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Pastiche érotique et décor guerrier selon Mayaux

" Focbite (Sealprick) ", par Philippe Mayaux (2007). GALERIE LOEVENBRUCK

Le lauréat 2006 du prix Marcel-Duchamp est exposé au Centre Pompidou, à Paris

 

Philippe Mayaux se définit lui-même avec précision. " Je suis - dit-il - un hyper-surréaliste de la quatrième génération. Ce que je n'aime pas dans le surréalisme, c'est la fantasmagorie, la peinture du fantastique. Ce que j'aime, en revanche, ce sont les techniques plus riches et plus libres du hasard objectif et de l'association aléatoire d'éléments générateurs de sens. "

Les deux dernières phrases pourraient être de Marcel Duchamp. Ce qui tombe bien : Philippe Mayaux a reçu le prix Marcel-Duchamp 2006 et bénéficie donc, comme chacun de ses prédécesseurs à ce palmarès, d'une exposition de printemps au Centre Pompidou.

Un " hyper-surréaliste de la quatrième génération " - autrement dit un arrière-petit-fils d'André Breton - ne peut être qu'un spécialiste de l'humour noir, de la plaisanterie morbide ou scabreuse présentée avec toutes les apparences du raffinement, frôlant sciemment le kitsch à l'occasion.

Mayaux présente donc la série des Menteurs, suite de masques mi-animaux mi-humains qui balancent entre grotesque et obscène, des pâtisseries de porcelaine aux formes sexuelles et d'autres fantaisies du même ordre.

Un délicieux phoque phallus à collerette de fourrure aurait ravi Merret Oppenheim et la collection French Cancan, où les plumes ne cachent rien, aurait plu à Kiki et à Lee Miller. Des tableaux intitulés Mange-moi ou Le Doux Plaisir de la régression font écho à ces montages. Mayaux y emploie largement le rose poupon artificiel, qui est l'une de ses couleurs préférées.

Si ces variations sur des thèmes érotiques dans lesquels ont excellé jadis les surréalistes de la première génération et Duchamp lui-même étaient la totalité de l'oeuvre de Mayaux, on finirait cependant par se lasser de cet art du pastiche impeccable, devenu conventionnel à la longue. Il n'y aurait là que le doux plaisir de la répétition.

Cette impression est corrigée grâce à l'ensemble Angry White. Dans des vitrines s'accumulent des foules de petites sculptures blanches, qui sont en réalité des moulages obtenus à partir d'objets ordinaires. Mayaux les arrange et les assemble en paysages géométriques : des arsenaux, des bunkers et des nécropoles. Ils sont là pour rappeler, avec une soudaine gravité et une simplicité préférable à bien des adresses techniques, la folie de destruction qui caractérise le XXe siècle.

Centre Pompidou, Paris-3e. Tél. : 01-44-78-12-33. Du mercredi au lundi de 11 heures à 21 heures. Entrée : 10 ¤. Jusqu'au 13 août.

Philippe Dagen

" A mort l'infini ",

 

© Le Monde 01/06/07