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Au Venezuela, la révolution est en marche, mais pas l'économie, malgré la manne pétrolière

Présidé par Hugo Chavez, le pays, pourtant dixième producteur mondial de brut, voit sa croissance ralentir fortement. Et l'inflation s'envole, à plus de 30 %

 

 

Relancer la production ", affirmait une banderole, mercredi 11 juin, derrière le président vénézuélien Hugo Chavez au moment où celui-ci annonçait des mesures visant à atteindre cet objectif. " L'investissement, c'est le Venezuela ", proclamait un autre slogan. On aurait pu en ajouter un troisième : il est urgent de contenir l'inflation.

Produire plus, investir et freiner la hausse des prix sont les trois priorités économiques actuelles du socialisme vénézuélien. En dépit du boom pétrolier, qui va rapporter environ 75 milliards de dollars (48,9 milliards d'euros) en 2007 - le pays est le 10e producteur mondial de brut -, la croissance a décliné.

Elle était de 4,8 % au 1er trimestre 2008, contre 8,8 % un an plus tôt. Pendant cette période, les recettes pétrolières ont pourtant augmenté de 80 %. Cette chute affecte notamment le bâtiment et l'industrie manufacturière.

Le déclin de la production s'explique en partie par la baisse de l'investissement. La formation brute de capital qui, depuis 2006, progressait de 20 %, a reculé depuis le 1er janvier. L'investissement direct étranger a baissé de moitié en 2007 par rapport aux quatre années précédentes. Quant aux agriculteurs et aux éleveurs, ils n'investissent pratiquement plus. Pour enrayer ce mouvement, M. Chavez a donc décidé de créer un fonds d'investissement de 1 milliard de dollars. Il a aussi invité le secteur privé à monter des projets avec l'Etat.

Cette tendance défavorable résulte de facteurs économiques et politiques. Le contrôle des prix, qui touche quelque 400 produits, notamment alimentaires, a découragé les producteurs. Les occupations de terres, avec la bénédiction du pouvoir, et les menaces planant sur le droit de propriété ont renforcé leur prudence. Les difficultés d'obtention des devises, liées au contrôle des changes, ont freiné les achats d'équipement à l'étranger. Expropriations et nationalisations ont entretenu la défiance. M. Chavez a donc promis d'alléger les formalités de change pour les importations inférieures à 50 000 dollars.

L'inflation reste le danger le plus pressant. Les prix ont augmenté de 3,2 % en mai, de 31 % au cours des douze derniers mois. Souvent frappé par l'inflation, le Venezuela affronte à nouveau un grave déséquilibre entre l'offre et la demande. D'un côté, une production en panne, de l'autre, des besoins de consommation en hausse, émanant en partie des plus défavorisés, ceux-ci ayant bénéficié de programmes sociaux que l'Etat a pu mettre en oeuvre grâce à l'essor de sa rente pétrolière.

Le maintien, depuis 2005, d'un taux de change surévaluant la monnaie nationale a entretenu un marché parallèle où le bolivar perd jusqu'à 50 % de sa valeur par rapport au dollar. Cette situation perdurera, prédisent les experts, aussi longtemps que cette devise ne sera pas dévaluée d'au moins 30 %.

Le contrôle des prix a eu l'effet inverse de son objectif. L'inflation a moins frappé les produits non contrôlés que les produits de base, notamment alimentaires, réglementés, mais en forte demande et plus rares.

D'où des pénuries sporadiques, de lait, de riz, de poulet, ou de farine de maïs, et des queues devant les magasins d'Etat qui les distribuent. D'où la forte hausse des importations car le pays achète la moitié de sa viande à l'étranger, à des prix augmentés par la crise alimentaire mondiale. Comme toujours, l'inflation fait surtout souffrir les plus pauvres, en annihilant, par exemple, la récente hausse du salaire minimum.

Relancer la production suppose de redonner confiance à un secteur privé qui, marqué par ses origines rentières, ne s'est jamais distingué par son esprit d'initiative ou son goût du risque. La rhétorique de M. Chavez sur la révolution en marche n'est pas le meilleur moyen d'y parvenir. L'opposition réclame une réhabilitation de l'économie de marché. Comme le résume Maxim Ross, un économiste qui en est proche, " c'est le socialisme qui ne fonctionne pas ici. C'est lui qu'il faut abandonner ".

Jean-Pierre Langellier

© Le Monde