Dix ans après
sa disparition, Yvon Jean-François,
le peintre est toujours parmi nous
par l’intensité de la vie qui émane
de ses œuvres. Par la couleur ou le
crayon noir, dans la racine de
fougère ou la pierre ponce, et par
l’intermédiaire de l’âme du bois, il
nous a laissé un merveilleux sens de
la vie et du plaisir de vivre. Et
comment ne pas le rejoindre quand
l’amour de la femme semble avoir
guidé sa main dans le dessin et la
sculpture faisant de chaque
représentation du corps féminin un
chant d’allégresse, voire un
cantique ? C’est à chaque fois un
hommage à celle qui nous met au
monde en raison de la beauté que
nous admirons et désirons forcément
depuis l’aube de l’humanité.
Une forte sensualité, mystérieuse,
quant à son origine, enrobe chaque
création et renforce l’harmonie des
formes sur les silhouettes qui
ondulent ou somnolent au cœur des
toiles ou des dessins. Soit elles
offrent leurs courbes sous de
légères étoffes, soit elles sont
nues laissant apparaître l’harmonie
de poitrines modestes ou de fessiers
musclés. Et le sein, toujours, jette
son galbe impertinent sur l’œil du
spectateur qui ne peut que se sentir
proche du joli modèle exposé. Il y a
là un érotisme discret qui fait de
toute l’œuvre un quotidien d’amour
et de partage.
Jeunes ou plus
mûres, les créatures représentées
ont toujours dans les yeux la douce
lumière du charme éternel de l’être
qui plaît. Debout, allongées ou
assises, elles offrent des nudités
découvertes ou des appas discrets
dans la belle impudeur de la beauté
révélée, et la main du peintre
révèle sa complicité avec le modèle
aussi charmant que généreux. Et
parfois, l’artiste décompose la
structure d’ensemble de la
silhouette et met en évidence les
avantages de la femme, ce qui donne
une attractive composition où
l’esthétique des traits flotte sur
la géométrique structuration des
membres et des rondeurs. Par
ailleurs, usant de la couleur, il
fond le modèle dans un
épanouissement végétal comme si le
corporel était en osmose avec un
fond floral. Et lorsqu’il s’agit
d’un groupe de travailleuses, comme
des lavandières dans la rivière,
l’esthétique accompagne le labeur et
chaque ouvrière se mue en reine de
beauté notable par ses membres
charnus et ses poses délicieuses.
Sous le nom de
JYF, Yvon avait retourné ses
initiales en se créant un pseudonyme
lisible et sonore qui accompagna ses
créations comme un symbole
kabbalistique mystérieusement dense.
Parfois, la femme avait laissé place
à une boule de lignes à la manière
d’une pelote d’ellipses comme si les
courbes avaient abandonné la chair
pour se rassembler en se lovant dans
un cadre de couleurs. Yvon savait
conserver la sveltesse des
silhouettes et l’érotisme des
courbes tout au long de ses
créations. En effet, les croupes et
les seins gardent une autonomie
voire une indépendance, qui leur
permet de s’échapper des corps
jusqu’à rejoindre le cadre lumineux
d’un tableau artistiquement
géométrique. Et c’est en fonction de
ces audaces que l’artiste Yvon a
toujours su insuffler un parfum
d’éternité à ses tableaux et à ses
dessins où la vie sourd, germe,
éclate dans les postures humaines et
les regards profonds.
Pierre PINALIE