« Pépé kre’up »
Récup et
détournement

Plasticien de talent, Jean-Pierre
Massoue se définit plutôt, artiste
décorateur. C’est vrai que ce
vocable plus universel colle mieux à
la physionomie de son art, à
l’expression de ses méandres, de ses
sursauts en courbes gracieuses, de
ses galops de cheval fou.
A cette façon qu’il a de déhancher
la plastique des choses trouvées, de
substituer la matière, de la
sublimer d’idées écorchées vives, il
la réinvente, le temps de l’art mais
dans sa dimension hétéroclite. Alors
il ajoute de la lumière, des creux,
des sombres, des claires obscures
résurrections. De la couleur
défaite, il crée la multitude sous
des regards d’absences ou découvre
du silence, le tumulte. Son art de
la récupération, parfois blesse,
rapièce, raccommode, interpelle,
toujours inquiète, est contagion,
religion, joie mêlées et impulsion,
comme un lâché de ballons. L’art
s’écrit seul et renvoie, retourne
l’interrogation inutile à la pensée
tranquille qui l’absorbe, la digère
et la rejette, la négocie dans
d’autres harmonies.
L’anticonformisme est un art
premier.
Pépé l’artiste, refuse d’embarquer
dans le charter commun du succès, où
l’on offre en prime, le pack gadget,
plan de carrière dans un bout de
miroir brisé. Surtout pas de vague,
silence anonyme, il choisit l’autre
face du succès, calme chemin de
travers, école buissonnière hors du
buisson ardent d’une notoriété en
pointillé, volatile et du coup,
impalpable. Ne pas laisser voler son
âme, être privé de sa spontanéité
surgie, à peine suggérée par une
imagination en goguette du coté du
hasard. Le succès rapide ne
l’effraie pas sous cette forme, il
n’a simplement pas confiance. Ce
succès là, à trop le fréquenter, le
fréquenter de trop près, il ne reste
que lui, et rien autour : les amis,
la liberté d’entreprendre, le refus
de la mode et les habitudes qu’elle
génèrent. C’est ainsi qu’il se veut
et si son art du recyclage, sa
définition de la récupération a
quelque chose de sauvage ; c’est
tant mieux !
Christian Antourel
Photos C.A