Femmes
indiennes, l'horreur et la
dignité
Fazal
Sheikh, lauréat du prix
Cartier-Bresson, livre
un travail empreint
d'humanisme
Dans les milieux les plus
défavorisés en Inde, on
entend souvent dire :"
Elever une fille, c'est
comme arroser le jardin du
voisin. " On conseille
souvent aux femmes d'avorter
si elles attendent une
fille, synonyme de dot à
payer. Photographe américain
d'origine indo-pakistanaise,
Fazal Sheikh a remporté le
Prix Henri-Cartier-Bresson
2005. Et il a profité de sa
dotation de 30 000 euros
pour poursuivre son travail
sur la situation dramatique
dans laquelle vivent
certaines femmes du
sous-continent.
Pour ce faire, il est
d'abord allé à Vrindavan,
une ville sainte du nord du
pays où se réfugient les
veuves rejetées par leur
(belle)-famille. Il s'est
ensuite rendu dans des
foyers et des orphelinats
des grandes villes, afin de
mieux comprendre leurs
souffrances. Il a interrogé
des mères et des petites
filles sur leur situation,
avant de les photographier.
Ces deux séries font
aujourd'hui l'objet d'une
percutante exposition
présentée à la Fondation
Henri-Cartier-Bresson, à
Paris.
Par leur style très
classique les paysages et
les portraits en noir et
blanc, racés, empreints de
dignité, de Fazal Sheikh
tranchent avec la production
actuelle. Ce n'est pas pour
autant un travail passéiste
ou daté. Au contraire. Cette
oeuvre, très originale,
régénère la photographie
humaniste. A commencer par
le choix du sujet,
diablement d'actualité.
Fazal Sheikh a également
opté pour un travail de
longue haleine. Il a pris le
temps de rencontrer les
femmes de Vrindavan ou les
mères et les gamines des
foyers. Et d'interroger
longuement chacune d'entre
elles, avant de consigner
scrupuleusement leur
réponse.
Ses tirages puisent enfin
leur force du dispositif
choisi pour leur
présentation. Chaque
portrait est accompagné du
témoignage complet de la
personne photographiée. Et
cette confrontation entre la
beauté de l'image et
l'horreur du récit provoque
un véritable choc. Les
paysages apaisés et les
photos d'animaux parfois
facétieux saisis dans la
ville sainte sont ici
présentés par blocs
intercalés avec les
portraits. Tous attestent de
la sérénité impossible à
laquelle aspirent ces
femmes, hantées à jamais par
les horreurs qu'elles ont
subies.
Hélène Simon
" Moksha " et " Ladli ",
de Fazal Sheikh,Prix HCB
2005. Fondation
Henri-Cartier-Bresson, 2,
impasse Lebouis, Paris-14e.
Tél. : 01-56-80-27-00. M°
Gaîté. Ouvert du mardi au
dimanche, de 13 heures à 18
h 30, le samedi de 11 heures
à 18 h 45. Nocturne le
mercredi jusqu'à 20 h 30.
Jusqu'au 26 août. Catalogues
: Moksha, version anglaise
avec livret français,
éditions Steidl, 280 p., 75
€ Ladli, Steidl, 192 p., 25
€