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Arts Testée dans neuf établissements nationaux à partir du 1er janvier 2008

La gratuité des musées peut-elle permettre d'élargir leur public ?

Le Musée de Cluny à Paris fait partie des sept établissements qui vont tester la gratuité. J. SAGET/AFP

 

Nicolas Sarkozy l'avait promise. Christine Albanel, la ministre de la culture, l'avait annoncée. L'expérience est lancée. Le 1er janvier, une poignée de musées nationaux rendront gratuit l'accès à leur collection permanente.

Les services de la Rue de Valois ont transmis à Matignon une liste de neuf établissements : à Paris, le Musée des arts asiatiques Guimet et le Musée du Moyen-Age, dans l'hôtel de Cluny ; le Musée national d'archéologie à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) ; le Musée national de la Renaissance au château d'Ecouen (Val-d'Oise) ; le palais Jacques-Coeur, à Bourges ; le Musée de la porcelaine à Limoges ; le Musée Magnin à Dijon ; le palais du Tau à Reims ; les collections contemporaines du château d'Oiron (Deux-Sèvres).

A cette liste pourraient venir s'ajouter un ou deux établissements dépendant d'autres administrations, la défense ou l'éducation nationale. Surtout, devrait s'y adjoindre un second groupe de musées, chargé de tester des mesures plus ciblées. Certains étendront aux 18-25 ans la gratuité déjà proposée aux moins de 18 ans dans les musées nationaux. D'autres pourraient proposer l'accès libre tous les dimanches au lieu du seul premier dimanche de chaque mois.

Les sept premiers établissements choisis ont en tout cas diversement apprécié la nouvelle. Averti mercredi matin, Paul-Hervé Parsy, administrateur du château d'Oiron, s'en félicite. " Nous avons une fréquentation modeste, environ 20 000 visiteurs par an, et une très belle collection. En termes de recettes, l'enjeu est donc faible, en termes d'image, il est très important. Le choix me paraît très cohérent. "

Même satisfaction au Musée d'archéologie de Saint-Germain-en-Laye. Le château compte déjà 70 % de visites gratuites, surtout scolaires. " Le dimanche, en revanche, nous voyons beaucoup de familles en promenade dans le domaine de Saint-Germain renoncer à la visite lorsqu'ils découvrent qu'il faut payer - 4,5 euros par adulte - , souligne Patrick Périn, le directeur. Leur faire approcher l'archéologie présenterait un réel intérêt. "

Au Musée Guimet, par contre, la décision n'a guère été appréciée. Son président, Jean-François Jarrige, avait récemment fait valoir au ministère de la culture qu'il considérait son musée comme " peu représentatif " pour une telle opération. " Je ne suis pas contre ce test ni contre l'éventuelle gratuité des musées, précise-t-il. Mais, si on fait une telle expérience, il faut qu'elle soit conduite avec le maximum de sincérité. Et, dans ces conditions, il fallait mettre un poids lourd type Beaubourg dans la balance. "

En outre, M. Jarrige redoute les conséquences de l'expérience sur les recettes de billetterie (300 000 visiteurs), bien-sûr, mais aussi sur l'image du musée et donc sur le mécénat qui lui permet d'organiser les expositions temporaires.

Autant d'éléments qui devraient être scrutés à la loupe, pendant les six premiers mois de l'année 2008, en vue d'une éventuelle généralisation en 2009. Un appel d'offres devrait être lancé prochainement auprès des organismes de recherche afin qu'ils mesurent l'impact des dispositifs testés. " Avec Paris, la région parisienne et la province, des gros et des petits musées, nous allons disposer d'un échantillon suffisamment diversifié pour observer le comportement des publics, précise-t-on à Matignon. A qui profite la mesure ? Dans quel musée ? Pour quel type de public ? "

Car là est évidemment la question. En Grande-Bretagne, les collections permanentes ont été rendues gratuites en 2001. Les musées municipaux parisiens ont supprimé les droits d'entrée en 2002. Chaque fois, la mesure a dopé le nombre de visites, avec deux bémols : " On observe un effet lune de miel au début puis la fréquentation retombe ", souligne Anne Gombault, responsable de la chaire Arts, culture et management à l'Ecole de management de Bordeaux. Sur six mois, ne risque-t-on pas de mesurer ce seul pic ? Surtout, les grands bénéficiaires de la gratuité sont... les habitués du musée. " Les gens reviennent, sont plus détendus, insiste Catherine Hubault, sous-directrice du Patrimoine de la Ville de Paris. L'image du musée a changé. Mais pas l'âge et le profil sociologique des visiteurs. "

Faut-il donc faire payer par l'impôt les visites à répétition des aficionados ou celles des millions de touristes étrangers qui acquittent, sans regret, les 9 euros d'entrée au Louvre ? Au ministère, personne n'a la réponse. Mais ni le Louvre, ni Orsay, ni Pompidou, n'ont été inscrits dans le panel.

Nathaniel Herzberg

© Le Monde

 

 

Kara Walker