La dissidence face à
l'oppression politique,
religieuse ou sociale est le
thème de " Dissent ! ", une
ambitieuse exposition organisée
dans la ville américaine de
Cambridge, au Musée Fogg Art, le
plus ancien d'Harvard. Les
lithographies, dessins, gravures
et affiches sélectionnés parmi
les collections de la
prestigieuse université offrent
un panorama éclectique de la
contestation, depuis le XVIe
siècle jusqu'à nos jours, de la
mise en cause du pape pendant la
Contre-Réforme à la critique des
propriétaires de voitures 4 × 4.
Dans ce musée, dont
l'architecture est la copie d'un
palais italien de la
Renaissance, sont exposés côte à
côte Goya, Warhol, Daumier,
Manet, Jasper Johns, Picasso,
Richard Serra. On y trouve aussi
les dessins d'artistes peu
connus ou anonymes.
" VERTUS DÉMOCRATIQUES "
" Nous avons voulu montrer
aux étudiants et au public
américain, qui souvent
l'ignorent, l'universalité et
l'intemporalité de la
dissidence, explique Susan
Dackerman, la commissaire de
l'exposition. C'est l'occasion
aussi de souligner qu'elle
demandait bien plus de courage à
des époques et dans des lieux où
les risques étaient autrement
plus grands qu'aujourd'hui
aux Etats-Unis. " Mme
Dackerman vante les vertus "
démocratiques " de ces
affiches et dessins " pas
chers à fabriquer, faciles à
reproduire et distribuer, à
mettre partout. Ils véhiculent
en général des idées faciles à
comprendre et à identifier ".
Ainsi le symbole de la grève
étudiante à Harvard de 1969, un
poing rouge fermé et stylisé,
s'est-il retrouvé sur les
vêtements, les tatouages, les
posters, et en " une " du
magazine Life.
L'emblème de l'exposition est
un dessin célèbre du sculpteur
américain Richard Serra. On y
voit la silhouette dessinée à
gros traits, en noir et blanc,
la tête recouverte d'une
cagoule, d'un détenu de la
prison irakienne d'Abou Ghraib.
Au-dessus, le slogan " Stop
Bush " du dessin original,
qui était placardé à New York
lors de la convention
républicaine de 2004, a été
transformé, dans la version
exposée à Boston, en " Stop
BS " (" Stop Bullshit ", "
Arrêtez cette merde ").
On voit aussi des gravures de
Goya de 1799, tirées d'une série
baptisée " Los Caprichos ", s'en
prenant à l'aristocratie et à la
religion. Un dessin allemand
anonyme de 1520 fait du pape un
loup menaçant les brebis
chrétiennes. Une lithographie de
1871 de Manet montre un peloton
fusillant des communards sur une
barricade. Picasso en 1937, dans
Mensonge et rêve de Franco,
tourne en ridicule le dictateur.
Andy Warhol, en 1972,
détourne une affiche électorale
de Richard Nixon et écrit en
dessous " Vote McGovern " (Votez
McGovern), son opposant
démocrate qui sera battu. En
1969, avec Jasper Johns, la
bannière étoilée devient orange,
verte et noire...
La contestation étudiante
semble presque avoir disparu
aujourd'hui. Seul un T-shirt
réalisé par un étudiant
d'Harvard est présenté, portant
une caricature de George Bush
avec les mots " Blame Yale "
(Blâmez Yale), l'université où
le président a fait ses études.
Pour Susan Dackerman, la
mobilisation des années 1960 sur
les campus et la dissidence
n'ont rien de comparable avec ce
qui se passe aujourd'hui. "
Mon intention, dit-elle, est
aussi de montrer aux étudiants
ce que leurs prédécesseurs ont
fait. "
Eric Leser
" Dissent ! ",
Fogg Art Museum,
32, Quincy Street, Cambridge,
Massachusetts. Tél. : (1)
617-495-9400. Jusqu'au 25
février.