Le
tour de passe-passe du
gouvernement

Par BERNADETTE GROISON
Secrétaire générale de la FSU
Comme toujours, notre pays
serait en retard d’une réforme.
A défaut de le rattraper, le
pire des avenirs viendrait punir
les générations à venir ! Le
gouvernement a réduit ce débat
de société à une question
financière. Il s’agit d’adresser
des signaux forts aux marchés
plutôt que préserver les
retraites par répartition :
travailler plus longtemps et
gagner moins pour conserver à la
France la note AAA ?
Or, il faut avoir le courage de
traiter les vraies questions
posées par cette excellente
nouvelle qu’est l’allongement de
la durée de la vie.
Souhaitons-nous que cet
allongement se traduise par une
intensification du travail pour
ceux qui ont un emploi et par un
appauvrissement général des
retraités avec un accroissement
des inégalités ? Ou voulons-nous
développer de nouvelles
solidarités entre actifs et
retraités, jeunes et vieux,
hommes et femmes en réduisant
les inégalités et en donnant à
chacun les moyens de profiter de
ce gain d’espérance de vie ?
Allons-nous vers des régressions
sociales ou prolongeons-nous un
mouvement séculaire
d’accroissement du temps pour
soi sur le temps contraint du
travail ?
Il suffit de lire le rapport du
COR pour constater que les
réformes engagées depuis une
vingtaine d’années ont comme
conséquence programmée une
baisse relative des pensions par
rapport aux revenus d’activité :
20% de moins ! Cette situation
tient au refus du patronat et du
gouvernement d’accroître les
prélèvements pour financer la
protection sociale. Ceci a
conduit à une série de réformes
(Balladur en 1993, Fillon en
2003) ou d’accords léonins sur
les régimes complémentaires,
mettant en place des mécaniques
qui sapent à chaque fois un peu
plus le système de retraites. La
même approche conduit à la
solution de l’allongement de la
durée d’activité avec ce qui
semble être un argument
imparable, le prétendu bon sens
: «à problème démographique,
solution démographique». Pur
sophisme, car la vraie question
est de savoir combien de
personnes en âge de travailler
sont employées et quelles
richesses elles produisent. Le
rapport du COR estime que d’ici
vingt ans le nombre de
trimestres validés pour la
retraite sera en moyenne de 155
et, d’ici quarante, il baissera
à 148 alors que dans le même
temps la durée de cotisations
pour une retraite complète
devrait passer à 166 ! Comment
peut-il en être autrement alors
que l’âge d’entrée dans la vie
active des jeunes ne cesse
d’augmenter et que 6 salariés
sur 10 ne sont plus en activité
à 60 ans ?
Non qu’il n’y ait rien à faire.
Nous vivons plus vieux et cette
bonne nouvelle a un coût si nous
voulons que ce prolongement de
la vie se fasse dans de bonnes
conditions pour tous. Les
richesses produites dans notre
société continueront à croître.
Le COR prévoit un doublement du
PIB d’ici 2050. Financer les
retraites signifie y consacrer
une part plus importante des
richesses en passant de 13% du
PIB à 17 ou 18% d’ici quarante
ans. Et le faire par des choix
qui favorisent l’emploi, les
salaires et l’investissement au
détriment des dividendes.