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RORO KALIKO

Entre création et héritage

 



 

Figure de proue du renouveau de la musique traditionnelle, l’accordéoniste Roro Kaliko, est à la tête d’une remarquable palette de sons , où il invente et met en œuvre une résonance, un lien constant et dynamique entre passé et présent, rythmes anciens et contemporains. Pour construire cet édifice, Roro a donc puisé dans sa connaissance de la tradition et du frisson ajouté. Il parvient à faire fusionner toutes ces références dans une musique d’une cohérence formelle totale. Mais définir la diffusion de la musique traditionnelle en ces termes de « chasseurs de miel », serait une gageure. Dans cette révolution, au niveau de la physique pure, il se passe quelque chose d’éminemment émotionnelle : Une musique scintillante qui décline ses richesses dans des zones érogènes exclusivement vouées à l’art. Tout prend appui sur l’enthousiasme et la vitalité rythmique, une sorte de transe sympathique et polie dont nous subissons l’alchimie hypnotique sensuelle et radieuse. L’approche mélodique et le traitement sonore mettent en évidence l’aspect résolument débridé qui en fait le charme. Il crée ses propres syncopes dans des interprétations dominées par une ferveur extatique, aux reliefs sans faute de goût ni baisse de tension notable. C’est ainsi que de sa manière de jouer, de son individualisme expressif, s’échappent des effluves magnétiques sucrés salés, tous dédiés à l’âme retrouvée du pays martinique. Dans ce contexte c’est donc bien l’émanation du ti-punch qui nous taquine l’échine, le goût aimé du mango vè, les i cho ! du bondamanjak , les i boudé ! des parties de domino, le nannan du coco fraîchement coupé, le parfun reconnu ti-nin lanmori et jusqu’au bouquet savoureux du paté enpo qui nous emportent à l’instant où Roro fait sortir son accordéon des stéréotypes, musette et bal populaire. Cet amour qu’ils font ensemble est en nous simplement et s’y incère assou coté, par le haut par le bas. Une musique savante, en misik nèg !


 

L’Identité, c’est ce qu’on entend du bonheur.

 

A l’évidence de toujours cette musique génétique apporte la précieuse

confirmation qu’il ne s’agit là d’aucun fantasme inconscient activé dans la conduite symptomatique d’une transcendantale euphorie béatement festive et répétitive. En réalité la tradition a ce dénominateur commun avec cette musique héritée des campagnes martiniquaises. C’est l’esprit du beau d’un passé revivifié sans arrêt. C’est dire à quel point, l’identité c’est ce qu’on entend du bonheur. L’accordéon de Roro produit de pertinents jeux de battements d’un être qui respire, riche de possibilités d’articulations rapides, d’une note à l’autre, le portamento de l’accordéon diatonique. Une technique réussie entre stoccato, jeux plus piqué et jeux croisé, ce légato qui permet de lier les notes, grâce aux glissandos digitaux, rapidité d’expression : ici tantôt faite de scansions, répétitions parfois agressives et tantôt d’un timbre très séduisant, dans des trémolos, des oppositions de phases qui distordent des sonorités quasi électroniques.


 

La musique mise en scène


 

Le maître à danser enjambe les frontières artificielles entre les générations, il est sans conteste, résolument dans le coup. Dans l’aspect social et ludique, capable d’accents, de la valse au Danse Hall, où sa musique mêle des esthétiques des plus variées. Il tire de son corps une chorégraphie aux effets percussifs sourds et communicatifs, des siacs biaisés, tombé levé, un marronnage significatif permettant de maintenir la trame ancestrale de sa musique d’une fascinante intensité. Sa discrétion est une fausse apparence. Au contact de l’instrument, Roro a l’élégance du sourire dans la cadence effusive de l’indépendance projetée d’un rythme mis en scène. Il ne peut aborder un sujet par sa seule représentation musicale. L’interprétation de morceaux choisis comme « Roucoulaj », « Bel Kdrill », « Zatrap » confirme cette disparité. On le sent aguerri au ravissement du répertoire, on le perçoit complice avec les artistes, les chanteurs, habitué qu’il est à intervenir au sein de formations multiples, accusant les traits, les lignes mélodiques des plus abrupts, aux plus imaginés, se frayant d’instinct un chemin aux travers des autres avec l’agilité de cette musique « Folk », dans le sens d’une musique ancienne à vocation internationale.

Léo Ferré disait l’accordéon, le piano du pauvre. Celui de Roro est d’une telle richesse, qu’aucun piano, dans ce rôle ne saurait être. Wopso !


 

Christian Antourel

Photos C.A.

Contact Roro Kaliko : 06.96.32.62.74.

Mail :rorokaliko@yahoo.fr