Camille Ravin,
l’or au bout des doigts
Camille Ravin possède
cette double ambiguïté : l’avantage
d’être homme – insecte, oiseau et
homme à la fois et tout cela au
service de la sculpture.
Quand le jour se lève sur l’île, il
part à la recherche de la matière :
Acacia, mahogany, oranger et poirier
surtout.
Tant d’arbres aux senteurs subtiles.
A ce bois au grain suffisamment
serré pour rendre le travail
difficile, à cette substance déjà
noble, il donne une âme et un corps.
D’abord, dans le bois brut, il
dégrossit la forme de la statue et
longtemps taille scrupuleusement,
consciencieusement, sans répit,
jusqu’au travail accompli. Pour que
la pièce soit belle et acquière le
rendu nécessaire, pour faire
disparaître les aspérités du bois,
il se sert parfois, dans le travail
de polissage, de coquillages ;
outils improvisés d’une nature
complice.
C’est un « pivert-colibri »,
celui-ci sculpteur sur bois, et dans
ce geste répété du maillet, il
frappe le bois comme pour y trouver
la sève, l’essence même de sa vie.
Il semble en équilibre, en
apesanteur dans le vide, ou
s’agrippe à l’objet du désir. Tout
son être est tendu, suspendu,
ailleurs. Il n’est plus qu’une
pensée à la recherche de la forme à
donner.
En dehors d’une naïveté de formes
pures humaines, votives,
inquiétantes et silencieuses de ces
sculptures, une chose retient
l’attention : la grande corpulence
du thorax, singularité des « Hanau
Eepe » (Hommes forts) premiers
habitants, selon la légende de
Matakitérani (Îles de pâques),
survivants de la première race du
monde et représentés par les « Moaï ».
- Ces géants de pierre. La
similitude s’arrête là, eux étaient
imberbes et avaient la tête rasée.
Voici des œuvres d’art qui ne
s’alignent pas sur une logique de
symétrie cartésienne, et loin de la
monotonie d’une exactitude dans
toutes les proportions comparées,
elles forcent cependant à modifier
une attitude scolastique
quasi-réflexe de l’amateur face à
l’éloquence dans sa simplicité - Le
primitivisme, dans son acception
éclectique n’est pas le goût
forcément de la composition facile
« le but de la sculpture n’est pas
davantage de rivaliser avec le
moulage » et quand même Camille
Ravin aurait-il inconsciemment
emprunté sa muse au passé, on peut y
voir plutôt motif à éloge que de
critique. Du reste « L’origine de la
sculpture se perd dans la nuit des
temps : c’est donc un art de
Caraïbes ».
Telle une araignée, créant son
espace à mesure qu’elle avance,
Camille tisse des vêtements et leurs
accessoires de mode, en feuilles
tressées de bakoua. Ses mains
fébriles ont l’habileté et la
rapidité des filières de l’insecte
et inventent spontanément, le point
des entrelacs conjugués : C’est la
maille exacte qui signe les
vêtements souvent décorés d’ambre et
de lumière.
Aujourd’hui, on peut le découvrir
aux abords des plages, Hôtels
Kalenda - Karayou. Il sculpte et
tisse en direct : une exposition
permanente. Là ses œuvres ont déjà
attiré l’œil de stylistes renommés
dans le milieu de la haute couture,
et un projet sommeille sous sa
« leitmotiv attitude ».
Christian Antourel
Photos : C.A.