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Arts La saison des grandes ventes aux enchères débute à New York le 6 novembre

En dépit du climat économique, les prix de l'art risquent d'exploser

" Te Poipoi " (1892), de Gauguin, est estimé de 40 millions à 60 millions de dollars. SOTHEBY'S

 

Toujours plus haut ? Alors que le risque de récession économique se précise aux Etats-Unis, la saison des ventes aux enchères débute à New York le mardi 6 novembre. Durant deux semaines, plusieurs centaines d'oeuvres d'art impressionnistes, modernes et contemporaines vont changer de mains.

En 2006, tous les records avaient été pulvérisés : avec plus de 1,3 milliard de dollars (1,042 milliard d'euros à l'époque), le chiffre d'affaire réalisé par Christie's, Sotheby's et Phillips équivalait approximativement à 253 ans du budget d'acquisition du Centre Pompidou. Interrogé alors par l'AFP, l'universitaire Michael Moses, auteur de l'index annuel Mei-Moses des prix de l'art, estimait que les prix pouvaient encore monter. " Il y a une excitation, mais rien à voir avec la flambée des années 1985. Il y a encore un potentiel de hausse ", avait-il déclaré, ajoutant : " L'art a toujours été cher mais aujourd'hui les grandes fortunes sont vraiment immenses. "

Sotheby's estime le stock de tableaux qu'elle va écouler ces deux prochaines semaines entre 717 millions de dollars (495 millions d'euros) et 978 millions de dollars (675 millions d'euros). Pour Christie's, la fourchette est comprise entre 780 millions et 1 milliard de dollars : le record de 2006 pourrait être presque doublé ! Cependant, les ventes de Londres (Le Monde du 15 octobre) ont montré que, si les secteurs les plus spéculatifs, comme l'art contemporain chinois, avaient toujours le vent en poupe, les acheteurs hésitent plus.

Conscientes de ce problème, les maisons de vente ont déniché pour New York des pièces rares, désirables, et très, très chères. Ainsi ce Gauguin, Te Poipoi (Le Matin), proposé le 7 novembre par Sotheby's, parmi 76 autres oeuvres, est estimé entre 40 millions et 60 millions de dollars. Certes, il n'est pas passé sur le marché depuis son acquisition en 1945 par l'Américaine Joan Whitney Payson.

 

L'UN DES DERNIERS VAN GOGH

 

Rares aussi, les deux Picasso proposés lors de la même vacation : une grande tête de Dora Maar en bronze, datée de 1941, dont on espère entre 20 millions et 30 millions de dollars, et un tableau, La Lampe, peint en 1931, qui proviendrait directement de la famille de l'artiste, estimée de 25 à 35 millions de dollars. Rare enfin ce paysage, considéré comme un des derniers peints par Van Gogh avant son suicide à Auvers-sur-Oise, qui était jusqu'à présent prêté par son propriétaire au Musée Van Gogh d'Amsterdam. Qui, s'il entend le conserver, devra débourser entre 28 millions et 35 millions de dollars.

Le 6 novembre, chez Christie's, 94 oeuvres passent sous le marteau, dont quatre regroupées en un lot : Les Quatre Saisons, de Camille Pissarro, reviennent sur le marché. Les toiles avaient été acquises pour 8 millions de dollars en 2004. Le vendeur en espère cette fois-ci de 12 millions à 18 millions de dollars. Vous voulez un Matisse ? L'Odalisque de 1937 vous coûtera entre 15 millions et 20 millions de dollars. Dans la même fourchette, vous pouvez vous offrir un jardinier, Le Père Vallier, aquarellé par Cézanne.

Les ventes d'art contemporain sont du même tonneau. Elles débuteront le 12 novembre avec la dispersion par Christie's de la collection du marchand Allan Stone (1932-2006), un " honnête homme ", au sens où on l'entendait autrefois dans la vieille Europe, une espèce bien plus nombreuse qu'il n'y paraît dans le Manhattan des années 1960.

Un sale gosse qui n'hésitait pas à braver les goûts de son papa : le sien fut très désappointé quand son fils revint avec un dessin de Willem De Kooning. Il collectionnait aussi bien les enseignes de tabacs typiquement américaines que la statuaire africaine, les meubles de Gaudi, les tableaux de De Kooning et les sculptures de Chamberlain. Mort le 15 décembre 2006, il fut la providence des jeunes artistes (de Richard Estes à Wayne Thiebaud, en passant par Eva Hesse), pendant près d'un demi-siècle. Son défunt père serait surpris d'apprendre que la collection du gamin est aujourd'hui estimée entre 39 et 54 millions de dollars.

C'est, grosso modo, la somme qu'espère Sotheby's le surlendemain pour deux tableaux seulement. Deux Francis Bacon, il est vrai, dont un consacré à une scène de corrida. Celui-là seul pourrait dépasser 35 millions de dollars. L'autre, un autoportrait, est estimé à 15 millions.

Enfin, parmi les trophées, c'est-à-dire ces oeuvres immédiatement reconnaissables dans votre salon par vos invités, les Jeff Koons sont un " must ". Ils seront surtout le véritable test : si quelqu'un s'avère capable de payer les 12 millions de dollars espérés par Christie's pour un Diamond Ring, une sculpture certes belle et gigantesque, mais qui coûtait quatre fois moins il y a deux ans à peine, ce sera la preuve que ce marché est décidément increvable.

Harry Bellet

© Le Monde 06-XI-07