En 1992, le milliardaire George Soros avait réussi à faire "sauter" la
Banque d'Angleterre en spéculant contre la livre. Les marchés arriveront-ils
à se payer la Grèce en spéculant contre son risque de défaut?
Les dirigeants européens sont remontés. Ils dénoncent la spéculation des
marchés financiers qui testent la solidité financière des Etats après les
avoir sortis de la crise.
Les marchés sont schizophrènes. D'un côté, ils s'inquiètent des risques qui
pèsent sur les finances grecques et font payer ce risque de défaut au prix
fort en exigeant des rendements de plus en plus élevés. De l'autre côté, ils
achètent toujours massivement de la dette souveraine et y compris des
emprunts grecs. La dette, comme actif sûr, étant toujours très recherchée.
Le 27 janvier, l'Etat grec a ainsi réussi à placer 8 milliards d'emprunt
sans difficultés. La demande pour ces obligations était cinq fois plus
importante que l'offre proposée.
Ce paradoxe apparent montre bien que les marchés réagissent avec excès et
jouent la spéculation sur les emprunts grecs et d'autres pays comme
l'Espagne et le Portugal sans vraiment croire à un véritable risque de
défaut de ces pays.
"Le marché des CDS a explosé"
Pour gagner de l'argent, les spéculateurs achètent en quantité des CDS, des
credit default swaps, qui permettent de s'assurer contre le risque de défaut
de paiement d'un Etat, pour les revendre plus chers ensuite, en faisant le
pari que leur valeur va augmenter avec la montée du risque grec.
"Le marché des CDS sur les emprunts grecs a explosé ces derniers jours" a
confirmé à l'AFP sous couvert d'anonymat un gestionnaire d'obligations d'une
grande banque française.
Les détenteurs de la dette grecque, à 75% des investisseurs étrangers,
profitent de cette crise et gagnent beaucoup d'argent, confie un opérateur
de marché. Au rang des accusés: les hedge funds, les fonds de gestion
spéculatifs. Mais impossible de savoir précisément qui et dans quelle
proportion ces opérateurs achètent des CDS puisque le marché se réalise de
gré-à-gré, sans contrôle ni chambre de compensation.
Craintes injustifiées
Or, "dans le contexte actuel, les craintes de défaut de paiement de la dette
de la Grèce sont probablement injustifiées, mais la panique n'obéit pas à
des critères rationnels", explique Jean-François Jamet, économiste à la
fondation Robert Schuman.
Personne ne croit vraiment à la banqueroute de la Grèce mais "ce qui
alimente la spéculation c'est qu'on est dans le flou artistique le plus
complet. On attend les déclarations de l'Union européenne et surtout, on
attend de savoir comment elle va aider la Grèce, l'Espagne, le Portugal,
voire l'Italie", souligne Alexander Law, de la société de gestion Xerfi.
Mais conséquence de cette crise, les taux d'intérêts des emprunts grecs
montent pour attirer les prêteurs de moins en moins nombreux. "Or, des coûts
d'intérêts plus élevés, ce sont des difficultés en plus pour rembourser et
donc des inquiétudes encore renforcées sur les marchés", dit François Jamet.
Les dirigeants cherchent une réponse
Les dirigeants de la zone euro ont dénoncé ces attaques non fondées qui
destabilisent la zone euro. Car, la panique boursière s'est déplacée sur l'Espgne
et le Portugal alors que dans ces pays, la dégradation des finances
publiques est moins alarmante.
Selon le ministre espagnol des Transports et numéro deux du parti socialiste
au pouvoir, José Blanco, "on assiste à des manœuvres troubles parce qu'il y
a une résistance très claire contre un contrôle et une régulation accrus des
marchés" émanant de "ceux qui sont à l'origine de cette crise, les
spéculateurs financiers internationaux".
"Les marchés font parler la poudre"
Pour calmer la situation, le président français de l'Autorité des marchés
financiers (AMF) Jean-Pierre Jouyet a appelé dimanche les gouvernements
européens à ne pas "faire le jeu" des hedge funds par des déclarations
renforçant l'inquiétude sur la situation du pays.
"Lorsque les marchés font parler la poudre, il faut que les autorités
publiques soient calmes, bien ordonnées et ne cèdent pas à la panique parce
que les marchés n'attendent qu'une chose, c'est que l'on cède à la panique",
a déclaré M. Jouyet lors de l'émission Internationales sur RFI et TV5 Monde.
Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se retrouvent jeudi pour un
sommet consacré notamment à la crise économique et financière en Europe. Ils
pourraient alors convenir d'une stratégie claire pour sortir la Grèce de la
crise. Elle pourrait se traduire par une solidarité budgétaire, ce qui
serait une première ou par une intervention du FMI.
Enfin, les dirigeants auraient encore une carte à jouer pour calmer les
tensions: la fermeture du marché des CDS.
Thibaud Vadjoux avec agences
Sources : http://www.e24/fr/
Qu'est-ce-que les credit default swaps (CDS)?
Les credit default swaps (CDS) sont l'instrument permettant de spéculer
contre le risque de défaut d'un Etat. Avant, les investisseurs jouaient sur
la dévaluation de la monnaie.
Le credit default swap, CDS est un produit dérivé permettant de s'assurer
contre le risque de défaut de paiement d'une dette émise par un Etat ou une
entreprise.
C'est un contrat où l'acheteur verse une commission annuelle (exprimée en
point de base du taux d'intérêt de l'obligation) au vendeur qui s'engage à
dédommager l'acheteur en cas de défaut de paiement sur la dette qu'il
détient. Un CDS s'apparente à une assurance qui permet de transférer le
risque de défaut à un autre opérateur.
"Les CDS permettent de couvrir les opérateurs contre la dégradation du
risque associé aux actifs qu'ils détiennent et de spéculer sur des
modifications des spreads de crédit", selon la définition du Que Sais-je,
"Les 100 mots des produits dérivés".
Les investisseurs spéculent sur les spreads de crédit, c'est-à-dire, la
différence observée sur le marché entre le coût d'un crédit par rapport au
coût d'un crédit sans risques, comme les emprunts d'Etat par exemple. Si un
investisseur détient des obligations dont il pense que le spread de taux va
augmenter, il aura intérêt à acheter des CDS et les revendre quand ils
auront pris de la valeur avec la dégradation de la signature de
l'emprunteur.
Selon les auteurs des "Les 100 mots des produits dérivés", "le premier CDS
aurait été proposé en 1995 par la banque JP Morgan. "Cet instrument a connu
une progression phénoménale, d'une ampleur comparable à celle des futures et
des swaps de taux d'intérêt (les autres produits dérivés, ndlr)".
Leur encours atteignait 57.300 milliards de dollars en juin 2008.
Source http://www.e24.fr/