Philippe Mayaux se définit
lui-même avec précision. " Je
suis - dit-il - un
hyper-surréaliste de la
quatrième génération. Ce que je
n'aime pas dans le surréalisme,
c'est la fantasmagorie, la
peinture du fantastique. Ce que
j'aime, en revanche, ce sont les
techniques plus riches et plus
libres du hasard objectif et de
l'association aléatoire
d'éléments générateurs de sens.
"
Les deux dernières phrases
pourraient être de Marcel
Duchamp. Ce qui tombe bien :
Philippe Mayaux a reçu le prix
Marcel-Duchamp 2006 et bénéficie
donc, comme chacun de ses
prédécesseurs à ce palmarès,
d'une exposition de printemps au
Centre Pompidou.
Un " hyper-surréaliste de
la quatrième génération " -
autrement dit un
arrière-petit-fils d'André
Breton - ne peut être qu'un
spécialiste de l'humour noir, de
la plaisanterie morbide ou
scabreuse présentée avec toutes
les apparences du raffinement,
frôlant sciemment le kitsch à
l'occasion.
Mayaux présente donc la série
des Menteurs, suite de
masques mi-animaux mi-humains
qui balancent entre grotesque et
obscène, des pâtisseries de
porcelaine aux formes sexuelles
et d'autres fantaisies du même
ordre.
Un délicieux phoque phallus à
collerette de fourrure aurait
ravi Merret Oppenheim et la
collection French Cancan,
où les plumes ne cachent rien,
aurait plu à Kiki et à Lee
Miller. Des tableaux intitulés
Mange-moi ou Le Doux
Plaisir de la régression
font écho à ces montages. Mayaux
y emploie largement le rose
poupon artificiel, qui est l'une
de ses couleurs préférées.
Si ces variations sur des
thèmes érotiques dans lesquels
ont excellé jadis les
surréalistes de la première
génération et Duchamp lui-même
étaient la totalité de l'oeuvre
de Mayaux, on finirait cependant
par se lasser de cet art du
pastiche impeccable, devenu
conventionnel à la longue. Il
n'y aurait là que le doux
plaisir de la répétition.
Cette impression est corrigée
grâce à l'ensemble Angry
White. Dans des vitrines
s'accumulent des foules de
petites sculptures blanches, qui
sont en réalité des moulages
obtenus à partir d'objets
ordinaires. Mayaux les arrange
et les assemble en paysages
géométriques : des arsenaux, des
bunkers et des nécropoles. Ils
sont là pour rappeler, avec une
soudaine gravité et une
simplicité préférable à bien des
adresses techniques, la folie de
destruction qui caractérise le
XXe siècle.
Centre Pompidou, Paris-3e.
Tél. : 01-44-78-12-33. Du
mercredi au lundi de 11 heures à
21 heures. Entrée : 10 ¤.
Jusqu'au 13 août.
Philippe Dagen
" A mort l'infini ",