Pouvoir d'achat
: la crise est
devant nous
Inflation et fin
des mesures
d'aide : le coup
de frein sera
brutal en 2010
C'est à partir
de maintenant
que la crise va
faire sentir ses
effets sur le
pouvoir d'achat.
L'année 2009,
celle de la plus
grave crise
économique
depuis
l'entre-deux-guerres,
aura été
paradoxalement
plutôt bonne
dans ce domaine.
D'après l'Insee,
le pouvoir
d'achat des
ménages
retrouvera cette
année un rythme
de progression
conforme à sa
tendance
annuelle moyenne
des dix-huit
dernières années
(+ 2,1 %) et
augmentera plus
de trois fois
plus vite qu'en
2008. Rien de
tel n'est prévu
en 2010 :
l'année de la
sortie de crise
pourrait même
être marquée par
une baisse du
niveau de vie
des Français.
L'institut COE-Rexecode,
le plus
optimiste sur la
croissance (+
2,2 %), voit le
pouvoir d'achat
des ménages
augmenter de
seulement 0,8 %
en 2010. HSBC
France, qui
s'attend à une
quasi-stabilisation
du produit
intérieur brut
(+ 0,2 %), table
sur une
progression
encore limitée
(+ 0,3 %).
L'Insee fera
connaître, le 16
décembre, ses
prévisions pour
le premier
semestre 2010.
Mais il
anticipait un
coup d'arrêt dès
le second
semestre 2009.
La tendance est
nette. Elle est
encore plus
spectaculaire
lorsque l'on
s'intéresse au
niveau de vie,
c'est-à-dire au
rapport entre le
revenu
disponible brut
(RDB) -
l'ensemble des
revenus des
ménages, net des
quatre impôts
directs (impôt
sur le revenu,
taxe
d'habitation,
CSG et CRDS) -
et le nombre
d'unités de
consommation.
Ainsi défini, le
niveau de vie
donne une idée
de l'évolution
du pouvoir
d'achat
individuel et il
est, à ce titre,
plus proche du
ressenti des
ménages. Son
profil est
heurté : 0 % en
2008, 1,4 % en
2009, et, selon
toute
vraisemblance, à
nouveau 0 % en
2010, voire
moins.
Moins
d'inflation et
plus de
transferts
sociaux en 2009.
L'écart,
historique, de
plus de quatre
points de PIB
entre l'ampleur
attendue de la
récession en
2009 (- 2,2 % du
PIB) et
l'augmentation
du pouvoir
d'achat (+ 2,1
%) est d'autant
plus surprenant
que les deux
premiers
trimestres de
cette année ont
été marqués,
selon Olivier
Ferrand (COE-Rexecode),
par " un recul
inédit " de la
masse salariale.
Cet écart
résulte d'un
double phénomène
: le
ralentissement
de l'inflation
et la résistance
du modèle social
français,
soutenue par les
mesures décidées
lors du sommet
social, le 18
février, à
l'Elysée. La
flambée des prix
du pétrole et
des produits
alimentaires
avait tiré
l'inflation vers
le haut en 2007
et 2008. Leur
repli l'a fait
décélérer. Les
différentes
mesures arrêtées
au printemps
(prime de
solidarité
active de 200
euros, prime de
500 euros aux
chômeurs
justifiant de
durées réduites
d'activité,
baisses
d'impôts, etc.)
ont eu, selon la
directrice des
études
économiques d'HSBC
France, Mathilde
Lemoine, un
impact positif
de + 0,2 point
sur le RDB
annuel des
ménages.
Moins de relance
et plus de
hausse des prix
en 2010. L'an
prochain, la fin
du plan de
relance et de la
baisse des prix
aura l'effet
inverse. Le prix
du baril d'or
noir est
remonté. Les
prix des
produits
alimentaires
pourraient, eux
aussi, repartir
à la hausse. Les
ménages
modestes, les
premiers touchés
par la précarité
de l'emploi, ne
pourront plus
compter sur les
dispositifs
ponctuels de
2009. La
conjonction du
redémarrage,
même limité, de
l'inflation (1,2
%) et de la
disparition des
mesures de
soutien pèsera
sur le pouvoir
d'achat. La
persistance d'un
chômage élevé
jouera dans le
même sens.
Ignorant, pour
la plupart, de
quoi demain sera
fait, les
entreprises
limiteront
autant qu'elles
le pourront
l'augmentation
des
rémunérations.
De plus, une
série de hausses
est d'ores et
déjà programmée,
notamment dans
le domaine de la
santé, et les
prestations
sociales,
indexées sur
l'inflation de
2009 (0,4 %),
évolueront
nettement moins
vite en 2010 que
cette année.
Des classes
moyennes " sous
pression ". Le
ralentissement
attendu du
pouvoir d'achat
sera plus ou
moins marqué
selon les
ménages. Dans le
rapport " Les
classes moyennes
sous pression ",
Régis Bigot,
chercheur au
Centre de
recherche pour
l'étude et
l'observation
des conditions
vie (Credoc),
rappelle que les
consommateurs
les plus aisés
ont bénéficié
d'une hausse des
prix moins
importante que
celle à laquelle
ont dû faire
face les bas
revenus et les
classes
moyennes. Après
avoir payé les
dépenses
contraintes
(logement, eau,
gaz, etc.) et
ces dépenses
incontournables
que sont les
frais
d'alimentation,
de transport, de
santé et
d'éducation, il
reste moins de
300 euros à une
personne qui
gagne 1 500
euros par mois
pour ses
loisirs, pour
ses vacances,
pour s'habiller
ou équiper son
foyer. Chez les
10 % les plus
pauvres, le
revenu
arbitrable est
de 80 euros par
mois. Chez les
10 % les plus
riches, de 1 474
euros.
Claire Guélaud
© Le Monde