mal photographier les
pingouins en Alaska! Pas la peine de le
comparer à d'autres photographes
d'autres pays que le sien, sa façon de
photographier est tellement déterminée
par l'unique objet de son travail, sa
terre, l'osmose entre l'observateur et
« l'observé » est telle que cela relève
d'une alchimie qui ne peut-être que
singulière et à nulle autre semblable.
Roland Sabra
2006 Parution du livre "Eau-Mémoire"
2005 Exposition géante "Portraits
de femmes" à la bibliothèque
Schoelcher
2004 Expositions à l'Atrium
et dans le marché de Fort de France
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"Femme de
dos". La
taille
réduite ici
ne rend pas
l'incroyable
relief
restitué par
la lumière
de cette
photo. Une
des plus
spectaculaires
de
l'exposition.
On devine au
delà de la
forme
sculpturale
de la jupe,
la
complexité
du mouvement
et de
l'équilibre
que
nécessitent
ce départ
coutelas à
la main et
panier sur
la tête.
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2002 Exposition "Mi Nou" dans
les rues deFort de France
2001 Participant aux "Rencontres
Photographiques en Caraïbe"
1999 Exposition
"Martinique des Mornes"
au festival "hot & spicy" à
Toronto
1998 Exposition
"Martinique des Mornes"
au festival "Vues d'Afrique" à
Montréal
1997 Exposition
"Eau-Mémoire"
dans le cadre de la journée de
l'eau
1996 Exposition
"Femmes & eau"
avec l'UFM
1995 Parution du livre
"Où a-t-on pris que la nuit tombe?"
1994 Pochette du disque "Malavoi"
Exposition
"L'instant qui bouge"
photos de danse et de théâtre
Affiche du spectacle
"Ladja de paroles"
de Elie Pennont
Exposition sur le carnaval avec les
magasins "Champion"
1993 Photographe de plateau du film deEuzhan
Palcy
sur Aimé Césaire
Exposition
"Musiques, chants et danses de nos
campagnes"
1992 Exposition en
Ohio
festival
"Midfest international"
1991 Exposition à
"Schombert center for research in black
culture"
à
New York
1986 Exposition
"Ombres et lumières"
à
Fort de France
Exposition
"La canne à sucre"
à la Villette à
Paris
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