Crise
financière ou
politique
délibérée ?
par
Pierre SUEDILE
Dans l’imbroglio de la crise
qualifiée de financière, chacun
allant de sa propre tirade, il
semble que le fil conducteur de
tous soit la volonté de rendre
encore plus opaque et plus
inaccessible aux populations,
une vérité pourtant tombant sous
le sens.
Certains mettent l’accent sur le
manque de rigueur budgétaire des
Etats (la Grèce singulièrement).
D’autres montrent du doigt les
banques et la dérégulation (les
prêts non mesurés aux Etats ou
l’achat d’actifs pourris), ou
les contradictions de l’Union
européenne handicapée par
l’absence d’une politique de
croissance indispensable à
l’emploi (la BCE privilégiant de
forts taux d’intérêt pour lutter
contre l’inflation, valoriser
l’euro et attirer les
financements spéculatifs). Un
troisième groupe dénonce le
caractère inadapté et inique du
Système monétaire international
rejeté dès le milieu des années
1960 par le général de Gaulle
(le SMI ne servant plus qu’à
enrichir les Etats-Unis surtout
depuis l’arrêt de la
convertibilité en or du dollar,
en 1971).
D’autres enfin participent à la
litanie des causes égrenées en
s’imaginant redresseurs de torts
ou pourfendeurs des effets de
l’ultra libéralisme, alors
qu’ils en sont les apprentis
sorciers masqués par quelques
velléités de réformes. Il y a
ceux qui évoquent la
mondialisation sous ses aspects
néolibéraux permettant aux
entreprises de diminuer leurs
coûts pour une meilleure
compétitivité des produits, ceux
qui fustigent le Yuan chinois
jugé artificiellement bas pour
favoriser les exportations. Il y
en a d’autres qui s’opposent
verbalement à la facilité avec
laquelle les transnationales et
les fonds spéculatifs enjoignent
aux Etats de garantir
l’indispensable confiance
(Equilibre budgétaire et
limitation de la dette) et la
préservation de leur
rémunération (intérêts élevés,
faible fiscalité, plans sociaux
et contrats précaires), de leurs
plus-values (fiscalité limitée
liée à la bourse) et du
rendement de leurs actions.
Enfin il y a ces observateurs
(FMI) qui relèvent les
dissensions au sein de l’Union
européenne incapable d’aider
rapidement les membres en
difficulté afin de préserver la
zone euro et l’Union qu’ils
décrivaient avant 2008 comme un
havre de prospérité et de
croissance future. Bref !tout
est passé au crible mais de
façon on ne peut plus
tendancieuse.
Quelle est alors la vérité ?
Pour ne pas se prendre les pieds
dans le filet de la pensée
unique, il semble impératif
d’énoncer au préalable les
fondamentaux qui doivent guider
l’analyse avant de faire
découvrir la vraie nature de la
crise, ses responsables et les
mesures à prendre.
1. Les fondamentaux :
« …La seule bataille qui vaille,
c’est celle de l’homme… »
Le premier fondamental a été
largement oublié alors qu’il
devrait s’imposer à tout un
chacun. L’activité économique et
le développement doivent se
placer au service de l’homme,
des peuples et du progrès. Ils
sont le vecteur premier d’une
démocratie qui au XXIe siècle se
mettra au service de l’homme et
de la préservation de la nature,
ou se trouvera ébranlée et
vilipendée par la rue. Les
droits, au travail, à
l’éducation, au logement, à la
santé et à un environnement sain
représentent en l’espèce le
socle incontournable sur lequel
la démocratie vivra ou
s’effacera. Et que l’on ne nous
dise pas que le respect des
libertés individuelles suffit à
accompagner l’humain dans la
quête de son émancipation et de
la satisfaction de ses besoins.
Et que l’on ne prétende pas que
le vote, la Constitution, la
séparation des pouvoirs et
l’égalité devant la loi
contribuent de façon suffisante
à la promotion de l’humain. La
société est dorénavant portée
par l’abstention électorale
massive, le sentiment fondé que
le pouvoir a été confisqué au
profit d’une minorité de voyous,
le désespoir de ceux qui
composent les queues dans les
institutions chargées de
sécréter l’espérance face à un
emploi qui n’arrive jamais.
L’effondrement du jeune diplômé
face à l’exigence d’une
qualification qu’il ne peut
satisfaire, la « galère » des
contrats précaires face aux
revenus inimaginables des
bénéficiaires de dividendes ou
de bonus, et surtout le
comportement et les politiques
d’élus au service de leurs
poches et des riches,
constituent le soubassement d’un
monde dans lequel l’humain ne se
reconnait plus. Il le
combattra ; croyez-moi ! Il y va
de sa survie et de son
émancipation. Il replacera le
développement dans le cours de
l’Histoire.
« L’intérêt privé se termine là
où s’impose l’intérêt public… »
Le second fondamental qu’il
convient de souligner concerne
la finalité de l’organisation
des hommes en société. Les
institutions de la démocratie
doivent servir l’intérêt public.
L’Etat est cette institution
dont les peuples se dotent pour
que la décision n’appartienne
pas exclusivement au plus fort,
mais en quelque sorte à la
majorité ou à ceux qui ont
convaincu de leur prétendue
capacité à servir les peuples.
C’est le sens profond du vote du
citoyen ou ailleurs de
l’acceptation du régime
autoritaire incarné par le chef.
Et que personne ne se fourvoie à
s’imaginer que les
responsabilités reposeront plus
tard sur ceux qui ont agi à la
faveur de l’incurie la plus
totale. La responsabilité est
offerte aux hommes politiques
pour qu’ils la refusent ou
qu’ils l’acceptent dans ses deux
déclinaisons indissociables, le
pouvoir et la sanction. En cela,
le mouvement des « Indignés »
contre Wall Street aux
Etats-Unis se doit de corriger
rapidement ses objectifs, sous
peine de s’éteindre sans
résultat (Wall-Street n’est que
l’appendice d’un pouvoir
politique qui fabrique les
lois). En cela, les Etats
endossent l’entière
responsabilité, des politiques
favorisant les plans sociaux
sans considération des profits
réalisés, des contrats précaires
jetant dans l’incertitude les
jeunes générations, des
délocalisations créant le chaos
dans les pays riches et
l’exploitation honteuse dans les
pays en développement. Ils sont
la source des détournements de
capitaux vers l’économie
virtuelle ou les paradis
fiscaux, aux dépens de
l’investissement. Ils génèrent
des taux d’intérêt élevés pour
mieux rémunérer les fonds
spéculatifs tout en décourageant
les consommateurs et les
investisseurs des petites et
moyennes entreprises nationales.
Ils servent des subventions
astronomiques aux grandes
entreprises qui les détournent
de la recherche développement et
les cumulent avec les
allègements fiscaux.
Au XXIe siècle, si cette
dynamique s’affirme, la classe
politique générera des réactions
qui inévitablement dénieront à
la démocratie la qualité de
système au service du peuple. En
donnant la priorité à leurs
poches, en légiférant de façon
inique et en conduisant des
politiques sacrifiant l’intérêt
public et national sur l’autel
de la finance (apatride dans sa
logique), les élus perturbent la
dynamique millénaire du progrès
et fragilise la confiance dans
la démocratie. Les hommes et la
nature réagiront violemment ;
croyez-moi ! Les peuples acculés
se saisissent en général des
armes les plus radicales (la
montée du totalitarisme en
Europe après 1929 en a été
l’illustration).
« Il n’y a pas de petits
peuples, la Terre tourne pour
tous et le temps offre à chacun
sa chance… »
Troisième fondamental,
l’intelligence et le goût de
l’effort sont parfaitement
partagés et la roue de
l’histoire tourne de façon
imperturbable et inexorable. Les
peuples des régions en
développement savent dorénavant
que l’heure de changer de place
sur l’échiquier mondial est
proche. Ils savent qu’ils se
doivent d’en saisir
l’opportunité, n’oubliant jamais
les affronts d’hier et les
limites des compromis qui
naguère leur proposaient de faux
espoirs de colonisés. En
l’espèce, il faut retenir qu’ils
ont enregistré le vaste
mouvement de délocalisation au
profit de leur économie et la
raréfaction de certaines
ressources dont ils sont les
seuls pourvus. A cela s’ajoutent
la lente mais inexorable
formation de leurs populations
maîtrisant de plus en plus les
technologies d’avenir, les
ouvertures qu’offrent les
nouvelles branches de la
communication et la solidarité
naissante et communicative qui
de plus en plus leur sert de
ciment. Ils sont édifiés aussi
par le vrai visage d’un occident
que révèlent les charters, les
murs exhaussés aux frontières et
les qualificatifs qui placent
leurs enfants émigrés dans la
catégorie des « racailles de
banlieues ».
2. La vraie nature de la crise
et les mesures à prendre
A la lumière des fondamentaux
évoqués, il semble dorénavant
impossible de parler de crise ou
à tout le moins de phénomène
ponctuel et imprévisible.
D’abord il convient de se
rappeler que tous les grands
mouvements des hommes pour
défendre leurs droits ont été
favorisés par ce que certains
appellent la crise économique.
Pour ne parler que de la France,
la toile de fonds des
Révolutions de 1789, de 1830 et
de 1848 a été les difficultés
économiques accrues et la
présence de manifestants dans
les rues.
La vérité est que l’homme vit de
façon permanente sous le règne
des inégalités que masquent le
crédit, le niveau de vie, le
patrimoine, et surtout la plus
grande pauvreté de l’autre et
l’ignorance des véritables
écarts de revenus. Dans les pays
dits riches mais qui ne sont en
réalité que des ensembles
d’îlots de richesse (la détresse
est à la porte de Manhattan et
l’UE cache ses 80 millions de
personnes vivant sous le seuil
de pauvreté ; 1 Européen sur 6),
les laissés-pour-compte
fleurissent au rythme des
injustices économiques.
La vérité se décline aussi par
le fait que les populations font
confiance au journaliste, à
l’élu, à la démocratie et à tous
ces concepts fallacieux car
galvaudés, qui lui font croire
que fondamentalement et en
dernière instance les bons choix
sont retenus. Elles se
persuadent que ceux qui
respectent l’humain, le peuple
et le progrès triomphent malgré
les forces prédatrices.
La vérité doit pouvoir enfin
s’apprécier en comprenant que
depuis trente ans les élus
édictent des lois et des
règlements qui livrent
totalement l’avenir des peuples
à des puissances d’argent
insatiables qui s’appellent
transnationales, fonds
spéculatifs, banques,
assurances. L’emploi n’est plus
une préoccupation des Etats. Ils
ont opté, avec l’accord des
familles grugées par les médias
et la notion de liberté
individuelle sans limite, pour
une diminution des impôts des
personnes physiques en sachant
que chaque centime non perçu,
c’est un pan de leur
intervention dans le social qui
disparaît. Ils peuvent en cela
équilibrer les budgets,
indicateur générateur de
confiance qu’exigent les
financiers (les agences de
notation et l’UE sont attentives
à cette politique).
Bref ! les populations de France
doivent comprendre que la crise
n’est pas un phénomène ponctuel
lié à quelque dérapage
financier, c’est le résultat
d’un choix de société
artificielle et inégalitaire,
inscrit et justifié par un
arsenal de textes
internationaux, communautaires
et nationaux et votés par un
législateur autant de droite que
de gauche. C’est l’effet de la
pensée unique. Pour sortir de la
logique de crises à répétition,
il faut donc légiférer pour se
repositionner dans un monde dans
lequel le néolibéralisme et la
mondialisation au service du
pouvoir financier ne puissent
plus représenter la voie du
progrès des peuples ou la
philosophie de leur système
politique. Ceci dit, à la
majorité silencieuse attentiste,
conformiste, immorale qui
s’imagine qu’elle passera là où
les autres ont été éliminés, je
dis : Attention ! Les mailles du
filet ne permettent plus le
passage des chanceux. En
proportion et depuis une
vingtaine d’années, le nombre de
pauvres augmente plus vite dans
les espaces de la Triade que
dans ceux des pays à la traine.
Quant aux Grecs qui auront à se
prononcer sur le plan de
sauvetage, ils diront non. C’est
évident. Le socialiste
Papandréou est un rêveur qui
s’imagine qu’il sera en mesure
d’expliquer l’inexplicable. Le
résultat du référendum prévu
sera l’amorce d’une crise
européenne et mondiale véritable
dans laquelle cette fois les
populations se seront
prononcées. A bons entendeurs.
Salut !