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La France prête au Bénin des
trophées de la colonisation

Le roi
Béhanzin, exilé à la Martinique,
entouré de sa famille et de sa
suite. La photographie,
retraitée en gravure, a été
publiée par
L’Illustration
dans son numéro du 12 mai 1894.
En dépit de ses multiples
demandes, le souverain ne
reverra jamais son pays.
COLLECTION HISTOIRE MUSÉE DU
QUAI BRANLY/COUSIN
Le 17 novembre 1892, le général
Dodds entre à Abomey, capitale du
royaume de Dan-Homey, à la tête
d'une colonne des troupes coloniales
françaises. Le roi Béhanzin
(1844-1906), qui lutte contre les
envahisseurs, a fui en incendiant
son palais. Après quatorze mois de
guérilla, il se rendra à Dodds. Ce
dernier, qui a retrouvé le trône du
souverain intact, l'envoie en
France, où il figurera, parmi
d'autres "trophées", au Musée
d'ethnographie du Trocadéro.
Le Musée du quai Branly en a hérité
via le Musée de l'homme.
Cette pièce symbolique est
aujourd'hui au coeur de l'exposition
organisée par la Fondation Zinsou, à
Cotonou, principale ville de la
République du Bénin (ex-Dahomey),
qui célèbre le centenaire de la mort
de Béhanzin, devenu héros national.
Azouz Begag, ministre français
délégué à la promotion des chances,
représentant l'ancienne puissance
coloniale, a fait le voyage pour
l'occasion.
Le Musée du quai Branly a prêté pour
l'occasion une trentaine de pièces
qui toutes ont un rapport avec le
souverain, exilé à la Martinique
puis à Alger, où il mourra.
L'exposition est d'abord historique,
avec force documents (lettres,
journaux illustrés, photographies)
racontant la lutte du roi contre les
Français.
Dans une lettre adressée à Dodds,
Béhanzin, habile négociateur avec
les colonisateurs, reste néanmoins
ferme sur ses positions : il est
maître chez lui et a le droit de
faire la guerre aux autres nations
africaines. Hélas, ces dernières
sont souvent les alliées de la
France, qui prendra ce prétexte pour
intervenir.
Les objets exposés témoignent
allusivement de la vie quotidienne
du souverain et de l'organisation de
son Etat. Les récades, sorte de
bâtons de commandement ornés de
symboles, étaient portées par les
dignitaires (et le roi lui-même).
Les sabres, les talismans et les
figures d'Amazones rappellent
l'existence de cet important corps
d'élite féminin au sein des troupes
de Béhanzin. Un très bel asen,
autel portatif métallique, est
surmonté d'une panthère, ancêtre
mythique de la famille royale
d'Abomey.
A LA FOIS RÉBUS ET TABLEAU
On peut aussi envisager ces mêmes
objets sous un angle esthétique. Les
portes du tombeau du roi Glélé, père
de Béhanzin, ont été réalisées par
un sculpteur, Sosa Adede, dont le
nom est parvenu jusqu'à nous. Les
motifs polychromes en bois découpés
- armoiries des ancêtres du roi -
sont fixés à la porte par des clous.
Cette technique sera reprise avec
d'autres matériaux sur d'autres
supports.
On peut voir, à la Fondation Zinsou,
une immense et magnifique tenture
conçue sur le même principe des
pièces rapportées, à la fois rébus
et tableau commémoratif au service
de la lignée royale. Certains de ces
symboles ont été repris par le
peintre Cyprien Tokoudagba (né en
1939), dont les toiles à l'acrylique
ponctuent judicieusement
l'exposition.
Le peintre béninois - repéré en
France dès 1989, à l'occasion de la
manifestation des "Magiciens de la
terre" au Centre Pompidou - avait
déjà fait l'objet d'une exposition à
la Fondation Zinsou. Cette jeune
institution est présidée par une
Franco-Béninoise tout aussi jeune,
Marie-Cécile Zinsou (24 ans), qui a
ouvert cet espace au coeur de
Cotonou, puisque dans ce pays,
précise-t-elle, "on manque
cruellement de moyens pour accéder à
la culture, qu'elle soit historique
ou contemporaine". 250 000
personnes sont déjà venues voir les
rétrospectives consacrées à Cyprien
Tokoudagba et à Romuald Hazoumé,
autre star montante de l'art
africain qui vient d'avoir les
honneurs du Quai Branly (le Monde
du 21 septembre).
Les raisons du succès de la
Fondation ? "Son entrée est
gratuite et les salles sont
climatisées", répond avec humour
Marie-Cécile Zinsou, qui sollicite
particulièrement les milieux
scolaires et prépare des expositions
itinérantes à travers les
principales villes du Bénin. Elle a
également édité en CD une version
rap de l'histoire du roi Béhanzin,
avec le groupe Ardiess Posse.
L'exposition a coûté 250 000 euros,
dont 70 000 euros ont été couverts
par le mécénat. Pour sa part, le
Quai Branly a fait don des grandes
bâches photographiques qui ornent la
cour du palais de Béhanzin que l'on
peut visiter à Abomey, à 150
kilomètres de Cotonou.
Emmanuel de
Roux
Article paru dans
l'édition du 24.12.06. du journal Le
Monde
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