Nicolas Sarkozy l'avait promise.
Christine Albanel, la ministre
de la culture, l'avait annoncée.
L'expérience est lancée. Le 1er
janvier, une poignée de musées
nationaux rendront gratuit
l'accès à leur collection
permanente.
Les services de la Rue de
Valois ont transmis à Matignon
une liste de neuf établissements
: à Paris, le Musée des arts
asiatiques Guimet et le Musée du
Moyen-Age, dans l'hôtel de Cluny
; le Musée national
d'archéologie à
Saint-Germain-en-Laye (Yvelines)
; le Musée national de la
Renaissance au château d'Ecouen
(Val-d'Oise) ; le palais
Jacques-Coeur, à Bourges ; le
Musée de la porcelaine à Limoges
; le Musée Magnin à Dijon ; le
palais du Tau à Reims ; les
collections contemporaines du
château d'Oiron (Deux-Sèvres).
A cette liste pourraient
venir s'ajouter un ou deux
établissements dépendant
d'autres administrations, la
défense ou l'éducation
nationale. Surtout, devrait s'y
adjoindre un second groupe de
musées, chargé de tester des
mesures plus ciblées. Certains
étendront aux 18-25 ans la
gratuité déjà proposée aux moins
de 18 ans dans les musées
nationaux. D'autres pourraient
proposer l'accès libre tous les
dimanches au lieu du seul
premier dimanche de chaque mois.
Les sept premiers
établissements choisis ont en
tout cas diversement apprécié la
nouvelle. Averti mercredi matin,
Paul-Hervé Parsy, administrateur
du château d'Oiron, s'en
félicite. " Nous avons une
fréquentation modeste, environ
20 000 visiteurs par an, et une
très belle collection. En termes
de recettes, l'enjeu est donc
faible, en termes d'image, il
est très important. Le choix me
paraît très cohérent. "
Même satisfaction au Musée
d'archéologie de
Saint-Germain-en-Laye. Le
château compte déjà 70 % de
visites gratuites, surtout
scolaires. " Le dimanche, en
revanche, nous voyons beaucoup
de familles en promenade dans le
domaine de Saint-Germain
renoncer à la visite lorsqu'ils
découvrent qu'il faut payer
- 4,5 euros par adulte - ,
souligne Patrick Périn, le
directeur. Leur faire
approcher l'archéologie
présenterait un réel intérêt. "
Au Musée Guimet, par contre,
la décision n'a guère été
appréciée. Son président,
Jean-François Jarrige, avait
récemment fait valoir au
ministère de la culture qu'il
considérait son musée comme "
peu représentatif " pour une
telle opération. " Je ne suis
pas contre ce test ni contre
l'éventuelle gratuité des musées,
précise-t-il. Mais, si on
fait une telle expérience, il
faut qu'elle soit conduite avec
le maximum de sincérité. Et,
dans ces conditions, il fallait
mettre un poids lourd type
Beaubourg dans la balance. "
En outre, M. Jarrige redoute
les conséquences de l'expérience
sur les recettes de billetterie
(300 000 visiteurs), bien-sûr,
mais aussi sur l'image du musée
et donc sur le mécénat qui lui
permet d'organiser les
expositions temporaires.
Autant d'éléments qui
devraient être scrutés à la
loupe, pendant les six premiers
mois de l'année 2008, en vue
d'une éventuelle généralisation
en 2009. Un appel d'offres
devrait être lancé prochainement
auprès des organismes de
recherche afin qu'ils mesurent
l'impact des dispositifs testés.
" Avec Paris, la région
parisienne et la province, des
gros et des petits musées, nous
allons disposer d'un échantillon
suffisamment diversifié pour
observer le comportement des
publics, précise-t-on à
Matignon. A qui profite la
mesure ? Dans quel musée ? Pour
quel type de public ? "
Car là est évidemment la
question. En Grande-Bretagne,
les collections permanentes ont
été rendues gratuites en 2001.
Les musées municipaux parisiens
ont supprimé les droits d'entrée
en 2002. Chaque fois, la mesure
a dopé le nombre de visites,
avec deux bémols : " On
observe un effet lune de miel au
début puis la fréquentation
retombe ", souligne Anne
Gombault, responsable de la
chaire Arts, culture et
management à l'Ecole de
management de Bordeaux. Sur six
mois, ne risque-t-on pas de
mesurer ce seul pic ? Surtout,
les grands bénéficiaires de la
gratuité sont... les habitués du
musée. " Les gens reviennent,
sont plus détendus, insiste
Catherine Hubault,
sous-directrice du Patrimoine de
la Ville de Paris. L'image du
musée a changé. Mais pas l'âge
et le profil sociologique des
visiteurs. "
Faut-il donc faire payer par
l'impôt les visites à répétition
des aficionados ou celles des
millions de touristes étrangers
qui acquittent, sans regret, les
9 euros d'entrée au Louvre ? Au
ministère, personne n'a la
réponse. Mais ni le Louvre, ni
Orsay, ni Pompidou, n'ont été
inscrits dans le panel.
Nathaniel Herzberg