
Par ERIC WOERTH
Ministre du
Travail
J’entends
fréquemment
avancer l’idée
que le
relèvement de
l’âge légal
serait une
mesure injuste.
C’est désormais
l’argument
principal avancé
par Martine
Aubry, qui nous
explique que
l’augmentation
de l’âge légal
conduira à
exiger des
salariés qui ont
déjà travaillé
très longtemps,
et qui
pourraient donc
partir dès 60
ans, de
travailler
encore plus. Et
si ces salariés
sont au chômage,
la réforme du
gouvernement les
prolongerait
dans cette
situation encore
plus longtemps.
La réforme
serait donc
injuste, pour
ces deux
raisons. Ce
raisonnement est
tout simplement
faux. Il est
fondé sur une
caricature qui
ne résiste ni au
bon sens, ni aux
chiffres, ni aux
comparaisons
européennes.
Si relever l’âge
légal était une
mesure si
injuste, je me
demande pourquoi
tant de
gouvernements de
gauche en Europe
y ont eu recours
pour sauver les
régimes de
retraite dans
leur pays, sauf
à m’expliquer
qu’il y a deux
visions de la
justice à gauche
en Europe. En
Italie, Romano
Prodi, alors
Premier ministre
d’un
gouvernement de
centre gauche
l’a décidé en
2007, Walter
Veltroni, ancien
communiste et
chef de file du
parti de centre
gauche,
considérant
cette mesure
comme
«absolument
indispensable».
En Allemagne,
c’est un
ministre du
Travail
social-démocrate
et ancien
secrétaire
général du SPD,
Franz
Müntefering, qui
a décidé le
report de l’âge.
Et que dire de
l’Espagne !
Felipe González
avait une
première fois
décidé
d’augmenter
l’âge de départ
en 1995. José
Luis Zapatero,
dont le moins
que l’on puisse
dire est que le
Parti socialiste
français ne le
considère pas
comme un modèle
d’injustice, a
annoncé une
nouvelle
augmentation de
l’âge de départ
à la retraite,
en expliquant
que «l’objectif
est que l’âge de
départ à la
retraite et
l’espérance de
vie suivent un
cours parallèle»
et en ajoutant
que «reculer
l’âge de la
retraite est une
proposition
raisonnable» !
Deuxièmement,
augmenter l’âge
légal de départ
à la retraite
est la seule
mesure qui
respecte un
principe
fondamental de
justice :
l’effort doit
être fait par
tous les
Français, et non
pas seulement
par une partie
d’entre eux. Or,
dans les années
qui viennent, si
l’on ne fait
qu’augmenter la
durée de
cotisation,
l’effort ne
portera que sur
la petite partie
des salariés qui
n’auront pas
tous leurs
trimestres à 60
ans. Ces
salariés ne sont
pas des
privilégiés. Ce
sont, d’un côté,
des salariés qui
ont fait des
études plus
longues que les
autres et, de
l’autre, des
salariés qui ont
eu beaucoup plus
de mal à entrer
sur le marché du
travail, parce
qu’ils ont
alterné petits
boulots,
chômage, temps
partiel subi
etc. Je ne me
vois pas, en
tant que
ministre du
Travail,
expliquer qu’il
serait juste de
demander
uniquement un
effort à cette
partie des
Français. Notre
système de
retraite protège
en effet tout le
monde. La
justice, c’est
donc que
l’effort de
travailler plus
soit partagé par
tout le monde.
Troisièmement,
il est faux de
dire que le
projet du
gouvernement va
conduire à
exiger des
Français qui
sont aujourd’hui
sur le point de
prendre leur
retraite et qui
ont tous leurs
trimestres
qu’ils
travaillent
plusieurs années
de plus. La
réforme, je l’ai
indiqué à de
nombreuses
reprises, sera
progressive.
Cela veut dire
concrètement que
quelqu’un qui a
59 ans
aujourd’hui ne
travaillera pas
des années de
plus comme le
prétend le Parti
socialiste, mais
au maximum trois
mois de plus,
c’est-à-dire
qu’il partira à
la retraite par
exemple en juin
au lieu de
partir en mars.
Quelqu’un qui a
58 ans
aujourd’hui, six
mois de plus
maximum, et
ainsi de suite.
Quatrièmement,
il est tout
aussi faux de
dire que le
gouvernement
sera injuste
parce qu’il fera
travailler plus
longtemps tout
le monde sans
distinction, du
cadre supérieur
à l’ouvrier. Le
principe de
justice que le
gouvernement
défend, c’est
que tout le
monde fasse un
effort, mais pas
que tout le
monde fasse le
même effort.
Cela veut dire
concrètement, je
l’ai dit dès le
17 mai dans le
document
d’orientation,
que ceux qui ont
commencé plus
tôt que les
autres et
travaillé plus
longtemps que
les autres
continueront à
partir avant les
autres. Je
rappelle que le
Parti socialiste
n’avait pas, en
2003, voté pour
la
reconnaissance
de cette
possibilité,
appelée
«dispositif
carrières
longues». Cela
veut dire
également que la
réforme du
gouvernement
intégrera, pour
la première fois
en France, la
reconnaissance
de la
pénibilité, afin
de tenir compte
de ceux qui ont
eu une vie
professionnelle
plus usante que
les autres. Sur
ce sujet comme
sur celui des
carrières
longues, ce sera
donc un
gouvernement de
droite qui aura
agi et réalisé
de vraies
avancées
sociales.
Cinquièmement,
il est toujours
faux de dire,
comme le fait le
Parti
socialiste, que
le relèvement de
l’âge
multipliera le
nombre de
chômeurs sans
droits. Cette
affirmation est
un procès
d’intention,
puisque j’ai
indiqué, dès le
document
d’orientation,
qu’un dispositif
spécifique
serait mis en
place pour
éviter qu’un
chômeur âgé
arrivant au bout
de ses droits ne
se trouve
pénalisé par le
relèvement de
l’âge. Et le
chômage
indemnisé, il
faut le rappeler
une fois de
plus, permet de
valider des
droits à
retraite.
Enfin
sixièmement, la
taxation
effrénée du
travail proposée
par le Parti
socialiste
frappera de
plein fouet une
catégorie : les
jeunes. Ce sont
eux qui, à peine
entrés sur le
marché du
travail se
verraient
contraints de
payer toute leur
vie les impôts
décidés par le
Parti
socialiste. Rien
ne serait plus
injuste. Et
surtout rien ne
saperait
davantage la
confiance qu’il
faut leur
redonner dans la
retraite par
répartition.
Augmenter l’âge
de la retraite
pour tous les
actifs, y
compris pour
leurs parents
encore en
activité, c’est
refuser cette
fatalité qui
consiste à
reporter
toujours vers
eux les efforts
que nous ne
faisons pas. Il
ne suffit pas de
parler de
justice : il
faut surtout
faire des
mesures justes.
Sur ce point, le
bilan de la
gauche est
inexistant. Le
Parti socialiste
n’a pas voté les
carrières
longues. Il n’a
pas voté la
taxation des
stock-options.
Il n’a pas voté
la taxation des
retraites
chapeaux. Il n’a
pas voté la
revalorisation
du minimum
vieillesse de
25%. Il n’a pas
voté
l’amélioration
de la retraite
des
agriculteurs. Il
n’a pas voté la
création de la
surcote. Il n’a
pas voté la
revalorisation
des pensions de
retraite des
veuves. Et cette
fois encore il
ne sera ni le
parti de la
responsabilité,
ni le parti de
la réforme
juste.