UNION
EUROPEENNE
Dans Newsweek :
La zone euro
n’éclatera pas
La crise ne fera
que la
renforcer. Voilà
comment.
> Cet article a
été publié sur
le site de
l'hebdomadaire
américain
Newsweek le 5
février.

Le ministre
des Finances
grec, George
Papaconstantinou
(Reuters)
Les spéculateurs
commencent à
parier sur une
sortie à courte
échéance de la
zone euro de la
Grèce, un pays
politiquement
corrompu et
incorrigible,
qui déguise
depuis des
années les
statistiques sur
sa dette
publique et doit
aujourd’hui
faire face à des
années de
stagnation —
voire de
déflation et de
dépression — du
fait des coupes
nécessaires dans
ses déficits
publics et ses
salaires pour
redevenir
compétitif. Dans
un rapport
confidentiel
qu’une fuite a
porté le mois
dernier à la
connaissance du
public, la
Commission
européenne
s’inquiète de
voir les
"déséquilibres"
entre états
forts et faibles
à l’intérieur de
la zone euro
menacer
l’existence de
l’euro lui-même.
La Commission se
trompe. Les
unions
monétaires
n’éclatent pas
en raison du
départ de leurs
membres les plus
faibles. Si la
Grèce se mettait
à imprimer à
nouveau des
drachmes, la
valeur de
celle-ci
s’écroulerait
immédiatement
vis-à-vis de
l’euro. Une
drachme
super-faible
rendrait le vin
grec et les
vacances en
Grèce
extrêmement
abordables pour
les étrangers,
mais ce gain de
compétitivité
serait plus que
compensé par la
panique
bancaire,
l’inflation
généralisée et
le poids du
remboursement
des anciennes
dettes en euro
avec une
nouvelle devise
dont la valeur
est quasi-nulle.
Quand bien même
la classe
politique inepte
qui dirige la
Grèce décidait
de tenter
l’aventure — ce
qui n’est pas
inconcevable, du
fait de
l’opportunité
qui se présente
de faire porter
le chapeau sur
l’étranger — la
zone euro n’en
éclaterait pas
pour autant.
L’euro sera à
peine moins
stable sans la
Grèce, voire
sans l’Espagne
ou le Portugal
(ensemble, ces
trois pays
comptent pour 18
% du PIB de la
zone euro). Au
contraire, un
euro centré sur
l’Allemagne, la
France et
quelques-unes
des économies
les plus
avancées
d’Europe
centrale, la
Pologne par
exemple,
renforcerait
l’union plutôt
que de
l’affaiblir. Le
risque, ici,
n’est pas tant
le résultat
final que les
bouleversements
financiers et
politiques
engendrés au
passage.
Pour la zone
euro, le risque
n’est pas le
départ de ses
membres les plus
faibles, mais
que ses membres
les plus forts
n’y trouvent
plus leur
avantage.
Aujourd’hui, sa
pierre angulaire
est l’Allemagne.
La plus grande
économie
d’Europe est
sortie affectée
de la crise,
avec toutefois
des finances
publiques
relativement
saines, et un
modèle
économique qui
recueille
toujours
l’adhésion de sa
population. La
classe politique
allemande étant
profondément
investie dans la
monnaie commune
— et les
entreprises
allemandes
dominant plus
que jamais
l’Europe — un
tel scénario
semble hautement
improbable.
L’Allemagne, au
contraire,
travaille dur à
imposer au reste
de l’Europe sa
discipline
monétaire et
budgétaire. À
l’intérieur,
elle a d’ores et
déjà voté un
amendement
constitutionnel
interdisant les
déficits à
partir de 2016.
La chancelière
Angela Merkel a
opposé son veto
au renflouage
par l’Union
européenne des
économies les
plus faibles,
forçant des pays
comme la
Lettonie et la
Hongrie à
requérir
l’assistance du
FMI. Le mandat
de la Banque
centrale
européenne de
Francfort, à la
différence de
celui de la
Réserve fédérale
américaine, est
strictement
restreint à la
lutte contre
l’inflation, et
l’institut n’a
pas le droit
d’employer la
politique
monétaire pour
relancer
l’économie. La
BCE a injecté
bien moins de
liquidités dans
l’économie de
l’Union
Européenne que
ne l’a fait la
Fed aux
Etats-Unis, avec
comme
conséquence une
prise de valeur
de 20 % de
l’euro face au
dollar depuis le
début de la
crise. Le patron
de la BCE
Jean-Claude
Trichet a
déclaré à la
Grèce qu’elle se
devait de mener
ses propres
réformes, et nié
l’existence d’un
plan de
sauvetage.
Aujourd’hui
Merkel fait
pression en vue
de la nomination
d’Axel Weber,
directeur de la
Bundesbank
allemande pour
succéder à
Trichet, dont le
mandat expire
l’an prochain,
afin d’être
certaine que la
Banque Centrale
Européenne
conserve le même
cap.
La crise
économique se
déplaçant du
secteur
financier vers
le secteur
public, les
risques
augmentent, tout
comme
l’intensité avec
laquelle on en
ressent les
conséquences. En
Lettonie, dont
la monnaie est
ancrée à l’euro,
les coupes dans
les dépenses
publiques ont
accéléré la
chute du pays
dans la
dépression. Le
PIB a baissé de
24 % en deux
ans. L’Irlande,
qui réduit son
déficit par des
baisses
générales des
salaires des
fonctionnaires,
a vu son PIB
décroître de 8 %
au cours de la
même période. La
semaine dernière
en Grèce, les
agriculteurs ont
déclenché des
émeutes pour
refuser un gel
de leurs
subventions.
Ce n’est pas un
hasard si les
pays qui
souffrent d’un
problème de
déficit et de
bulle ont
également perdu
du terrain sur
le plan de la
compétitivité du
travail,
notamment dans
la zone euro.
L’Irlande,
l’Espagne et la
Grèce ont depuis
l’introduction
de l’euro laissé
leurs salaires
augmenter 20 %
plus vite que
l’Allemagne.
L’Allemagne
étant
aujourd’hui bien
plus
compétitive,
elle a engrangé
vis-à-vis des
membres les plus
faibles de la
zone euro des
excédents
commerciaux qui
rappellent ceux
de la Chine.
Sans la soupape
de sécurité de
la monnaie, ces
pays devront
procéder à de
profondes coupes
dans les
salaires, et
mettre en place
des réformes
profondes des
marchés du
travail et des
biens afin de
stimuler la
productivité.
Si elle arrive à
résoudre ces
problèmes
l’Europe
pourrait émerger
en tant
qu’institution
politique plus
solide. Tout
comme la Grande
Dépression a
forcé les
Etats-Unis à
appliquer un
fédéralisme plus
strict, la crise
économique
actuelle
pourrait forcer
l’Europe à une
union plus
étroite. La
semaine
dernière, déjà,
la Commission
européenne
militait pour
des réformes en
Grèce. Par la
petite porte de
la crise
économique, la
zone euro
pourrait gagner
la gouvernance
politique que
les sceptiques
présentent
depuis toujours
comme
indispensable au
bon
fonctionnement
d’une union
monétaire. Au
bout du tunnel,
il se pourrait
qu’on voie
émerger une
Europe plus
intégrée, les
économies à
problème
réformées et, au
bout du compte,
une Europe plus
compétitive.
Par Stefan Theil
Traduit de
l'américain par
David Korn
>
lire la
version
américaine
de l'article sur
le site de
Newsweek