C'était cet
été... à Sète. Venus du monde
entier, des poseurs de couleurs
à la bombe ont mis en relief, en
pleins et en déliés, leur
virtuosité de graffeurs sur
toutes les surfaces disponibles
du Miam. Et ils sont hauts (10
mètres) et ils sont grands
(jusqu'à 30 mètres de longueur),
les murs du musée international
des Arts modestes, terre
d'accueil pour tous les artistes
qui tracent leur voie à la marge
des courants traditionnels. Ce
lieu alternatif est, lui, tout
sauf à l'écart de la cité
maritime, qui frissonne sous le
vent des canaux, unit
Méditerranée et étang de Thau,
résonne des vers de Paul
Valéry... et des refrains
inusables de Georges Brassens,
enfant chéri du pays dont
l'effigie fait partie intégrante
du paysage local. Il est
d'autant plus insolite de
tourner le dos au bucolique
tableau des bateaux amarrés le
long du canal Royal, le temps
d'une plongée dans l'univers à
la fois sombre et chamarré de
ces street artists
venus, à leur manière, célébrer
dans l'Hérault les 30 ans d'un
mouvement né à New York sous
l'aérosol d'un jeune coursier.
Depuis, bien des jets de
peinture ont coulé sur des
façades, des trottoirs, des
palissades, des flancs de rames
de métro et de train, de part et
d'autre de l'Atlantique.
Cette expo
spectaculaire ne prétend pas
résumer une épopée taguée
d'imagination, éclaboussée de
culot et de talents, tachée
aussi par le vandalisme et la
répression. Deux vidéos (dont un
excellent Tracks,
l'émission d'Arte) redessinent
ce passé mouvementé, présentent
les familles du graffiti,
désormais mondialisé. A nous
ensuite la liberté de rechercher
dans la prolifération de formes,
de lignes, de symboles, de
motifs schématiques ou de
figures expressionnistes qui
nous cernent, les liens entre
ces mouvements tous nés de la
fièvre urbaine. Quand on se
résigne à quitter cette
graphique et hypnotique
dimension, la douceur de l'air,
la lumière de Sète, ses bleus et
ses beiges dorés offrent en
contraste un apaisant fondu
enchaîné. Ultime gerbe de
couleur 100 % naturelle à ne pas
louper : un coucher de soleil
depuis le belvédère du mont
Saint-Clair, balade qui promet,
en trente minutes à pied depuis
le centre-ville et à travers les
vieux quartiers, une autre forme
d'éblouissement.