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Sarkozy fait la fortune des banquiers
La loi française a édulcoré la directive européenne
qui vise à «équilibrer» les rémunérations variables
et fixes des banquiers.
Des banquiers hors les lois et un pays (la France)
qui ne respecte pas les textes européens en matière
de régulation des bonus. Voilà qui fait très mauvais
genre au moment où le gouvernement s’emploie à
vendre le bilan des quatre ans de présidence de
Nicolas Sarkozy. Or le chef de l’Etat avait fait de
la régulation de la finance mondiale son vaillant
destrier, et de l’encadrement des bonus, une arme
qu’il aimait exhiber sur la table quand l’ambiance
tournait vinaigre. Mais aujourd’hui, il semble bien
que nos chers banquiers français (mais soyons
honnêtes aussi européens) n’ont pas renoncé à leurs
rémunérations indécentes depuis la crise financière.
A la lumière de la publication de leurs revenus pour
cette année, il apparaît que les principaux
dirigeants des banques françaises ne respectent pas
la directive européenne sur les bonus. La
porte-parole de Michel Barnier, le commissaire
européen au marché unique en charge de ces
questions, le confie à «Libération» : «Les
comportements n’ont pas changé autant qu’on le
souhaite. Les banques n’ont pas respecté l’esprit et
la lettre de notre directive.» Et d’annoncer que la
commission s’apprête à procéder à une enquête
approfondie pour savoir comment les pays membres de
l’Union ont transposé les textes européens et
surtout comment ils les ont fait respecter.
«Equilibré» ou «approprié» ? Plus compromettant pour
le gouvernement français et les grandes postures de
régulateur de Nicolas Sarkozy, la France n’a pas
correctement transposé la directive européenne en
matière de rémunération des bonus. Et fait en sorte
(volontairement ?) de donner à ses banques
nationales de moindres contraintes. Le texte
européen stipule, entre autres, pourtant très
clairement qu’«un équilibre approprié est établi
entre les composantes fixe et variable de la
rémunération totale» des dirigeants comme des
traders des établissements financiers. Or le député
européen d’Europe Ecologie, Pascal Canfin est tombé
des nues en découvrant que le mot «équilibré» avait
été oublié, comme par enchantement, par le
législateur français dans sa transposition. Et
remplacé par l’expression «un rapport approprié
entre les composantes fixe et variable». Ce qui ne
veut plus rien dire et permet aux patrons des
principales banques françaises de s’octroyer des
bonus qui peuvent représenter jusqu’à 4 ou 5 fois
leur salaire fixe (lire ci-contre). Et donc violer
l’esprit mais aussi la lettre de la directive
européenne.
Comment en est-on arrivé là ? C’était il y a deux
ans et demi. C’était il y a un siècle. En septembre
2008, depuis la tribune de Toulon, Nicolas Sarkozy
tonnait : «Les modes de rémunération des dirigeants
et des opérateurs doivent être encadrés. Il y a eu
trop d’abus, il y a eu trop de scandales.» Sept mois
plus tard, le G20 de Londres établit une feuille de
route ambitieuse en matière de régulation et
notamment en matière d’encadrement des bonus. En
septembre, à Pittsburg, Sarkozy menace même de
claquer la porte si aucun accord n’est obtenu sur la
question. La grande machine administrativo-politique
européenne se met alors en marche et aboutit à l’été
2010 à un constat de désaccord entre les Etats
membres et le parlement européen. Les députés
veulent que la future directive stipule
explicitement une stricte égalité entre la part fixe
et la part variable dans la rémunération totale des
banquiers. «L’idée, c’était de limiter la part
variable pour ne pas encourager une prise de risque
trop importante», se souvient le député européen
Pascal Canfin. Mais les Etats, France et
Grande-Bretagne en tête, refusent. D’où le compromis
arraché d’un «rapport équilibré» entre fixe et
variable. Or, dans le règlement du 13 décembre, les
services de Christine Lagarde «oublient» de
transposer le mot «équilibré» et le change pour
«approprié». Vendredi, le cabinet du ministre de
l’économie faisait comme si il n’y avait là aucun
problème. «Pour nous, la transposition est
parfaitement conforme au texte européen», assure un
conseiller.
Vérification. Député européen UMP, et porte-parole
du groupe du PPE (droite) sur les questions
économiques, Jean-Paul Gauzès, lui, voit très bien
le problème : «En l’état, la transposition française
ne veut rien dire. Dans l’esprit du législateur
européen, la part du variable devait rester en-deçà
du fixe, dans la majorité des cas.» A la Commission
européenne, on est gêné aux entournures. «Pour nous,
il ne fait pas de doute que la notion d’équilibre
entre fixe et variable est un des piliers de la
directive.»
Quand on demande alors à Bercy si les banquiers
français respectent les textes européens, la réponse
est d’abord fuyante : «C’est l’Autorité de contrôle
prudentiel (ACP) qui est en charge de vérifier les
pratiques des banques en matière de rémunération,
pas le gouvernement.» On se tourne donc vers l’ACP,
qui fait mine de découvrir que la part du variable
doit être «équilibrée». Elle assure être «en plein
travail de vérification» et promet que de toutes les
façons «elle se conformera aux textes européens». On
revient vers Bercy et on insiste : comment se
fait-il que les dirigeants de banques françaises
s’accordent des bonus entre deux et cinq fois
supérieurs à leur fixe ? «J’aimerais voir ce qui se
passe à l’étranger», répond un conseiller de
Lagarde. Un bon point. La Grande-Bretagne a
parfaitement transposé la directive européenne mais…
ne la respecte pas du tout. Un seul exemple : le
patron de la Barclays a publié des bonus de 6,75
millions de livres pour un fixe de 1,35 million de
livres. Record battu.
Le conseiller de
Lagarde : «Pour les grosses
rémunérations, l’objectif,
c’était d’éviter que le salaire
fixe n’augmente trop, et donc
que la part variable soit
conséquente.» Malheureusement,
la réglementation européenne dit
tout le contraire. Dans ses
recommandations, l’Autorité
bancaire européenne stipule dans
son document de référence :
«Plus la rémunération variable
est potentiellement importante,
plus les prises de risque
pourraient l’être aussi.
Libé+07/05/2011
http://lesbilletsdesegurano.blogspot.com/2011/05/la-fortune-des-banquiers.html
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