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Les collectionneurs se passionnent pour le dessin

 

Marché de l'art

 

Le dessin est partout. Nous en sommes entourés, il fait partie intégrante de notre vie... Le dessin possède un caractère premier et fondamental : il jouit d'un statut mythique en tant que forme la plus ancienne et la plus immédiate de l'image créée. " Les propos d'Emma Dexter dans l'ouvrage collectif Vitamine D (Ed. Phaidon France, 2006, 352 pages) sont plus que circonstanciés. Ce médium est devenu si omniprésent qu'en mars Paris se transforme en capitale du dessin.

Cette année, quatre salons sont en concurrence, du vétéran Salon du dessin sis au Palais Brongniart, à son contrepoint, le Salon du dessin contemporain, hébergé au Carreau du Temple, en passant par deux autres greffes Slick Dessin et la Foire internationale du dessin du XXIe siècle. Les ventes publiques ne sont pas en reste. Sotheby's dégaine le 26 mars avec la collection de goût italien de Robert Lebel. Le lendemain, Artcurial tentera de donner le change avec la collection très française du baron Joseph Vitta. Bref, de quoi donner le tournis même aux plus mordus !

Le dessin ancien a toujours eu son régiment d'amateurs zélés et pointus, lesquels gardent jalousement leurs trésors dans le secret des cartons ou des cabinets.

En revanche, son pendant actuel ne sort des tiroirs que depuis quelques années. " Le dessin répond à une attente énorme. C'est un créneau consensuel qui réunit aussi bien les superbranchés que ceux qui veulent être rassurés. Ça participe d'une lame de fond de réappropriation de techniques oubliées qu'on n'osait présenter par crainte d'être ringard. Il y a un retour de la virtuosité qui n'était pas bien vu dans le milieu de l'art contemporain ", explique Cécile Griesmar, codirectrice de Slick Dessin.

Cette virtuosité de bon aloi se retrouve ainsi chez l'artiste Jérôme Zonder, dont la galerie Eva Hober présente des grands formats pour 9 000 euros au Salon du dessin contemporain. Ce médium est aussi globalement abordable, donnée hautement appréciable en temps de crise. Mais un hiatus se crée entre les marchés du dessin ancien et contemporain. Dans le domaine ancien, les pièces modestes entre 500 et 3 000 euros peinent à se vendre, sauf si elles se révèlent très décoratives. En revanche, c'est dans cette gamme que les galeries de dessin contemporain font leur miel ou leur beurre.

Dans l'océan des belles feuilles, tout ne jouit pas d'une cote similaire. Evidemment la qualité, la notoriété mais aussi le goût ambiant priment. Ainsi, depuis quelques années, le maître espagnol Francisco Goya jouit d'une cote en ébullition, culminant en juillet 2008 à l'enchère record de 2,28 millions de livres sterling. " Il y a eu un facteur d'entraînement. Le Prado enchérit depuis trois-quatre ans sur tous les dessins de Goya en ventes publiques et participe à la hausse des prix. Les collectionneurs d'art moderne et contemporain considèrent que Goya est le premier artiste moderne. Et ces collectionneurs-là ont une puissance financière plus importante que les collectionneurs traditionnels de dessin ", explique le marchand Matthieu de Bayser.

Celui-ci exposera au Salon du dessin une jeune femme juchée sur un âne du temps de l'Inquisition, par Eugenio Lucas, un émule du maître espagnol. Le prix pour ce Goya du pauvre ? 5 000 euros. Outre les oeuvres coup de poing, très fortes visuellement, le goût reste vissé sur les dessins de la Renaissance italienne et des XVIe et XVIIe siècles français.

La galerie de Bayser propose ainsi pour 200 000 euros une étude de guerrier antique de Toussaint Dubreuil. De son côté, Sotheby's met à l'affiche le 27 mars une Etude pour la Madone au long cou du Parmesan estimée entre 500 000 et 700 000 euros. " C'est la quintessence du maniérisme italien et les dessins du Parmesan sont plutôt rares ", affirme Nicolas Joly, vice-président de Sotheby's France. Dans le même temps, le marchand Jean-Luc Baroni propose au Salon du dessin une petite sanguine du Parmesan représentant une Vierge à l'enfant pour environ 250 000 euros.

Evacuant les sujets religieux ou historiques, le dessin contemporain joue plutôt dans les labyrinthes de l'inconscient. A l'instar de deux nominés du Prix du dessin de la fondation d'art contemporain de Daniel et Florence Guerlain. Jorge Queiroz représenté par Nathalie Obadia et Frédérique Loutz sera exposé du 17 mars au 30 avril à la galerie Claudine Papillon.

Bien que la technique ait peu évolué à travers les âges, le dessin s'affranchit de plus en plus du domaine de la feuille et du trait. Ainsi la galeriste Odile Ouizeman montre-t-elle les dessins d'explosions réalisés par Brigitte Zieger avec du fard à paupière. D'autres s'aventurent du côté du dessin animé. Laurent Boudier, directeur du Salon du dessin contemporain, le dit bien : " Le dessin n'est pas une question de support mais d'intention. "

R. A.

© Le Monde