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L'artiste tchèque, contemporain de Klee et de Kandinsky, est remis à l'honneur par la galerie Anisabelle Berès

La cote de Kupka reste encore en retrait

 
 


Franz Kupka, " Vase de fleurs ", 1911-1913, pastel sur papier,

(24,8 × 16,7 cm, 70 000 € ), exposé à la galerie Berès. DR

 

L'exposition " Au temps des cubistes ", organisée jusqu'au 31 janvier par la galerie Anisabelle Berès, permet de redécouvrir l'artiste tchèque Frantisek Kupka (1871-1957). Bien que ce soit un contemporain de Paul Klee et de Vassily Kandinsky, sa cote reste en retrait. Une revalorisation se perçoit toutefois depuis deux ans.

Après des études artistiques à Prague puis à Vienne, Kupka s'installe à Paris vers 1896. Avant de s'ériger en pionnier de l'abstraction, l'artiste a connu une longue carrière de caricaturiste et d'illustrateur dans une veine symboliste. Peu à peu, il évolua vers une géométrisation des formes.

Dès 1912, il peint ses premiers Plans verticaux, avant le Carré noir sur fond blanc du Russe Kazimir Malevitch, ou les compositions avec plans de couleurs du Hollandais Piet Mondrian. Outre les plans verticaux, Kupka a aussi utilisé les motifs de la courbe et de l'ellipse. Ses études pour les disques de Newton ont préfiguré les compositions dynamiques de Robert Delaunay. Membre en 1931 du mouvement Abstraction-Création, il n'a plus jamais opéré de retour vers le figuratif.

L'exposition " Les origines de l'abstraction ", au Musée d'Orsay en 2003, a montré à quel point Kupka étudiait de manière approfondie le fonctionnement de l'oeil. Il rêvait même d'un art sans médiation matérielle. " En perfectionnant de plus en plus les moyens techniques dont ils disposent, peut-être les artistes réussiront-ils un jour à faire assister le spectateur à la vie si riche de leur monde subjectif sans être contraints à la besogne laborieuse que comporte aujourd'hui la confection d'une peinture ou d'une sculpture ", écrivait-il dans La Création dans les arts plastiques.

Ce peintre fasciné par la lumière est pourtant resté dans une sorte de pénombre. Inclassable, il a toujours gardé ses distances vis-à-vis des mouvements. " Il s'est tenu à l'écart du marché, a très peu exposé. Il a conçu chaque oeuvre comme un manifeste de son art, avec des expressions variées qui ont pu déconcerter ", indique le spécialiste Pierre Brullé. Le problème tient aussi à la difficulté d'établir une chronologie précise. " Aux causes d'erreur propres à tout artiste moderne (imprécision des catalogues anciens, erreurs de mémoire de l'artiste) s'ajoutent un certain nombre d'habitudes propres à Kupka ", précisait Denise Fédit, dans le catalogue de l'inventaire de l'oeuvre de Kupka au Musée national d'art moderne. " D'abord, il datait rarement ses oeuvres, et même lorsqu'elles sont datées, ce n'est pas un jalon sûr ; en effet, Kupka a très souvent apposé date et signature très postérieurement à la création de l'oeuvre, sans s'inquiéter outre mesure de la parfaite exactitude des dates, car il y attachait peu d'importance. " Malgré ces bémols, il ne fait aucun doute que Kupka fut l'un des premiers abstraits. Une mouture de ses Plans verticaux fut ainsi exposée au Salon des indépendants de 1913.

Alors que la plupart de ses contemporains ont vu leurs prix exploser en ventes publiques, le record de 5,9 millions de francs pour une toile de Kupka remonte à 1990. Les tableaux des années 1911 à 1925 se négocient entre 500 000 et 1 million d'euros. Les oeuvres sur papier, que l'on trouve à partir de 5 000 euros, bénéficient d'un regain d'intérêt. " Les deux dernières années, les prix ont doublé ou triplé, observe le marchand Michel Zlotowski. Une gouache qui valait 15 000 euros vaut bien 40 000 euros aujourd'hui. "

Lors d'une exposition organisée en novembre dernier, la galerie Le Minotaure proposait pour sa part une grande aquarelle pour 190 000 euros. Celle-ci avait été vendue 21 000 dollars en 1995. La galerie Berès affiche pour 70 000 euros un pastel de 1911-1913, date à laquelle Kupka tourna le dos à la figuration. Les couleurs rayonnent dans toutes les directions, en préfiguration de ses compositions ultérieures.

 

Roxana Azimi

 

Au temps des cubistes,

jusqu'au 31 janvier, Galerie Anisabelle Berès, 25 quai Voltaire, Paris-7e, tél. : 01-42-61-27-91

Galerie Le Minotaure, 2 rue des Beaux-Arts, Paris-6e, tél. : 01-43-54-62-93.

 

 

© Le Monde 17 décembre 2006