Les expositions liées aux
civilisations de l'Inde sont
rares à Paris. Cela fait plus de
vingt ans que le Grand Palais
n'avait ouvert ses portes à
l'art indien. Raison de plus
pour y courir et découvrir,
grâce aux prêts de dix-sept
musées du sous-continent, l'art
de l'empire Gupta, qui s'est
développé, à partir du IVe
siècle, dans le nord de l'Inde.
On pourra y admirer la sérénité,
la grâce et la retenue de ces
sculptures de grès rose ou gris,
presque toutes d'inspiration
religieuse, notamment
bouddhiste.
Amina Okada, l'une des
commissaires de la
manifestation, y voit " une
esthétique de la perfection ".
On peut aussi y détecter, dans
cette exposition réussie, un art
plus intellectuel qu'émotionnel.
Comme en témoignent les diverses
effigies du Bouddha rassemblées
dès les premières salles du
Grand Palais, avec leurs visages
idéaux et presque abstraits à
force de paupières toujours
baissées, de sourires
irrépressibles, de corps
désincarnés au sexe à peine
marqué. On est loin ici de la
surabondance baroque, des
visages qui se perdent dans les
pendants d'oreilles, les bijoux
et les turbans, bref du décor
envahissant qui est, pour
beaucoup, la marque de l'Inde.
Le torse du dieu Vichnou,
venu de Mathura, est bien orné
d'une riche parure. Mais c'est
pour mieux souligner la
simplicité du corps idéalisé et
le minimalisme de son vêtement.
Même la sensualité légendaire
des divinités féminines semble
contrôlée. Les sculpteurs se
sont ingéniés - avec succès - à
ne traduire que la maîtrise de
soi, l'intériorité et
l'élévation de l'âme. Au prix,
semble-t-il, d'une sorte
d'effacement de leur
personnalité.
C'est dans les sculptures de
terre cuite - art mineur - qui
ornaient les temples que les
artistes expriment, parfois non
sans maladresses, la fraîcheur
et la spontanéité de leur
inspiration. C'est le cas d'un
modeste médaillon où un buste
féminin à l'expression
goguenarde surgit de
l'encadrement d'un ovale, de
l'effigie de cet ascète avec ses
bras squelettiques et son torse
décharné ou de ce personnage qui
se tranche la gorge d'un coup de
sabre. " Ici, remarque
Thierry Zéphir, l'un des
commissaires de l'exposition,
il s'agit d'un art du modelage
où l'artiste est directement
confronté à la matière sans
l'intermédiaire du ciseau ou du
marteau. "
Si l'absence des peintures
dans l'exposition, palliée par
quelques photos des fresques
d'Ajanta, est aisément
explicable - il est impossible
de les déplacer -, la rareté des
bronzes a été critiquée. "
Nous nous sommes adressés
exclusivement à nos partenaires
indiens, explique Thierry
Zéphir. Or les plus beaux
bronzes de l'ère Gupta sont dans
les grands musées occidentaux.
En revanche, nous avons
bénéficié de prêts de
chefs-d'oeuvre que l'on ne voit
jamais et qui sont
représentatifs de cette période,
âge d'or de l'Inde classique. "
L'empire Gupta s'est
développé dans l'Inde du Nord,
autour de Magadha, à partir du
IVe siècle. Ses deux principaux
souverains, Samudragupta (vers
335-375) et Chandragupta II
(vers 375-415), portèrent
l'empire à son zénith, de
l'embouchure du Gange à celle de
l'Indus. Sous leurs règnes, une
brillante civilisation vit le
jour, dans le domaine littéraire
comme dans celui des arts
plastiques, rayonnant encore
dans la périphérie du royaume
longtemps après la chute de
l'empire, au VIe siècle,
provoquée par l'invasion des
Huns Héphtalites. " Les
canons de l'art Gupta vont
perdurer dans l'Inde du Nord
jusqu'au XIIe siècle,
précise Thierry Zéphir. Même
quand, à partir du VIIIe siècle,
on assiste à une renaissance du
brahmanisme, qui élimine
progressivement le bouddhisme de
l'Inde. "
Emmanuel de Roux
L'empire des Gupta.
Galeries nationales du Grand
Palais, place Clemenceau,
Paris-8e. Du mercredi au lundi,
de 10 heures à 20 heures (le
mercredi jusqu'à 22 heures).
Jusqu'au 25 juin. De 8 ¤ à 10 ¤.
Catalogue, RMN éd., 320 p., 49
¤. Album, RMN éd., 64 p., 8 ¤.