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Sarkozy, grande distribution et coût du travail
 


Il a été entendu plus d’une fois lors des multiples et riches discussions qui ont foisonné lors du mouvement de février/mars, que Sarkozy, à la différence de Chirac, n’était pas l’homme des békés.
Cette idée, le discours de Sarkozy à l’ex-aéroport du Lamentin fin juin lui a donné de l’épaisseur avec non seulement sa dénonciation des situations de rente et de monopole identifiées ( exclusivement à tort ) aux békés, mais également avec son plaidoyer en faveur de ceux qui osent entreprendre, de ceux qui prennent des risques, et de ceux qui refusent les petites combinaisons et la médiocrité…
Un discours à l’apparence du parler vrai, mais en réalité très mesuré et très consensuel, reçu globalement de manière favorable par l’ensemble de la classe dirigeante politique et économique présente (de l’UMP aux opposants institutionnels) en raison du partage par tous de l’idée, qu’avec la crise, la réponse aux difficultés économiques et à notre mal-développement se trouvait essentiellement du côté du libéralisme ( flexibilité, concurrence…) d’une part et de la responsabilisation de chacun d’autre part.
Un discours à tonalité offensive, avec mise à l’index, sous les applaudissements de l’auditoire, de l’ensemble des conservatismes responsables à ses yeux de la crise de février-mars et de la colère populaire.
Des conservatismes sclérosants, en particulier ceux relatifs aux situations de rente et de monopole de quelques uns – source entre autres de la vie chère - que Sarkozy a fustigés, et dont le gouvernement, via la haute autorité de la concurrence, s’est saisi pour réclamer une réelle concurrence, dans la grande distribution notamment.
N’est ce pas d’ailleurs la haute autorité qui préconise de « lever les obstacles à l’arrivée de nouveaux acteurs et de supprimer certains contrôles préalables à l’ouverture de magasin de plus de 1000 m² ».
Une stratégie qui ne relève nullement d’une opposition radicale à un quelconque patronat béké et à ses intérêts comme on a pu le dire ci et là, mais qui renvoie à la défense des intérêts de l’ensemble du patronat, patronat béké y compris ; et qui passe par une politique antisociale agressive dont l’objectif est la baisse globale du coût du travail. Et rien d’autre.
Car pour lui et les siens, résoudre la crise aujourd’hui ne se conçoit que dans la poursuite et l’amplification des politiques jusqu’ici mises en œuvre, et qui toutes visent à en faire payer la note aux salarié(e)s et à la majorité de la population, en baissant le coût global du travail.
Ce à quoi il s’applique quotidiennement avec son gouvernement au travers des diverses attaques dénommées réformes, et qui ont pour fonction, sous couvert de compétitivité, de démanteler l’essentiel des droits et acquis sociaux pour garantir le maintien et/ou le développement des profits patronaux.
Néanmoins, si Sarkozy s’est positionné comme le défenseur du système et des intérêts généraux du patronat, cette défense ne signifie pas nécessairement et à tout instant, la défense intégrale des intérêts de chaque secteur du patronat, et encore moins de chaque patron pris individuellement.
Aujourd’hui, son option pour davantage de concurrence peut paraître une attaque contre la grande distribution en Martinique (où quelques békés constituent une fraction de ce patronat ) dont les marges mirobolantes, c’est à dire les superprofits, représentent un handicap au bon fonctionnement de l’économie martiniquaise dans son ensemble, voire un élément de blocage de toute l’économie.
Ainsi, vouloir avancer dans la voie de l’accroissement de la concurrence dans la grande distribution comme l’entend le gouvernement, c’est simplement chercher à faire entendre à ceux qui se sont coulés dans des situations rentières avec des superprofits, que les intérêts de tous priment sur les intérêts particuliers..
Faire jouer la concurrence à fond dans la grande distribution, c’est pour le gouvernement œuvrer en direction d’augmentation du pouvoir d’achat et non pas en direction d’augmentation salariale ( qui est contraire à sa logique antisociale) et d’inflation... c’est à dire libérer du pouvoir de consommation à destination de l’ensemble des secteurs économiques. Une orientation qui prend en compte les intérêts de tout le patronat, au détriment d’une minorité à qui il est exigé, pour les intérêts de tous, de réduire sur leurs taux de profits.
Toutes problématiques que Marx avait déjà en son temps, correctement analysées en mettant en relief le fonctionnement du capitalisme et de ses lois, ses crises inévitables, ceci à partir des réflexions et élaborations théoriques sur les notions de valeur et de salaire, de prix, de profit, de concurrence …
Et si de nos jours, la chute et le recul de la consommation observés depuis plusieurs mois sont en relation immédiate avec la baisse du pouvoir d’achat, cette dernière a évidemment à voir, entre autres, avec la question du salaire qui est le prix de la force de travail.
Ainsi, depuis plus de 25 ans, la part des salaires dans la valeur ajoutée a été réduite du même montant gagné par les profits. Cette réduction de la part salariale d’environ 10 points
passés directement du côté des profits, si elle marque un point d’inflexion désignant le début de l’entrée en crise majeure du capitalisme, est avant tout la réduction du salaire global, c’est à dire baisse du salaire direct et du salaire indirect.
S’agissant du salaire indirect, sa baisse est pour l’essentiel, l’affaire du gouvernement avec la kyrielle des réformes antisociales entreprises depuis des années, que l’on connaît avec le démantèlement de l’assurance maladie et des services publics, le recul des retraites, l’attaque contre le Code du travail…et dont nous faisons directement les frais.
Concernant le salaire direct, sa baisse est, elle, affaire du patronat. S’il incorpore l’ensemble des marchandises et services divers nécessaires à la vie quotidienne des salarié(e)s, il est l’objet de luttes entre les classes sociales et d’enjeux et contradictions entre les différentes fractions du capital. Avec la crise aujourd’hui, ces contradictions sont palpables. Le salaire tend de plus en plus à faire face au strict essentiel. D’où des problèmes de survie pour certains secteurs capitalistes. Et partant, le rôle de Sarkozy comme médiateur et régulateur des tensions et contradictions inter-capitalistes. Pour lui en Martinique, il s’agit, via la concurrence – qui a pour effet de pousser à la baisse les prix d’articles de grande distribution essentiellement – d’éviter dans cette période de crise structurelle du capitalisme, tout nouveau embrasement social en offrant plus de pouvoir d’achat sans augmenter les salaires, de contenir les prix pour limiter la hausse des salaires, d’empêcher tout dérapage des prix évidemment propice à l’augmentation de l’inflation, et in fine source à terme de hausse des salaires.
Aujourd’hui, pour les intérêts de l’ensemble de la classe des capitalistes, la baisse du coût du travail, notamment celle du salaire direct, constitue l’élément essentiel du développement de leurs profits. Pour Sarkozy, cette baisse est aux fondements, derrière un activisme permanent, de l’essentiel de son occupation quotidienne. Car sa fonction est d’assurer avant tout l’ordre et la cohésion au sein de la classe capitaliste.
En l’occurrence auprès du patronat martiniquais de la grande distribution rivé uniquement sur la défense de ses seuls intérêts, lui faire entendre que le chacun pour soi, est la pire des attitudes pour les intérêts de tous, les leurs y compris. Une leçon, d’ailleurs, qui vaut pour la classe des salarié(e)s et la majorité de la population.
En signifiant qu’il ne devrait avoir aucun « obstacle à l’arrivée de nouveaux acteurs », le gouvernement s’attaque à un lobby très puissant. Certains l’ont interprété comme une fronde anti-béké. Il ne s’agit en réalité que d’une lutte entre fractions capitalistes aux intérêts immédiats divergents.
Nombre de ceux qui étaient au hall de l’ancien aéroport ont applaudi à l’idée du « déchoukage » des forteresses monopolistes rétrogrades, à l’énoncé d’une plus grande concurrence et de la mise d’un terme aux situations de rente et monopole. Un projet et un souhait que la haute autorité de la concurrence est venue préciser en indiquant que cette idée novatrice d’élargissement de la concurrence, ne concernait que la grande distribution.
Demain, avec l’augmentation du nombre d’acteurs dans la grande distribution dont la fonction est de faire baisser les prix d’articles de base pour l’essentiel, et donc de participer à la lutte contre la vie chère, Sarkozy et son gouvernement entendent éteindre le feu important de la contestation de février-mars concernant la vie chère.
Reste cependant que la vie chère n’a pas pour seule cause, les prix élevés des articles de la grande distribution. Et surtout que la très large majorité des autres problèmes posés ( chômage, emploi, services publics, logement, transport, santé, éducation, environnement…) n’a pas avancé d’un iota malgré les engagements et l’apposement de signatures de responsables patronaux , de l’Etat et de collectivités territoriales sur des bouts de papier officiels…
Entre temps, et depuis la fin du mouvement de février-mars, la quasi-totalité des dirigeants des principales organisations politiques est revenue, comme on pouvait s’y attendre, à son fonds de commerce quotidien politicien.
La question sociale dont ils avaient fait mine de s’intéresser retrouve sa place loin de leurs préoccupations immédiates. Pourtant elle demeure centrale pour faire en sorte que le quotidien actuel de la population, soit demain, à l’opposé de ce qu’il est de nos jours.

Max Dorléans et Max Rustal (G.R.S.)