de
Mélanie Delattre et
Emmanuel Lévy
N'exerce pas qui
veut son mandat de
président pendant
une récession
mondiale ! Que de
fois depuis 2008
n'a-t-on entendu
vanter, dans les
cercles proches du
pouvoir, les
qualités de vaillant
capitaine dans la
tempête de Nicolas
Sarkozy ! Et que de
fois n'a-t-on vu la
majorité expliquer
les difficultés du
pays par les
turbulences de
2008-2009 et leurs
prolongements
actuels !
Le premier mérite du
livre de Mélanie
Delattre et Emmanuel
Lévy, Un quinquennat
à 500 milliards
(publié aux éditions
Mille et une nuits
en janvier 2012, 19
euros), est de faire
le tri entre ce qui
relève d'une très
fâcheuse conjoncture
et ce qui est est dû
aux errements, aux
contradictions,
voire aux erreurs
d'une politique
définie au plus haut
niveau de l'Etat. En
somme de rendre à
César ce qui lui
appartient.
La crise, trop
souvent, a eu bon
dos. Sur les 630
milliards d'euros de
dette nouvelle
contractée par la
France entre 2007 et
2012, 110 milliards
seulement sont
imputables à la
détérioration de la
conjoncture. Nicolas
Sarkozy,
écrivent-ils, "est
comptable du reste",
parce qu'"il n'a pas
réduit l'énorme
déficit structurel
dont il a hérité
lors de son
accession au
pouvoir" et parce
qu'"il a mené la
totalité de ses
réformes à crédit".
"JANUS DE
L'ECONOMIE"
A partir de ce
diagnostic,
solidement étayé par
des chiffres
officiels de la Cour
des comptes, des
commissions des
finances des deux
assemblées ou de
Bercy, les auteurs,
journalistes
économiques au Point
et à Marianne,
dressent avec
bonheur ce qu'ils
appellent "le vrai
bilan de Sarkozy".
Tout y passe : le
président des
riches, le péché
originel du paquet
fiscal de l'été
2007, la fameuse loi
en faveur du
travail, de l'emploi
et du pouvoir
d'achat (TEPA), "le
'Poulidor' du
pouvoir d'achat",
"le maquis des Sarko-niches
et des Sarko-taxes",
la "schizophrénie
budgétaire" de
l'exécutif. Au fil
des pages, le
portrait esquissé au
chapitre II d'un
Sarkozy en "Janus de
l'économie", se
précise et s'affine.
D'un déplacement à
l'autre, d'une
affirmation
péremptoire à une
autre, qui contredit
la première, le
président apparaît
tel qu'en lui même :
libéral et
interventionniste,
néo-keynésien en
2009 et adepte de la
politique de l'offre
et de la TVA sociale
en janvier 2012,
incapable jusqu'au
bout de trancher
entre l'orthodoxie
d'un Xavier Musca et
les fulgurances d'un
Henri Guaino. Action
Man dans la crise,
sans doute, mais
aussi digne héritier
de Jacques Chirac
pour le pragmatisme
qui lui tient lieu
de doctrine...
DES EPISODES PEU
GLORIEUX ET PEU
CONNUS
Dans l'histoire de
ces cinq années,
relatée avec
minutie, il y a des
épisodes peu
glorieux comme
l'affaire Woerth-Bettencourt.
Les auteurs
s'attardent
judicieusement sur
d'autres, moins
connus. Dans leur
savoureux chapitre
sur Les cadeaux aux
amis, ils
reviennent, entre
autres, sur les
conditions
particulièrement peu
édifiantes dans
lesquelles a été
préparée la
libéralisation des
paris en ligne, et
sur "les relations
incestueuses" entre
le pouvoir et le
business certes "pas
nouvelles", mais oh
combien manifestes
au cours d'un
quinquennat commencé
au Fouquet's et sur
le yacht de Vincent
Bolloré. Sur
d'autres sujets plus
austères, comme la
fiscalité ou le
budget, les passages
drôles et justes
abondent aussi.
On l'aura compris :
Un quinquennat à 500
milliards mérite
d'être lu. Le seul
reproche que l'on
puisse adresser aux
auteurs est que,
tout à leur
entreprise réussie
de rétablissement de
la vérité sur le
coût de la crise,
ils en sous-estiment
probablement la
gravité et l'impact
sur le président et
son entourage. Un
bref rappel de
l'état dans lequel
se trouvent les pays
de la zone euro
n'aurait pas nui à
leur thèse. Bien au
contraire.