L'exposition " Au temps des
cubistes ", organisée
jusqu'au 31 janvier par la
galerie Anisabelle Berès,
permet de redécouvrir
l'artiste tchèque Frantisek
Kupka (1871-1957). Bien que
ce soit un contemporain de
Paul Klee et de Vassily
Kandinsky, sa cote reste en
retrait. Une revalorisation
se perçoit toutefois depuis
deux ans.
Après des études
artistiques à Prague puis à
Vienne, Kupka s'installe à
Paris vers 1896. Avant de
s'ériger en pionnier de
l'abstraction, l'artiste a
connu une longue carrière de
caricaturiste et
d'illustrateur dans une
veine symboliste. Peu à peu,
il évolua vers une
géométrisation des formes.
Dès 1912, il peint ses
premiers Plans verticaux,
avant le Carré noir sur
fond blanc du Russe
Kazimir Malevitch, ou les
compositions avec plans de
couleurs du Hollandais Piet
Mondrian. Outre les plans
verticaux, Kupka a aussi
utilisé les motifs de la
courbe et de l'ellipse. Ses
études pour les disques de
Newton ont préfiguré les
compositions dynamiques de
Robert Delaunay. Membre en
1931 du mouvement
Abstraction-Création, il n'a
plus jamais opéré de retour
vers le figuratif.
L'exposition " Les
origines de l'abstraction ",
au Musée d'Orsay en 2003, a
montré à quel point Kupka
étudiait de manière
approfondie le
fonctionnement de l'oeil. Il
rêvait même d'un art sans
médiation matérielle. "
En perfectionnant de plus en
plus les moyens techniques
dont ils disposent,
peut-être les artistes
réussiront-ils un jour à
faire assister le spectateur
à la vie si riche de leur
monde subjectif sans être
contraints à la besogne
laborieuse que comporte
aujourd'hui la confection
d'une peinture ou d'une
sculpture ", écrivait-il
dans La Création dans les
arts plastiques.
Ce peintre fasciné par la
lumière est pourtant resté
dans une sorte de pénombre.
Inclassable, il a toujours
gardé ses distances
vis-à-vis des mouvements.
" Il s'est tenu à l'écart du
marché, a très peu exposé.
Il a conçu chaque oeuvre
comme un manifeste de son
art, avec des expressions
variées qui ont pu
déconcerter ", indique
le spécialiste Pierre Brullé.
Le problème tient aussi à la
difficulté d'établir une
chronologie précise. "
Aux causes d'erreur propres
à tout artiste moderne
(imprécision des catalogues
anciens, erreurs de mémoire
de l'artiste) s'ajoutent un
certain nombre d'habitudes
propres à Kupka ",
précisait Denise Fédit, dans
le catalogue de l'inventaire
de l'oeuvre de Kupka au
Musée national d'art
moderne. " D'abord, il
datait rarement ses oeuvres,
et même lorsqu'elles sont
datées, ce n'est pas un
jalon sûr ; en effet, Kupka
a très souvent apposé date
et signature très
postérieurement à la
création de l'oeuvre, sans
s'inquiéter outre mesure de
la parfaite exactitude des
dates, car il y attachait
peu d'importance. "
Malgré ces bémols, il ne
fait aucun doute que Kupka
fut l'un des premiers
abstraits. Une mouture de
ses Plans verticaux
fut ainsi exposée au Salon
des indépendants de 1913.
Alors que la plupart de
ses contemporains ont vu
leurs prix exploser en
ventes publiques, le record
de 5,9 millions de francs
pour une toile de Kupka
remonte à 1990. Les tableaux
des années 1911 à 1925 se
négocient entre 500 000 et 1
million d'euros. Les oeuvres
sur papier, que l'on trouve
à partir de 5 000 euros,
bénéficient d'un regain
d'intérêt. " Les deux
dernières années, les prix
ont doublé ou triplé,
observe le marchand Michel
Zlotowski. Une gouache
qui valait 15 000 euros vaut
bien 40 000 euros
aujourd'hui. "
Lors d'une exposition
organisée en novembre
dernier, la galerie Le
Minotaure proposait pour sa
part une grande aquarelle
pour 190 000 euros. Celle-ci
avait été vendue 21 000
dollars en 1995. La galerie
Berès affiche pour 70 000
euros un pastel de
1911-1913, date à laquelle
Kupka tourna le dos à la
figuration. Les couleurs
rayonnent dans toutes les
directions, en préfiguration
de ses compositions
ultérieures.
Roxana Azimi
Au temps des cubistes,
jusqu'au 31 janvier,
Galerie Anisabelle Berès, 25
quai Voltaire, Paris-7e,
tél. : 01-42-61-27-91
Galerie Le Minotaure, 2
rue des Beaux-Arts,
Paris-6e, tél. :
01-43-54-62-93.