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La fièvre du luxe transforme la FIAC en un étonnant palais des splendeurs

 

 

 
 

 

C'est trop bien pour une foire !", entendit naguère le marchand d'art Ernst Beyeler qui avait accroché un Rothko d'exception à Bâle. Les oeuvres majeures n'ont en effet que rarement besoin de ce genre de manifestation pour se vendre.

 

C'est pourtant ce qu'il advient aujourd'hui à la 36e FIAC, qui s'est ouverte le 22 octobre. Au centre du Grand Palais, plusieurs grands marchands étrangers et français se sont réunis pour composer un pavillon des splendeurs. Il s'ouvre sur un Brancusi historique. Suivent trois Picasso de premier ordre, un Beckmann exceptionnel, deux Calder inouïs, un Mondrian parfait, deux Léger inoubliables et, quand on en vient à manquer d'adjectifs, voici que se présentent trois Bacon à tomber à genoux.

 

Autant de chefs-d'oeuvre, autant de maîtres de l'art moderne - pas de l'art vivant. La répartition entre Grand Palais et Cour du Louvre est de plus en plus nette : au Grand Palais, les morts illustres - ou un peu moins illustres - et les vivants célèbres et chers, de Bourgeois à Koons en passant par Twombly, Soulages, Hockney et Baselitz.

 

Du lourd : beaucoup de pièces de grand format aux signatures renommées ou à la mode. Les galeries allemandes sont venues avec Kirchner et Grosz, les Américaines avec Warhol, Sherman, les Italiennes avec De Chirico et Fontana. On dirait qu'elles veulent se rassurer en exhibant les joyaux de la couronne : "Voyez nos stocks ! Voyez nos richesses !"

Il y a longtemps que la FIAC n'avait plus offert tant de qualité en telle quantité. Que ces oeuvres se vendent, c'est une autre histoire. Le plus petit Bacon, un portrait, n'est ainsi officiellement pas à vendre. Mais sur une base de 20 millions de dollars, son propriétaire, William Acquavella, est prêt à discuter.

Prises par cette fièvre de luxe, les galeries font, pour la plupart, des efforts remarquables de présentation. Mention spéciale à Simon Lee, de Londres, dont l'accrochage exemplaire réussirait presque à nous faire aimer le travail de George Condo. Thaddaeus Ropac, Emmanuel Perrotin, Yvon Lambert, Kamel Mennour, Annely Juda, de Noirmont : autant d'adresses très chics pour une foire très chère. Pour les exposants d'abord : la FIAC est la plus coûteuse des foires du monde. Pour les visiteurs ensuite : 28 euros l'entrée. Manants passez votre chemin...

Pour ce prix, et après avoir traversé - gratuitement - le jardin des Tuileries, parsemé de sculptures et d'installations plus ou moins convaincantes, l'amateur a cependant aussi droit à un bain de jouvence à la Cour du Louvre où sont concentrés les galeries et les artistes dits émergents.

Surprise et découverte

Ici, les prix s'énoncent en milliers ou dizaines de milliers d'euros, pas en millions. Ici, les mots "surprise" et "découverte" ont encore un sens. C'est grâce aux entraves de porcelaine de Rachel Labastie et au Baiser de Zoulikha Bouabdellah à La B.A.N.K., grâce aux drôles de débris misérables et luxueux à la fois de Susan Collis chez Jacques Elbaz, à la molaire en opale de Julien Discrit chez Martine Aboucaya, et, surtout, aux sculptures et sérigraphies sur miroir de Pascal Convert montrées par Eric Dupont.

Parmi ces galeristes, 14 ont bénéficié d'une aide des Galeries Lafayette, dont l'héritier, Guillaume Houzé, promeut depuis quelques années l'art contemporain, jusqu'à organiser des expositions très pointues dans son magasin. Il cofinance les stands, à hauteur de 4 000 à 6 000 euros chaque, et un jury désigne un lauréat.

L'Américaine Carol Bove, présentée par la galerie londonienne Hotel, bénéficiera ainsi de l'achat de son oeuvre, et de la production d'une exposition au Palais de Tokyo.


FIAC, Grand Palais, avenue Winston-Churchill, Paris-8e. M° Champs-Elysées- Clemenceau. Ouvert de 12 heures à 20 heures. Cour Carrée du Louvre, rue de Rivoli, Paris-1er. M° Palais-Royal. Ouvert de 13 heures à 21 heures. Entrée 28 €. Jusqu'au 25 octobre.


 

Harry Bellet et Philippe Dagen

Article paru dans l'édition du 23.10.09 Le Monde