Tsunami financier
: la seconde vague
par France Devin
Chacun sait maintenant ce que furent les subprimes :
la crise financière, puis bancaire, puis économique et
maintenant sociale qu'a déclenché, au niveau mondial, le
dérèglement de ce mécanisme, nous le rappelle
cruellement, si besoin est. Et le monde n'a pas encore
fini d'en payer le prix !
Pourtant, le système financier se met à redouter une
autre crise, dont la puissance est ignorée mais
terriblement crainte, car cette fois ce ne sont pas que
des banques qui risquent d'être touchées mais des
entreprises : et elles risquent bien de tomber en
cascade… avec leurs emplois avec elles !
C'est une vraie bombe à retardement qui menace. Et dont,
semble-t-il, le mécanisme de déclenchement s'est mis en
route. Signe peut-être avant-coureur, l'annonce, la
semaine dernière, de la perte de 250 millions € du fonds
d'investissement, PAI Partners (majoritaire au capital
du fabricant de tuiles Monier) a mis le milieu financier
en émoi.
De quoi s'agit-il ? De la facture des rachats
d'entreprises à crédit, autrement dit des LBO.
Qu'est-ce qu'un LBO (leverage buy-out) ? C'est un
montage financier qui permet le rachat d'une société en
général non cotée, grâce à un effet de levier : les
acheteurs ne paient qu'une fraction du prix de la
société, le solde étant assuré par le recours à
l'emprunt. Et c'est ensuite grâce aux bénéfices de la
société rachetée que l'emprunteur rembourse la dette !
En 2006 et 2007 (période d'euphorie du marché), ils ont
eu recours massivement à la dette (jusqu'à 90% de la
valeur de l'entreprise rachetée !). L'idée était simple
: mise minimale et retour maximum garantis ! En période
de bas taux d'intérêt et de forte croissance, c'était un
beau rendement !
Et c'est là qu'est le problème ! Que se passe-t-il quand
la société achetée ne dégage plus assez de bénéfices
pour rembourser les emprunts, ou pis, quand elle fait
des pertes ?
Or, c'est bien ce qui se passe. Depuis l'automne 2008,
les fonds de LBO accumulent les revers en raison de
montages financiers à l'origine trop tendus ! Nous ne
sommes plus en croissance. L'effet de levier joue dans
le sens inverse. Et les montages sophistiqués implosent.
Les fonds ne savent plus payer leurs dettes et les
cèdent à leurs créanciers… et au final le système
bancaire risque bien de se retrouver avec une ardoise
supplémentaire.
Mais sait-on que des entreprises telles qu'Afflelou,
Atos, Cegelec, Nocibé, Picard Surgelés… sont détenues
par un fonds d'investissement, lui-même investisseur par
LBO ? Aujourd'hui 5 000 entreprises, employant plus
d'1,6 million de salariés, sont détenues ou accompagnées
par de tels fonds. On mesure donc à nouveau les risques
sur le tissu économique et sur l'emploi qu'un domino
financier pourrait provoquer…
L'agence de notation Standard & Poor's explique ainsi
qu'aujourd'hui en Europe, 79 % des situations de défaut
de paiement des grandes entreprises concernent des
sociétés sous LBO !
Voilà qui n'est pas rassurant, surtout quand on lit un
analyste financier déclarer la semaine dernière : "Les
conséquences de la crise sur le LBO sont encore devant
nous"… Je redoute qu'il n'ait raison car rien dans les
prévisions de récession, ni dans l'insuffisante
consolidation des systèmes bancaires ne donne à penser
que la vague puisse être endiguée ! Les gouvernements
devraient s'en soucier, et d'urgence !
Car sinon, il est à craindre que les grandes vacances ne
soient – financièrement – à nouveau chaudes. Et que
l'économie casino n'ait pas encore fini de faire des
dégâts…
Plis fôs
Fabrice DEVIN
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