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En deux semaines, les ventes d'art moderne et contemporain ont atteint 1,3 milliard de dollars. Du jamais vu.

 

 

A New York, l'art dépasse le milliard


" Untitled XXV ", de Willem De Kooning (1977), a atteint le prix le plus haut pour une oeuvre de l'après-guerre : 27,1 millions de dollars. CHRISTIE'S/ADAGP PARIS 2006

 

Il y a des chiffres qui donnent le vertige. Ceux de la saison des ventes aux enchères d'art à New York en font partie. La première semaine, consacrée à l'art impressionniste et moderne, totalise 847,25 millions de dollars. Le total des ventes d'art contemporain, qui se tiennent cette semaine, n'est pas encore totalement connu, mais il est pour l'instant de 448,7 millions de dollars. Le cumul des deux semaines, plus de 1,3 milliard de dollars (1,042 milliard d'euros) équivaut approximativement à 253 ans du budget d'acquisition du Centre Pompidou.

Pour Christie's, c'est " un cas sans précédent dans l'histoire des ventes aux enchères ". La maison de vente de l'homme d'affaires français François Pinault (l'un des actionnaire du Monde) a décroché 491,4 millions de dollars en une seule vacation. Avec plus de 866 millions de dollars cumulés sur deux semaines, elle est le grand vainqueur de la saison.

Une des grandes gagnantes de cette saison est la dirigeante du Parti communiste britannique, Anita Halpin. Elle est la descendante d'Alfred et Tekla Hess, un couple de juifs allemands dont la collection fut saisie par la Gestapo. Son Kirchner, restitué par un musée berlinois qui le conservait depuis, a atteint 38 millions de dollars (Le Monde du 10 novembre).

Plus généralement, les tableaux volés par les nazis et rendus ensuite ont fait les plus beaux prix de ces ventes. Sotheby's et Christie's y consacrent des départements spéciaux. Celui de Sotheby's est dirigé par Lucian Simmons qui a déclaré au Telegraph de Londres estimer à plus de cent mille le nombre des oeuvres encore non réclamées, un marché qu'il évalue entre 8,4 et 25 milliards d'euros.

La restitution annoncée d'une partie de ces oeuvres promet toutefois de beaux jours pour le marché. Car les acheteurs aiment avant tout la fraîcheur. Une oeuvre trop souvent vue en vente a peu de chance d'attirer le chaland.

Certes, la galerie Acquavella a obtenu 33 millions de dollars chez Sotheby's pour un Cézanne acquis en 2000 pour 18,2 millions. Bien sûr, un portrait de Marilyn Monroe par Andy Warhol a grimpé chez Christie's à 16,2 millions de dollars. Il était pourtant passé en vente en 1998, à l'époque pour 2,7 millions, puis en mai 2001, pour 3,7 millions de dollars.

Mais d'autres oeuvres comme ce Monet acheté 16,5 millions de dollars, en 2000, et dont on espérait 20 millions, sont restées sur le carreau. Idem chez les contemporains, comme ce tableau de Lichtenstein, Head-Yellow and Black, ou Au Centre, une toile minimaliste de Brice Marden, proposés par Sotheby's et qui n'ont intéressé personne.

La maison d'enchères ayant garanti un prix minimum aux vendeurs pour un certain nombre de ces tableaux a donc perdu de l'argent. Tellement que les actions de Sotheby's ont plongé de 8 % à la Bourse de Londres, d'après le Telegraph.

A contrario, lorsque les oeuvres étaient nouvelles sur le marché, comme les vingt-sept pièces de la collection des Belges Roger et Josette Vanthournout que proposait Sotheby's, elles se sont bien vendues. Bacon a ainsi battu son record, avec 15 millions de dollars pour Version No. 2 of Lying Figure With Hypodermic Syringe, de 1968. Idem pour un Achrome peint en 1959 par Piero Manzoni qui, a 2,5 millions de dollars, a doublé son estimation haute.

Pour Christie's, à part un Picasso retiré au dernier moment, car sa propriété était contestée, c'était le nirvana. " C'était certainement la plus fantastique vente à laquelle j'ai jamais pris part ", a admis Christopher Burge, commentant la vacation impressionniste et moderne qu'il avait conduit deux heures et demie durant chez Christie's.

Celle consacrée à l'art contemporain n'a pas été en reste, décrochant le prix le plus haut jamais payé pour une oeuvre de l'après-guerre, avec 27,1 millions de dollars pour Untitled XXV, peint par De Kooning en 1977, et battant le record pour Warhol jusqu'alors détenu par Sotheby's, avec 17,3 millions de dollars versés par un collectionneur de Hongkong pour un portrait de Mao. Décidément, britannique ou chinois, le communisme est en évolution constante.

Comme les ventes elles-mêmes. A en croire l'universitaire Michael Moses, auteur de l'index annuel Mei-Moses des prix de l'art, les prix peuvent encore monter. " Il y a une excitation, mais rien à voir avec la flambée des années 1985. Il y a encore un potentiel de hausse ", a-t-il déclaré à l'AFP, en ajoutant : " L'art a toujours été cher mais aujourd'hui les grandes fortunes sont vraiment immenses. " Et précoces : le marchand Stewart Waltzer, rendant compte des ventes sur le site Artnet. com, a remarqué que l'heureux acheteur du Cape Codder Troll, une sculpture de Jeff Koons, était un bambin âgé d'une dizaine d'années. Il était assis entre la psychiatre Samantha Boardman et son mari, le magnat de l'immobilier Aby Rosen, dont on suppose qu'ils ont réglé les 352 000 dollars de la facture du petit.

Harry Bellet Le Monde 19, novembre 2006