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ARTS

Gupta, l'âge d'or de l'Inde

Le Grand Palais accueille les sculptures créées au nord du pays à partir du IVe siècle

Provenant de Katra-Keshavadeva, à Mathura, dans l'Uttar Pradesh, cette effigie fragmentée en grès rouge du dieu Vichnou - aux membres inférieurs et aux quatres avant-bras manquants - date du milieu du V - sup - e - /sup - siècle. 109 × 67 × 22 cm. NATIONAL MUSEUM, NEW DEHI. ADITYA ARYA

Les expositions liées aux civilisations de l'Inde sont rares à Paris. Cela fait plus de vingt ans que le Grand Palais n'avait ouvert ses portes à l'art indien. Raison de plus pour y courir et découvrir, grâce aux prêts de dix-sept musées du sous-continent, l'art de l'empire Gupta, qui s'est développé, à partir du IVe siècle, dans le nord de l'Inde. On pourra y admirer la sérénité, la grâce et la retenue de ces sculptures de grès rose ou gris, presque toutes d'inspiration religieuse, notamment bouddhiste.

Amina Okada, l'une des commissaires de la manifestation, y voit " une esthétique de la perfection ". On peut aussi y détecter, dans cette exposition réussie, un art plus intellectuel qu'émotionnel. Comme en témoignent les diverses effigies du Bouddha rassemblées dès les premières salles du Grand Palais, avec leurs visages idéaux et presque abstraits à force de paupières toujours baissées, de sourires irrépressibles, de corps désincarnés au sexe à peine marqué. On est loin ici de la surabondance baroque, des visages qui se perdent dans les pendants d'oreilles, les bijoux et les turbans, bref du décor envahissant qui est, pour beaucoup, la marque de l'Inde.

Le torse du dieu Vichnou, venu de Mathura, est bien orné d'une riche parure. Mais c'est pour mieux souligner la simplicité du corps idéalisé et le minimalisme de son vêtement. Même la sensualité légendaire des divinités féminines semble contrôlée. Les sculpteurs se sont ingéniés - avec succès - à ne traduire que la maîtrise de soi, l'intériorité et l'élévation de l'âme. Au prix, semble-t-il, d'une sorte d'effacement de leur personnalité.

C'est dans les sculptures de terre cuite - art mineur - qui ornaient les temples que les artistes expriment, parfois non sans maladresses, la fraîcheur et la spontanéité de leur inspiration. C'est le cas d'un modeste médaillon où un buste féminin à l'expression goguenarde surgit de l'encadrement d'un ovale, de l'effigie de cet ascète avec ses bras squelettiques et son torse décharné ou de ce personnage qui se tranche la gorge d'un coup de sabre. " Ici, remarque Thierry Zéphir, l'un des commissaires de l'exposition, il s'agit d'un art du modelage où l'artiste est directement confronté à la matière sans l'intermédiaire du ciseau ou du marteau. "

Si l'absence des peintures dans l'exposition, palliée par quelques photos des fresques d'Ajanta, est aisément explicable - il est impossible de les déplacer -, la rareté des bronzes a été critiquée. " Nous nous sommes adressés exclusivement à nos partenaires indiens, explique Thierry Zéphir. Or les plus beaux bronzes de l'ère Gupta sont dans les grands musées occidentaux. En revanche, nous avons bénéficié de prêts de chefs-d'oeuvre que l'on ne voit jamais et qui sont représentatifs de cette période, âge d'or de l'Inde classique. "

L'empire Gupta s'est développé dans l'Inde du Nord, autour de Magadha, à partir du IVe siècle. Ses deux principaux souverains, Samudragupta (vers 335-375) et Chandragupta II (vers 375-415), portèrent l'empire à son zénith, de l'embouchure du Gange à celle de l'Indus. Sous leurs règnes, une brillante civilisation vit le jour, dans le domaine littéraire comme dans celui des arts plastiques, rayonnant encore dans la périphérie du royaume longtemps après la chute de l'empire, au VIe siècle, provoquée par l'invasion des Huns Héphtalites. " Les canons de l'art Gupta vont perdurer dans l'Inde du Nord jusqu'au XIIe siècle, précise Thierry Zéphir. Même quand, à partir du VIIIe siècle, on assiste à une renaissance du brahmanisme, qui élimine progressivement le bouddhisme de l'Inde. "

Emmanuel de Roux

L'empire des Gupta.

Galeries nationales du Grand Palais, place Clemenceau, Paris-8e. Du mercredi au lundi, de 10 heures à 20 heures (le mercredi jusqu'à 22 heures). Jusqu'au 25 juin. De 8 ¤ à 10 ¤. Catalogue, RMN éd., 320 p., 49 ¤. Album, RMN éd., 64 p., 8 ¤.

 

© Le Monde 23/04/07