Toujours plus haut ? Alors
que le risque de récession
économique se précise aux
Etats-Unis, la saison des
ventes aux enchères débute à
New York le mardi 6
novembre. Durant deux
semaines, plusieurs
centaines d'oeuvres d'art
impressionnistes, modernes
et contemporaines vont
changer de mains.
En 2006, tous les records
avaient été pulvérisés :
avec plus de 1,3 milliard de
dollars (1,042 milliard
d'euros à l'époque), le
chiffre d'affaire réalisé
par Christie's, Sotheby's et
Phillips équivalait
approximativement à 253 ans
du budget d'acquisition du
Centre Pompidou. Interrogé
alors par l'AFP,
l'universitaire Michael
Moses, auteur de l'index
annuel Mei-Moses des
prix de l'art, estimait que
les prix pouvaient encore
monter. " Il y a une
excitation, mais rien à voir
avec la flambée des années
1985. Il y a encore un
potentiel de hausse ",
avait-il déclaré, ajoutant :
" L'art a toujours été
cher mais aujourd'hui les
grandes fortunes sont
vraiment immenses. "
Sotheby's estime le stock
de tableaux qu'elle va
écouler ces deux prochaines
semaines entre 717 millions
de dollars (495 millions
d'euros) et 978 millions de
dollars (675 millions
d'euros). Pour Christie's,
la fourchette est comprise
entre 780 millions et 1
milliard de dollars : le
record de 2006 pourrait être
presque doublé ! Cependant,
les ventes de Londres (Le
Monde du 15 octobre) ont
montré que, si les secteurs
les plus spéculatifs, comme
l'art contemporain chinois,
avaient toujours le vent en
poupe, les acheteurs
hésitent plus.
Conscientes de ce
problème, les maisons de
vente ont déniché pour New
York des pièces rares,
désirables, et très, très
chères. Ainsi ce Gauguin,
Te Poipoi (Le Matin),
proposé le 7 novembre par
Sotheby's, parmi 76 autres
oeuvres, est estimé entre 40
millions et 60 millions de
dollars. Certes, il n'est
pas passé sur le marché
depuis son acquisition en
1945 par l'Américaine Joan
Whitney Payson.
L'UN DES DERNIERS VAN
GOGH
Rares aussi, les deux
Picasso proposés lors de la
même vacation : une grande
tête de Dora Maar en bronze,
datée de 1941, dont on
espère entre 20 millions et
30 millions de dollars, et
un tableau, La Lampe,
peint en 1931, qui
proviendrait directement de
la famille de l'artiste,
estimée de 25 à 35 millions
de dollars. Rare enfin ce
paysage, considéré comme un
des derniers peints par Van
Gogh avant son suicide à
Auvers-sur-Oise, qui était
jusqu'à présent prêté par
son propriétaire au Musée
Van Gogh d'Amsterdam. Qui,
s'il entend le conserver,
devra débourser entre 28
millions et 35 millions de
dollars.
Le 6 novembre, chez
Christie's, 94 oeuvres
passent sous le marteau,
dont quatre regroupées en un
lot : Les Quatre Saisons,
de Camille Pissarro,
reviennent sur le marché.
Les toiles avaient été
acquises pour 8 millions de
dollars en 2004. Le vendeur
en espère cette fois-ci de
12 millions à 18 millions de
dollars. Vous voulez un
Matisse ? L'Odalisque
de 1937 vous coûtera entre
15 millions et 20 millions
de dollars. Dans la même
fourchette, vous pouvez vous
offrir un jardinier, Le
Père Vallier, aquarellé
par Cézanne.
Les ventes d'art
contemporain sont du même
tonneau. Elles débuteront le
12 novembre avec la
dispersion par Christie's de
la collection du marchand
Allan Stone (1932-2006), un
" honnête homme ", au
sens où on l'entendait
autrefois dans la vieille
Europe, une espèce bien plus
nombreuse qu'il n'y paraît
dans le Manhattan des années
1960.
Un sale gosse qui
n'hésitait pas à braver les
goûts de son papa : le sien
fut très désappointé quand
son fils revint avec un
dessin de Willem De Kooning.
Il collectionnait aussi bien
les enseignes de tabacs
typiquement américaines que
la statuaire africaine, les
meubles de Gaudi, les
tableaux de De Kooning et
les sculptures de
Chamberlain. Mort le 15
décembre 2006, il fut la
providence des jeunes
artistes (de Richard Estes à
Wayne Thiebaud, en passant
par Eva Hesse), pendant près
d'un demi-siècle. Son défunt
père serait surpris
d'apprendre que la
collection du gamin est
aujourd'hui estimée entre 39
et 54 millions de dollars.
C'est, grosso modo, la
somme qu'espère Sotheby's le
surlendemain pour deux
tableaux seulement. Deux
Francis Bacon, il est vrai,
dont un consacré à une scène
de corrida. Celui-là seul
pourrait dépasser 35
millions de dollars.
L'autre, un autoportrait,
est estimé à 15 millions.
Enfin, parmi les
trophées, c'est-à-dire ces
oeuvres immédiatement
reconnaissables dans votre
salon par vos invités, les
Jeff Koons sont un " must ".
Ils seront surtout le
véritable test : si
quelqu'un s'avère capable de
payer les 12 millions de
dollars espérés par
Christie's pour un
Diamond Ring, une
sculpture certes belle et
gigantesque, mais qui
coûtait quatre fois moins il
y a deux ans à peine, ce
sera la preuve que ce marché
est décidément increvable.
Harry Bellet