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Mille milliards de dollars pour des fonds pourris

Les Etats-Unis vont racheter aux banques leurs actifs invendables.

nicolas cori

QUOTIDIEN : samedi 20 septembre 2008

Mille? Deux mille milliards ? La somme est encore inconnue, mais c’est un plan d’une ampleur exceptionnelle que le gouvernement américain prépare pour sauver le système financier. Vendredi après-midi, George Bush et son secrétaire au Trésor Henry Paulson ont confirmé qu’ils étaient prêts à dépenser «des centaines de milliards de dollars du contribuable» afin de mettre en place un mécanisme permettant aux investisseurs (banques, assurances, fonds…) de se débarrasser de leurs actifs «toxiques». C’est-à-dire de tous les produits financiers structurés à base ou non de subprimes devenus invendables depuis le début de la crise.

Revirement. «Nous sommes à un moment crucial pour l’économie de l’Amérique, a déclaré Bush depuis la Maison Blanche. Etant donnée la précarité de la situation sur les marchés financiers et leur importance vitale pour la vie quotidienne des Américains, l’intervention du gouvernement n’est pas seulement nécessaire, elle est essentielle.» Un revirement complet par rapport aux convictions libérales de son administration.

Selon le Wall Street Journal, cela faisait des semaines que le Trésor réfléchissait à une telle solution. Mais il n’osait pas la proposer, de peur que le Congrès soit réticent à socialiser les pertes des banques privées. La faillite de Lehman Brothers et le sauvetage en catastrophe d’AIG ont cependant changé le climat. Jeudi soir, Paulson et Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, se sont entretenus avec les responsables du Congrès. Et ces derniers ont été convaincus par Paulson, indiquant qu’il était inutile de gérer la crise au «cas par cas», mais qu’il fallait «désormais prendre des mesures supplémentaires et décisives pour régler à la racine les tensions sur notre système financier». Un texte devrait être élaboré ce week-end, et un vote pourrait intervenir dès la semaine prochaine.

Envolées. Parallèlement, pour redresser la confiance des marchés, les institutions financières de la planète se sont coordonnées pour freiner la spéculation à la baisse. La Securities & Exchange Commission (SEC), et ses homologues anglaise et suisse, ont ainsi interdit - pour une durée indéterminée - les ventes à découvert sur les valeurs financières. Un mécanisme consistant à vendre un titre qu’on ne possède pas encore en comptant l’acheter quand le cours baisse. Mais, vendredi, il n’y avait pas vraiment besoin de cela pour faire passer les marchés dans le vert. Après avoir frôlé le chaos en début de semaine, les Bourses de la planète ont effectué des rebonds historiques. Suivant New York, qui montait de 4 % vendredi soir, Paris s’est envolé de 9,27 %, Londres de 8,84 %, Francfort de 5,56 %. Plus spectaculaire encore, Moscou, fermé les jours précédents, a pris 28,7 % ! De mémoire de trader, on n’avait jamais vu une telle semaine.



http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/353207.FR.php

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