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De l'art contemporain à demeure dans Paris


 

Le " Skate Park " conçu par Peter Kogler pour les skateurs de la porte d'Italie (13 - sup - e - /sup - arrondissement). PHILIPPE MARIANA/EDITINGSERVER.COM

Une exceptionnelle commande publique à huit créateurs vedettes accompagne le parcours du tramway

 

C'est du jamais-vu à Paris : le tramway des boulevards des maréchaux, inauguré samedi 16 décembre, a été accompagné d'une vague de commandes publiques sans précédent.

" C'est la première commande importante d'art contemporain à Paris depuis les colonnes de Buren " au Palais-Royal, a souligné Christophe Girard, adjoint (PS) au maire de Paris chargé de la culture.

Le programme, d'un montant de 4 millions d'euros, est cofinancé par la Ville et la région, l'Etat participant pour 350 000 euros.

Neuf oeuvres signées de huit artistes parmi les plus reconnus de la scène internationale jalonnent le tracé du tramway entre le pont du Garigliano (15e arrondissement) et la porte d'Ivry (13e). Elles permettent à Paris de commencer à pallier ses faiblesses en matière d'art urbain. Au-delà du tramway, les oeuvres s'adressent à tous les usagers de la ville ; leur qualité se juge donc aussi sur leur dialogue avec le quartier.

C'est Didier Faustino, architecte et artiste, qui réalise sans doute la réponse la plus pertinente à ce contexte urbain. Son oeuvre, il la décrit comme " le plus petit gratte-ciel du monde ". Faisant écho aux tours de la porte d'Ivry, elle ressemble à un totem étrange, vert anis. C'est en fait une maison, avec salle de bain, cuisine, chambre : confort à tous les étages. Seule particularité : elle est conçue sur 1 mètre carré au sol.

" Je voulais faire écho à la situation urbaine, plutôt que poser simplement un acte plastique, explique l'artiste. Cette maison prototype est une manière de reposer cette question essentielle, vif débat à Paris : n'est-il pas nécessaire de construire aujourd'hui à la verticale ? Soulever des questions : c'est tout l'intérêt de l'art public. Sinon, pas la peine de sortir du musée. "

Ce défi, chacun des artistes y répond avec plus ou moins de justesse. Paresseuse, la Britannique Angela Bulloch a posé à l'Institut de puériculture, porte de Vanves, ce qu'elle fait partout où elle passe : des vibrations de lumière.

L'Autrichien Peter Kogler rejoue lui aussi son lassant leitmotiv, en faisant courir des fourmis géantes en vidéo au pont de Vanves. L'élégant Skate Park en forme de mappemonde que ce même artiste offre aux adolescents de la porte d'Italie est plus convaincant.

 

PUBLIC ET PRIVÉ

 

D'autres invités semblent s'être davantage posé la question de l'espace public et de ses répercussions sur l'oeuvre d'art. Ce n'est pas étonnant de la part de l'Américain Dan Graham, qui nourrit depuis des décennies une réflexion sur les liens entre public et privé. Il est heureux que Paris s'offre enfin un des pavillons qui l'ont rendu célèbre. Avec ses jeux de miroirs reflétant la porte de Versailles, ce lieu est pour lui " une occasion donnée au public de se contempler lui-même, en situation de loisir ", dit-il.

En collaboration avec l'architecte Frank Gehry, la Française Sophie Calle a elle aussi réalisé une oeuvre joliment interactive, au milieu du pont du Garigliano. C'est une étrange cabine téléphonique, qui se dessine comme une tulipe échevelée de métal, peinte de rose, rouge et orange. En son coeur, un téléphone, écarlate. Mais personne ne peut appeler ; seule Sophie Calle possède le numéro. Elle le composera plusieurs fois par semaine, n'importe quand. Quelques passants lui répondront et écouteront ses histoires.

Dans le parc Montsouris, Christian Boltanski rend hommage aux jeunes amours écloses à la Cité universitaire, avec un banc qui murmure en dix langues les plus tendres déclarations à qui vient s'y asseoir. Moins surprenant, Bertrand Lavier a créé un mirage de palmiers à la Poterne des peupliers, contrastant avec le méchant jardin d'enfant alentour. Enfin, porte d'Arcueil, Claude Lévêque a couronné un réservoir d'eau d'un diadème de miroirs, qui joue avec les humeurs du ciel et les mouvements de la ville.

Bérénice Bailly

© Le Monde du 17 décembre 2006